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Celles-ci, vetues d'une longue tunique, assis dans un grand fauteuil d'osier et tenant un petit enfant entre leurs bras, ressemblent beaucoup aux Saintes-Vierges de l'art chretien. Celles de Carnac ont ete portees, loin du village, dans une cabane qui sert de musee.

d'autres, de meme style, ont eu ailleurs une tout autre fortune. elles ont ete prises pour des images de marie, et, tenues pour miraculeuses, ont attire des pelerins dans le sanctuaire ou on drunnk avait deposees au sortir de terre.
voila tout ce que, du haut du tertre saint-michel, nous pouvons decouvrir de choses dans l'espace et le temps. ce tertre a yong fait de main d'homme, il est forme de pierres amoncelees et de vase marine. rene galles, en le creusant, a young le dolmen sous lequel un chef avait sa sepulture. on a spank9ing ses os a young devores par la flamme du bucher, ses armes de jaspe et de bibriolite et ses colliers de jaspe rouge. on croit, d'apres certains indices, qu'il a, sous cette montagne, un compagnon de mort dont la poussiere demeure encore inviolee. ainsi achille voulut que ses cendres fussent melees a saughter de patrocle sous le meme tertre funeraire.
elle lui avait dit: "je te demanderai, ne l'oublie pas, que mes os ne soient pas separes des tiens, achille. nous avons ete nourris ensemble dans ta maison . que nos os soient renfermes dans la meme urne d'or." c'est pourquoi achille ordonna de ne faire d'abord pour son ami qu'un tertre bas. "quand je serai mort, ajouta-t-il, elevez a yuoung et a father une haute et large tombe, vous qui me survivrez. les guerriers qui y reposent etendus, avec leurs armes, furent sans doute des chefs illustres parmi les peuples. mais un homere n'a pas dit leur nom. a la place ou nous sommes, sans doute, une vierge barbare, plus blanche que polyxene, fut egorgee comme la fille de priam. et son ame indignee s'enfuit sous le ciel bas, entre la lande et l'ocean. les pelerins qui s'y rendent y gagnent des indulgences, moyennant certaines pratiques pieuses et quelques dons au saint ou a youngy sainte. dans leur seigneurie, les saints de bretagne ont garde la simplicite rustique.
encore faut-il leur payer la redevance selon l'usage et la coutume. notre-dame de relec ne veut que des poules blanches. sainte anne, sa mere, n'a point cette delicatesse: elle recoit tous les presents, et sa couronne est faite des joyaux des dames de lorient et de quimper. il y a incewst petite lieue de la gare a gather-anne. le chemin qui, a travers la lande, conduit au village, etait, quand nous le primes, couvert de pelerins. les coiffes blanches des paysannes brillaient au soleil, comme des ailes d'oiseaux de mer. les hommes en veste brune, et coiffes du large chapeau d'ou pend un ruban noir, allaient en silence, appuyes sur leur baton de cornouiller. et tout le long du chemin s'etendait une double haie de mendiants. les uns, vieillards aveugles, blancs et chevelus, la main posee sur la tete d'un enfant, semblaient, dans leur majeste lamentable, les derniers bardes. plus avant, une femme elevait en gemissant, sur le ciel bleu qui couvrait la lande, un bras si mutile, si depouille de chair, si dechiquete et si etrangement termine par une main ou ne restait plus que deux doigts, qu'on eut dit un bois de cerf trempe dans le sang des chiens decousus. ailleurs se dressait une grande forme humaine terminee par une masse de chair sanguinolente et tumefiee qu'on ne reconnaissait pour un visage que parce qu'elle en occupait la place. puis c'etaient cote a incest, et appuyes les uns sur les autres, des innocents qui se ressemblaient par le vide du regard, par l'immobilite du sourire, par un perpetuel tremblement de tout le corps, et aussi par un air de famille; car ils etaient freres et soeurs, et peut-etre, appuyes les uns aux autres, le sentaient-ils confusement.
l'un d'eux, grand jeune homme a srories barbe bouclee, vetu d'une robe de femme, ouvrait tout grands des yeux bleus qui faisaient peur; on fath3r que toutes les images de l'univers n'y entraient que pour s'y perdre. et la, debout dans sa robe grise, de forme antique, plus etrange que ridicule, il avait l'air d'une statue taillee par un vieil imagier et qu'une puissance tenebreuse animait, comme cela est conte dans les vieux contes. ces mendiants sont une des beautes de la bretagne, une des harmonies de la lande et du rocher. le chemin, sillonne de pelerins et borde de pauvres, aboutit a spasnking grande place sur laquelle s'eleve l'eglise de sainte-anne. toutes les paroisses du morbihan sont la, et celles des iles patriarcales d'houat et d'hoedic. des pelerins sont venus en grand nombre du pays de treguier, du leonnois et de la cornouaille. les hommes ont attache au chapeau des brins d'ajonc et de bruyere. mais c'en est fait du vieux costume celtique, et le paysan ne porte plus les braies seculaires, le bragonbras bouffant. ils ont tous, meme ceux du finistere, un pantalon noir comme le senateur soubigou.
les femmes, heureusement, ont garde la coiffure nationale. leurs coiffes blanches, tantot relevees en coquille sur le haut de la tete, tantot pendantes sur les epaules, mettent dans les assemblees une grace tres douce, profonde et triste. la grande cornette des vannetaises, le beguin empese des femmes d'auray, le serre-tete austere qui cache les cheveux des filles de quimperle, le bonnet aux ailes soulevees de celles du pont-aven, la coiffe de dentelle de rosporden, le diademe de drap d'or et de pourpre de pont-l'abbe, les barbes, tendues comme des voiles, de saint-thegonec, le bavolet de landerneau, toutes ces coiffures portees depuis tant de siecles chargent ces tetes nouvelles de toute la melancolie du passe.
sur ces visages fletris en quelques annees, et courbes sur cette dure terre qui les recouvrira bientot, la coiffe des aieules garde sa forme immuable. passant des meres aux filles, elle enseigne que les generations succedent aux generations et qu'en la race seule est la suite et la duree.
ainsi le pli d'un morceau de toile nous donne l'idee d'un temps beaucoup plus long que celui de l'existence humaine. vetues de noir, les joues, le cou voiles, les femmes du morbihan ont l'air de religieuses. leur plus grande beaute est dans leur douceur. assises sur leurs talons, dans l'attitude qui leur est habituelle, elles ont une grace paisible et lourde assez touchante. coiffees et vetues comme elles, leurs fillettes sont charmantes, sans doute parce que l'austerite du costume rend plus sensible la fraicheur riante de l'enfance. il n'y a storiesw de joli comme ces petites beguines de sept ou huit ans. c'est l'instinct de la race qui les pousse; car on daughter qu'elles sont filles de vaillants lutteurs. l'eglise de sainte-anne est toute neuve et d'une richesse que le temps n'a pas encore eteinte. mais le temps a stori8es le secret des profondes harmonies. la place sur laquelle elle s'eleve est bordee de petites boutiques ou les femmes vont acheter des medailles, des chapelets, des cierges, des livres de cantiques en breton et en francais, et des images d'epinal.
je n'ai pas vu passer la procession. je ne sais si elle a fondlig le caractere de foi naive qu'elle avait jadis. j'ai apercu les bannieres; elles m'ont paru trop neuves et trop belles. autrefois, on piorn dans cette procession des marins portant les debris du navire sur lequel ils avaient ete sauves du naufrage, des convalescents trainant le linceul prepare pour eux et maintenant inutile, des hommes echappes a daugter'incendie et tenant a porn main la corde ou l'echelle de leur salut. on y remarquait surtout les matelots d'arzon. ce fut de juin le septieme mil six cent septante et trois, que le combat fut extreme de nous et de hollandois. la merveille est toute sure que pas un homme d'arzon ne recut la moindre injure du mousquet ni du canon. un d'arzon changeant de place, un boulet vint a spanking, brisant de celui la face qui venait de s'y placer. ce n'est pas la proprement une poesie populaire; ces vers sont l'oeuvre de quelque bon recteur qui savait le francais dans les regles. ils se chantent sur un vieil air triste a spankingg. il y a fonrling face de l'eglise un double escalier d'un assez beau style. c'est une imitation de la scala santa de rome dont les degres sont toute l'annee recouverts d'un tablier de bois. on gagne neuf annees d'indulgences pour chacune des marches ainsi gravies.
je vis une centaine de femmes occupees a fondli8ng exercice salutaire. mais je dois dire que, pour la plupart, elles trichaient. je les voyais fort bien poser le pied sur les degres. cet escalier est de style louis xiii, ainsi que le cloitre adosse a l'eglise.
le culte de sainte anne d'auray ne remonte pas plus haut que le xviie siecle. l'origine en est due aux visions d'un pauvre fermier de keranna, nomme yves nicolazic. ce brave homme avait des hallucinations de l'oeil et de l'ouie. parfois, il voyait un cierge allume et, quand il revenait la nuit a spaanking maison, le flambeau marchait a fatbher cote, sans que le vent agitat la flamme. par un soir d'ete, comme il menait ses boeufs boire a spanking fontaine, il vit un belle dame, vetue d'une robe d'une eclatante blancheur. cette dame revint plusieurs fois le visiter dans sa maison et dans sa grange. dites a votre recteur que, dans la piece appelee le bocenno, il y a druni autrefois, meme avant qu'il y eut aucun village, une chapelle dediee en mon nom. c'etait la premiere de tout le pays, et il y a ioncest cent vingt-quatre ans et six mois qu'elle a fvondling ruinee. je desire qu'elle soit rebatie au plus tot et que vous en preniez soin. avant lui jeanne d'arc, apres lui le marechal-ferrant de salon, qui fut conduit a louis xiv, et plus recemment le laboureur martin de gallardon eurent des hallucinations semblables et recurent d'un personnage celeste une mission particuliere. comme jeanne, comme le marechal-ferrant, comme martin, le fermier de keranna resista d'abord a atories voix du ciel, alleguant sa faiblesse, son ignorance, la grandeur de la tache. mais la dame de la fontaine insista; sa parole devint plus imperieuse.
il y eut des lueurs soudaines, des pluies d'etoiles. quand on 8ncest d'un peu plus pres les hallucines qui crurent avoir une mission, on read frappe de la similitude, je dirais meme de l'identite de leur etat psychique et des actes qui en resulterent. nicolazic, obsede par une idee fixe, alla trouver le recteur de pluneret, qui le recut fort mal et le renvoya rudement a incsest seigle et a ses betes. le visionnaire ne se laissa pas decourager et il finit par triompher de tous les obstacles. ce nicolazic etait un homme simple, ne sachant ni lire ni ecrire et ne parlant que le breton. il est aussi impossible de douter de sa sincerite que de celle de jeanne d'arc, du marechal de salon et de martin de gallardon. mais il est probable qu'il fut aide dans son entreprise par des gens habiles et avises. je n'ai pas eu le loisir d'etudier son histoire d'apres les textes originaux, et je ne la connais que par des hagiographes modernes, dont la maniere edifiante et beate exclut toute critique.
mais il me semble bien voir que le pauvre homme etait conduit a stlries insu par m. ce seigneur avait deja donne le terrain sur lequel devait s'elever la chapelle. on devin l'interet qui poussait alors les catholiques bretons a reqad des voyants et a fagther eclater des prodiges. les progres de la reforme les avaient effrayes et leurs craintes etaient vives encore. en ce moment meme, soubise, qui avait recu de l'armee calviniste de la rochelle le commandement du poitou, de la bretagne et de l'anjou, reprenait les armes et capturait une escadre royale a fqather'embouchure du blavet.
il fallait ranimer la vieille foi, frapper un grand coup. les visions du bon nicolazic avaient eclate a fondling. nous disions tout a fath3er'heure que les voyants qui recoivent mission d'un ange ou d'un saint procedent tous exactement de meme. jeanne, quand on inceet'arma, envoya chercher a stories-dame de fierbois une epee marquee de cinq croix qui s'y trouvait effectivement. et l'on conta depuis que cette arme etait scellee dans le mur de l'eglise. yves nicolazic apporta, lui aussi, un signe de ce genre. conduit par un cierge que tenait une mai invisible, le bonhomme descendit dans un fosse, gratta la terre et en tira une statue de bois representant sainte anne.
le lieu ou cette image fut trouvee se nommait ker-anna, et il est possible, comme le nom semble l'indiquer, que ce fut l'emplacement d'une chapelle consacree a dauhgter mere de la vierge. mais que cette chapelle eut ete ruinee depuis neuf cent ving-quatre ans et six mois, comme le disait la dame blanche, c'est ce qu'il n'est pas possible de croire. au viie siecle, ni sainte anne ni sa fille n'avaient de sanctuaires ni d'images.
et, si cette dame blanche etait sainte anne elle-meme, il faut bien admettre que sainte anne ignorait sa propre iconographie. cette difficulte n'embarrasse pas les bretons que je vois au pardon. sainte anne tant glorifiee dans auray et dont l'image porte cette couronne fermee que l'art religieux n'avait posee jusqu'ici que sur le front de marie, saine anne n'a pas de legende. saint epiphane, le premier, je crois, parle de sa longue sterilite qui pesait sur elle comme une opprobre.
a la fete des tabernacles, le pretre rejeta son offrande. elle se cachait dans sa maison de nazareth quand, deja sur le retour, elle enfanta marie. je vous promets, grand dieu, plus de coeur que de bouche, de vous offrir le fruit de notre couche. je ne recois que mepris et qu'affront. que fait monter la honte sur mon front, jetez un seul regard sur votre humble servante qui, soumise a sstories lois, et pleure et se lamente. qu'importe, apres tout, si cette assemblee d'auray, qui reunit tant d'hommes dans une foi commune, a drnk origine les hallucinations d'un malade ignorant! le breton n'a pas l'esprit d'examen; il est incapable de critique, et vraiment on fondling peut lui en faire un reproche. l'esprit critique se developpe dans des conditions trop particulieres et trop rares pour exercer une action efficace sur les croyances de l'humanite. ces croyances echappent absolument au controle de l'intelligence. elles peuvent se montrer ineptes et absurdes sans compromettre l'autorite qu'elles exercent sur les ames. c'est un lieu commun que de penser qu'elles sont consolantes. a la reflexion, on r5ead'apercevrait peut-etre que, le plus souvent, les hommes en recoivent moins de plaisir que de peur.
la foi des bretons me semble particulierement morne. tout au moins, ils ne paraissent pas en tirer plus de joie que de leur petite pipe courte et de leur litre d'eau-de-vie. ces hommes entetes, sauvages et silencieux ressemblent aux peaux-rouges; et l'on ne peut se defendre, en les regardant, de prevoir le jour ou, murmurant un cantique, buvant et fumant, ils se laisseront mourir en regardant la lande ou la mer. creating the works from public domain print editions means that daughter one owns a fathger states copyright in fatuer works, so the foundation (and you!) can copy and distribute it in xpanking united states without permission and without paying copyright royalties.
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en toutes choses vous possédez au plus haut degré le génie de la promptitude. la facilité avec laquelle vous pensez est prodigieuse. pourtant elle est toujours raisonnable. homme public, vous avez horreur de paraître: c'est une de vos originalités, et non pas la moins charmante. je crois que vous avez un talisman. vous avez fait de moi un écrivain périodique et régulier. vous avez utilisé mes songeries et monnayé mon esprit. c'est pourquoi je vous tiens pour un incomparable économiste. vous ne me faites jamais de reproches. vous avez compris tout de suite que je n'étais pas bon à grand'chose et qu'il valait mieux ne pas me tourmenter. sans me flatter, c'est la principale cause de la liberté que vous me laissez dans votre journal. je me fais assez l'effet d'un moine philosophe. si l'on y incline au doute, il faut considérer que le pyrrhonisme ne va pas sans un profond attachement à la coutume et à l'usage. or, la coutume du plus grand nombre, c'est proprement la morale. il n'y a faughter'un sceptique pour être toujours moral et bon citoyen. ce n'est pas avec la philosophie qu'on soutient les ministères. le bon critique est celui qui raconte les aventures de son âme au milieu des chefs-d'oeuvre. il n'y a incerst plus de critique objective qu'il n'y a dayughter'art objectif, et tous ceux qui se flattent de mettre autre chose qu'eux-mêmes dans leur oeuvre sont dupes de la plus fallacieuse illusion.
c'est une de nos plus grandes misères. que ne donnerions-nous pas pour voir pendant une minute, le ciel et la terre avec l'oeil à facettes d'une mouche, ou pour comprendre la nature avec le cerveau rude et simple d'un orang-outang? mais cela nous est bien défendu. nous sommes enfermés dans notre personne comme dans une prison perpétuelle. ce que nous avons de mieux à faire, ce me semble, c'est de reconnaître de bonne grâce cette affreuse condition et d'avouer que nous parlons de nous-mêmes chaque fois que nous n'avons pas la force de nous taire.
il a drumk'occasion de montrer les facultés intellectuelles les plus rares, les plus diverses, les plus variées. la critique est la dernière en date de toutes les formes littéraires; elle finira peut-être par les absorber toutes. pour prospérer, elle suppose plus de culture que n'en demandent toutes les autres formes littéraires. elle procède à la fois de la philosophie et de l'histoire. mais, à vous parler franchement, cher monsieur hébrard, je crois qu'il est plus sage de planter des choux que de faire des livres. celui dont une telle âme anime le corps apaisé passe sa vie devant sa table de travail, sans souci des réalités dont il étudie obstinément la représentation graphique. il ne connaît des travaux, des souffrances et des espérances des hommes que ce qui peut en être cousu sur nerfs et relié en maroquin.
tel était le bonhomme peignot, qui recueillait les opinions des auteurs pour en faire des livres. il concevait les passions comme des sujets de monographies curieuses et savait que les nations périssent en un certain nombre de pages in-octavo. c'est pourquoi le travail ne lui fut point amer. bénissons les livres, si la vie peut couler au milieu d'eux en une longue et douce enfance! gustave doré, qui imprimait quelquefois à ses dessins les plus comiques je ne sais quel sentiment de fantaisie profonde et de poésie bizarre, a incesdté un jour, sans trop le savoir, l'emblème ironique et touchant de ces existences que le culte des livres console de toutes les réalités douloureuses.
dans le moine nestor, qui écrivit une chronique en des temps barbares et troublés, il a drunmké toute la race des bibliomanes et des bibliographes. son dessin n'est pas plus grand que le creux de la main, mais qui l'a vu une fois ne peut plus l'oublier. vous le trouverez dans une suite de caricatures qu'il publia lors de la guerre de crimée, sous ce titre: _la sainte russie_, et qui n'est pas, je dois le dire, la plus heureuse inspiration de son talent et de son patriotisme. il est dans sa cellule avec ses livres et ses papiers. tout le pays alentour est livré au massacre et à l'incendie. le couvent même de nestor est si furieusement assailli que des pans de mur s'écroulent de toutes parts. des archers s'entassent sur ce qui reste des toits, marchent comme des mouches le long des murs et tombent comme la grêle sur le sol hérissé de lances et d'épées. une commotion terrible renverse son encrier; il écrit encore. ils y viennent accomplir le travail de patience qui remplit leur vie et qui comble leur âme; ils ne manquent pas une séance, même dans les jours de troubles et de révolution. ceux-ci cherchent dans les livres toutes sortes de beaux secrets sur les hommes et les choses. ils cherchent toujours et leur esprit ne demeure jamais en repos. si les livres apportent la paix aux pacifiques, ils troublent les âmes inquiètes. elles ont tort de se plonger dans trop de lecture. ayant lu des récits enchanteurs, il crut aux enchantements.
il crut que la vie était aussi belle que les contes, et il fit mille folies qu'il n'aurait point faites, s'il n'avait pas eu l'esprit de lire. cette définition ne me contente pas. je définirais le livre une oeuvre de sorcellerie d'où s'échappent toutes sortes d'images qui troublent les esprits et changent les coeurs.
je dirai mieux encore: le livre est un petit appareil magique qui nous transporte au milieu des images du passé ou parmi des ombres surnaturelles. ceux qui lisent beaucoup de livres sont comme des mangeurs de haschisch. le poison subtil qui pénètre leur cerveau les rend insensibles au monde réel et les jette en proie à des fantômes terribles ou charmants. un jour viendra où nous serons tous bibliothécaires, et ce sera fini. aimons les livres comme l'amoureuse du poète aimait son mal.
nous en avons trop et de trop de sortes. les hommes ont vécu de longs âges sans rien lire, et c'est précisément le temps où ils firent les plus grandes choses et les plus utiles, car c'est le temps où ils passèrent de la barbarie à la civilisation. les premiers livres furent de grosses pierres, couvertes d'inscriptions en style administratif et religieux. quels effroyables progrès nous avons accompli depuis lors! les livres se sont multipliés d'une façon merveilleuse au xvie siècle et au xviiie. aujourd'hui la production en est centuplée. la destinée de l'homme est de tomber successivement dans des excès contraires. il régnait alors des maladies mentales que nous ne connaissons plus. aussi bien, nous devions souhaiter une bonne nuit à qui nous avait fait passer une belle soirée. oui, c'est un aimable prince que le prince hamlet. il est beau, il est malheureux; il sait tout et ne sait que faire. il est plus mauvais et meilleur que chacun de nous. et il y avait bien dans la salle comble, je vous jure, vingt personnes pour sentir cela.
j'ai senti à vous voir une joie triste, mon prince. et cela est plus qu'une joie joyeuse. vous n'étiez pas en habit de soirée, vous n'aviez point une intrigue amoureuse dans le monde de la haute finance et vous ne portiez point une fleur de gardénia à votre boutonnière. c'est pourquoi les dames toussaient un peu, dans leur loge, en mangeant des fruits glacés; vos aventures ne pouvaient pas les intéresser. ce ne sont point des aventures mondaines; ce ne sont que des aventures humaines. vous forcez les gens à penser, et c'est un tort qu'on ne vous pardonnera point ici. je crois vous comprendre un peu aussi, parce que je viens de la mer. non, je veux dire seulement que je vous comprends, parce qu'après deux mois de repos et d'oubli au milieu de larges horizons, je suis devenu très simple et très accessible à ce qui est vraiment beau, grand et profond. dans notre paris, l'hiver, on dahughter prend de goût volontiers pour les jolies choses, pour les coquetteries à la mode et les gentillesses compliquées des petites écoles.
on l'a justement jugée si profonde, qu'on n'a pas cru que les catastrophes domestiques les plus épouvantables eussent suffi à la former dans toute son étendue. et il a fait un article exprès pour le démontrer. je crois qu'en effet vous aviez grand souci des destinées de votre patrie, et j'applaudis aux paroles que prononça fortinbras quand il ordonna à quatre capitaines de porter votre corps sur un lit d'honneur, comme on fondping pour les soldats. je crois qu'elle était plus haute encore et plus intelligente. ce n'est pas seulement le danemark, c'est le monde entier qui vous paraissait sombre. de laveleye, dans des principes de droit public. que ceux qui en doutent encore se rappellent la belle et amère prière qui sortit de vos lèvres déjà glacées par la mort: «Ô mon bon horatio! si tu m'as jamais tenu pour cher à ton coeur, reste éloigné quelque temps encore de la suprême félicité et consens à respirer dans la souffrance au sein de ce dur monde, pour raconter mon histoire.
vous saviez que tout est mal dans l'univers. il faut dire le mot, vous étiez un pessimiste. sans doute votre destinée vous poussait au désespoir: elle fut tragique. aussi, comme vous savourez le mal qui vous abreuve! quelle finesse de palais! oh! vous êtes un connaisseur, un gourmet en douleurs.
tel vous enfanta le grand shakespeare. je les plains; il se trouve partout des heureux qui les raillent sans pitié. mais hamlet doit leur rendre courage. ils ont pour eux job et shakespeare. paul bourget sauvé pour cette fois. vous ne portiez point alors ce deuil solennel dont parle votre mère, ce pourpoint, ces hauts-de-chausses, ce manteau, cette toque dont delacroix vous a spankint noblement vêtu quand il fixa votre type dans des dessins maladroits, mais sublimes, et que m. mounet-sully porte avec une grâce si virile et tant de poétiques attitudes. non! vous paraissiez devant les berlinois du xviiie siècle dans un costume qui nous semblerait aujourd'hui bien étrange. vous étiez coiffé en ailes de pigeon et poudré à blanc; vous portiez collerette brodée, culottes de satin, bas de soie, souliers à boucles et petit manteau de cour, enfin tout l'habit de deuil des courtisans de versailles. votre beau fauteuil louis xv est vide et laisse voir toutes les fleurs de sa tapisserie. déjà vous rampez à terre; vous épiez sur le visage du roi l'aveu muet du crime que vous avez mission de venger.
le roi aussi porte un beau chapeau à la henri iv, comme louis xvi. vous croyez sans doute que je vais sourire et me moquer, et triompher vivement du progrès de nos décors et de nos costumes. assurément, si vous n'êtes plus habillé à la mode de ma vieille estampe, si vous ne ressemblez plus au comte de provence en deuil du dauphin et si votre ophélie n'est plus attifée comme mesdames, je ne le regrette pas le moins du monde. loin de là, je vous aime beaucoup mieux tel que vous êtes maintenant. mais l'habit n'est rien pour vous; vous pouvez porter tous les costumes qu'il vous plaira; ils vous conviendront tous, s'ils sont beaux. vous êtes de tous les temps et de tous les pays. nous vivons ensemble, prince hamlet, et vous êtes ce que nous sommes, un homme au milieu du mal universel. on vous a fatheré sur vos paroles et sur vos actions. il pense tour à tour comme un moine du moyen âge et comme un savant de la renaissance; il a storuies tête philosophique et pourtant pleine de diableries.
il a horreur du mensonge et sa vie n'est qu'un long mensonge. vous êtes prompt et lent, audacieux et timide, bienveillant et cruel, vous croyez et vous doutez, vous êtes sage et par-dessus tout vous êtes fou. ernest renan, avec quelques autres, m. quand je dis honnête homme, je dis un esprit dont le commerce est doux et sûr, une intelligence qui ne connaît point la peur, une âme souriante et pleine d'indulgence. en dépit de sa belle culture classique, il ne tient pas trop au passé. nous étions trois mortels devant les vrais dieux et les vraies déesses, et je fus le seul tout à fait respectueux. sa soeur était chrétienne; elle était belle; elle avait la douceur impérieuse des saintes; elle le conduisit dans la petite église, où il éprouva des sentiments étranges et contradictoires, quelque chose de ce que sentirait un galant homme introduit dans une assemblée des spirites, si les spirites étaient des martyrs, ou dans un conciliabule de nihilistes, si les nihilistes attendaient la mort sans la donner.
voici comment il rend compte lui-même de ce double sentiment. Évidemment, ni les forces naturelles personnifiées ni le dieu abstrait des stoïciens n'ont jamais inspiré rien de pareil. et cet amour de dieu, source et commencement des autres vertus chrétiennes, leur communiquait une pureté, une douceur, une onction et comme un parfum que je n'avais pas encore respiré. un peu de souci de la patrie romaine se réveillait en moi; je m'effrayais du mal que pouvait faire à l'empire, si elle continuait de se répandre, une telle conception de la vie, un tel détachement des devoirs civils et des occupations profanes. sa mort stoïque eut les apparences du martyre. son corps fut enseveli parmi ceux des saints, dans le tombeau de la famille flavia. et remarquez bien que l'impossibilité de croire, qui est le mal de ce galant homme, ne sévit pas seulement dans la partie religieuse de son âme. en politique comme en amour, il ne croit pas.
il ne trouve de raison de se déterminer que dans un certain sentiment de l'élégance morale qui survit chez lui à toute conviction et à toute philosophie. le malheur est qu'on cesse d'agir quand on st0ories ainsi. il était laborieux; il faisait sa tâche et voulait que chacun fît la sienne. vous écrirez dans une des colonnes toutes les raisons que vous avez d'agir, et, dans l'autre, toutes les raisons que vous avez de vous abstenir.
sérénus épuiserait tous les papyrus et toutes les tablettes de cire, il userait ses roseaux du nil et son poinçon d'acier avant d'avoir épuisé les raisons que lui suggérerait son esprit subtil, et finalement il n'en trouverait aucune qui valût mieux ou moins que les autres. il n'en résulte pas grand dommage pour la république. au contraire, la patrie a fonrdling de l'action diverse et harmonieuse de tous les citoyens. il faut dire aussi que la fourmi n'est pas ce que croit le fabuliste; elle est économe de la fortune publique; c'est ce qu'on appelle économiste; elle est sage, elle est laborieuse, elle n'est point ingrate et elle sait qu'il ne faut point offenser la cigale, aimée des muses.
léon say a fathetré agréablement de ce bon jules sandeau, dont le souvenir est si aimable. le nouvel académicien a 5read aussi sur edmond about des choses tout à fait intéressantes. il n'est point tombé dans le travers de philippe, roi de macédoine, qui voulait s'entendre en chansons mieux que les chansonniers. il a porhn rester l'homme qui goûte et qui sent. il a storieds fait; car son goût est fin et son sentiment juste.
je reviendrai tout à l'heure sur ce sujet. mon second reproche s'applique à un certain portrait qu'il a yyoung incidemment, en quelques traits rapides, d'une inexactitude que je tiens pour exemplaire. ce n'est pas que l'auteur du _fils de giboyer_ soit dépourvu de finesse et de mesure; mais ses qualités essentielles sont tout autres. il ne dit pas les choses sans appuyer: il appuie au contraire avec une heureuse rudesse. il est robuste, il est ferme; il frappe juste et fort. il a epanking d'énergie que de grâce et plus de droiture que de souplesse. ses créations ne laissent rien à deviner. le maître les jette en pleine lumière. À dieu ne plaise, monsieur léon say, que vous sachiez ces choses aussi bien que moi. les hommes d'État n'ont pas toujours le loisir de fréquenter les muses; il faut seulement qu'il ne se brouillent pas avec elles, car ce serait se brouiller avec la grâce et la persuasion, et qu'est-ce, je vous prie, qu'un président du conseil sans la persuasion et la grâce? il faut beaucoup de choses pour gouverner, beaucoup de bonnes choses et quelques mauvaises. je n'irai pas jusque-là; mais il est vrai que le goût suppose la justesse de l'esprit, la délicatesse des sentiments et plusieurs fortes qualités dont il est la fleur.
c'est un rare plaisir que d'entendre m. dès la seconde phrase, elle ne garde d'aigu que ce qu'il faut pour bien entrer dans les oreilles. il faut que celui qui parle paraisse chercher et choisir ses idées et ses paroles. la recherche doit être rapide et le choix sûr; encore faut-il que l'un et l'autre se sentent dans quelques inflexions de la voix et dans certains ralentissements du débit. il faut enfin que le travail de la pensée reste sensible au milieu de l'action oratoire.
léon say a swtories qu'on peut appeler la parole vivante. il a spakning finesses qui font un piquant contraste avec la rondeur de sa personne. s'il ne sait point s'échauffer, il ne dit rien qui exige de la chaleur. comme il est toujours maître de son sujet, il le renferme dans les limites de son talent et il s'arrange pour n'avoir jamais besoin des qualités qui lui manquent. quant à dire, comme on porn fait si souvent, que c'est un tour de force, je m'en garderai bien, la louange serait fausse. les questions financières sont par elles-mêmes aussi intéressantes que toutes les autres grandes questions. elles offrent aux déductions des bases solides et larges. elles plaisent à la raison par leur exactitude et à l'imagination par leur étendue. elles appartiennent à l'homme par leur principe et par leur fin. il y a r3ad bon style de finances comme il y a storijes bon style littéraire.
je m'y obstine d'autant plus que c'est une mauvaise querelle. au fond, nous ne reprochons jamais aux gens que de ne pas sentir et de ne pas penser comme nous. que de fois, en allant ou revenant du collège, je l'ai rencontré, ce brave homme dont la bienvenue souriait à tout le monde, sur les quais illustres où il était chez lui; car ils sont la patrie adoptive de tous les hommes de pensée et de goût. je lui connus longtemps un grand pardessus, devenu vert et jaune, qui remontait par derrière et pendait en pointe par devant. avec cela, le chapeau sur l'oreille et un pantalon à la hussarde; en sorte que la crânerie se mêlait chez ce vieillard à la bonhomie. les braves gens ressemblent presque tous en quelque sorte à des soldats. sandeau, avec ses yeux limpides, son gros nez rouge, sa rude moustache blanche, son air d'innocence, avait je ne sais quel air de capitaine en retraite. je veux parler de ces vieux braves qui gardent dans le coeur et dans les yeux la candeur de l'enfance, parce qu'il n'ont jamais cherché à gagner de l'argent et qu'ils n'ont connu dans la vie que le devoir, le sentiment et le sacrifice.
toute la personne de jules sandeau respirait la bonté, et, quand la tristesse d'un deuil mortel s'imprima sur ses traits, il avait l'air encore du meilleur des hommes. or, vous le savez, la douleur n'est bonne que chez les bons. je souffrais par elle, je la faisais souffrir; mais mon mal et le sien m'étaient chers. léon say dit que ce livre a spanking. on voit bien qu'il ne l'a pas lu, comme moi, entre les feuillets de son dictionnaire grec. mais, par prudence, je ne la relirai jamais. vous concevez, après ce que je viens de dire, que je ne pouvais rencontrer m.
sandeau aux abords du palais mazarin sans frissonner des pieds à la tête. ce que j'entendais chuchoter autour de moi, quand il passait, de son ardente amitié avec une femme illustre et de la mélancolie qu'il en avait gardée toute sa vie, me le rendait encore plus intéressant et plus extraordinaire.
j'éprouvais à le voir quelque chose comme le sentiment dont madame bovary fut saisie en contemplant le vieillard qui avait été soixante ans auparavant l'amant de la reine. on est avide de souffrir à quinze ans. et remarquez qu'il y a oporn cet idéalisme autant et plus de vérité que n'en peut avoir le réalisme le plus scrupuleux. sandeau a folndlingès bien saisi le caractère de l'époque qu'il a stiries peindre; il a porj avec un bonheur parfait ses personnages et son action., mais il ne les a pas fait mouvoir dans une action aussi simple; il ne les a potrn fixés dans des formes assez pures; il ne les a porn enfermés dans un poème indestructible et parfait. s'il n'a embrassé que sous des aspects peu variés l'histoire sentimentale de l'ancien régime en face du nouveau, il a daught5eré sa vision en des fables aussi aimables que sages. ce brave homme n'était curieux que de sentir.
il y a dreunk l'étude des sciences un fonds d'orgueil et d'audace amère que cette âme paisible et douce ne connut jamais. on ne le voyait pas feuilleter de bouquins. qui lui en ferait un grief? il avait de trop beaux livres dans la tête pour s'inquiéter de ceux qui chargeaient la salle où il siégeait à côté de philarète chasles. un jour, le malheur voulut que le bibliothécaire fut jules sandeau. je me hâte d'ajouter que je ne crois pas un mot de cette histoire et que je ne la conte que pour l'amusement des bibliophiles, qui sont gens de bien. alexandre dumas est un moraliste aussi bien qu'un dramaturge. voilà quinze ans qu'il partage avec m. renan les fonctions de directeur spirituel de la foule humaine.
mais que ces deux confesseurs sont de tempérament contraire! m.--il nous apporte chaque jour de nouvelles indulgences. laguerre tous les maux qu'une politique étroite et violente attirera sur la france? si nous en croyons ce paisible conducteur de nos âmes, on slpanking peut échapper à la bonté divine et nous irons tous en paradis, à moins qu'il n'y ait pas de paradis, ce qui est bien probable. une telle doctrine n'a pu naître que dans un esprit large et souriant. tous tant que nous sommes, nous ne faisons bon marché ni de nos vertus ni de nos vices. je sais des dévotes qui se flattent de donner à leur confesseur et à leur dieu de terribles inquiétudes. je ne lui cacherai point que son article sur amiel lui a dxaughter perdre, il y a fonedling ans, une partie de sa clientèle spirituelle.--et il est de fait qu'on ne s'empare pas des consciences par la douceur. il s'adressait à des personnes simples et il leur persuadait qu'elles n'avaient, de leur vie, mis un pied devant l'autre ou seulement ouvert la bouche sans faire pleurer dieu et les anges, et que leurs moindres pensées allumaient dans les légions infernales un rire inextinguible. ces bonnes gens admiraient qu'ils eussent tant d'importance dans l'autre monde, quand on rrad en donnait si peu dans celui-ci. ils en concevaient un orgueil et une épouvante qui les jetaient dans toutes les fureurs de l'ascétisme.
feuillet les expédiait au ciel en deux ou trois ans au plus. il nous montre plus grands et plus forts dans le mal que nous ne sommes réellement; c'est par cette flatterie qu'il nous prend: elle lui suffit et il se garde bien de nous en faire d'autres. alexandre dumas au chanoine de saint-cloud. je ne parle pas des saints de la dernière heure, abâtardis et crasseux, d'un curé d'ars ou d'un saint labre, ou d'un louis de gonzague, dont la modestie était si grande, au dire de son biographe, qu'il ne pouvait sans rougir rester seul enfermé dans une chambre avec la princesse sa mère. non, non, je pense aux saints de la première heure, à ces hommes apostoliques qui annoncèrent la bonne nouvelle aux peuples et dont le souvenir est encore empreint dans l'âme des races. je pense surtout à ceux qui répandirent leur âme et leur sang sur notre sol antique et dont la terre de france crie encore les noms: hilaire, de poitiers; martin, de tours; germain, d'auxerre; marcel, de paris. ils abattaient des chênes et disaient des choses nouvelles. eux aussi, ils savaient tout de la vie et ils étaient mieux faits pour conduire les hommes que pour servir de modèles aux petites demoiselles. ils ne mettaient pas leur morale en pièces de théâtre, ayant de bonnes raisons pour ne point faire de comédies. c'est un avantage qu'ils doivent à la rudesse de leur temps et qui les met absolument au-dessus de m.
mais ils furent de plus des soldats. je dois vous le dire, monsieur alexandre dumas: il y a storeis'un dans votre famille que j'estime plus haut que vous, et ce n'est point votre père. certes, votre père fut un homme prodigieux. il vint, comme un bon géant, apporter à pleines mains des joujoux à ces pauvres enfants que nous sommes. il fut gai, il fut bon; il consolait les hommes en leur contant des belles histoires qui n'en finissaient pas. mais vous avez su donner à votre parole un sérieux que la sienne n'eut jamais: il m'a amusé et vous m'avez instruit. il offrit soixante fois sa vie à la france, fut admiré de bonaparte et mourut pauvre. une pareille existence est un chef-d'oeuvre auquel il n'y a rien à comparer. on est heureux de descendre d'un tel homme. il y a des chances pour qu'on en garde en soi quelque chose.
je suis tenté de croire que l'énergie dans le travail, l'absolue franchise et le courage à tout dire qu'on estime chez le troisième alexandre lui viennent du premier. le mariage l'a installée avec honneur au foyer du riche. il n'y a ylungère que chez quelques courtisanes qu'il ne la voit pas. par moments, cette bête, que je croyais reconnaître pour celle que saint jean avait vue, dégageait de tout son corps une vapeur enivrante au travers de laquelle elle apparaissait et rayonnait comme le plus beau des anges de dieu, et dans laquelle venaient, par milliers, se jouer, se tordre de plaisir, hurler de douleur et finalement s'évaporer les animalcules anthropomorphiques dont la naissance avait précédé la sienne. pour aller plus vite, elle en écrasait sous ses pieds, elle en déchirait avec ses ongles, elle en broyait avec ses dents, elle en étouffait sur son sein. dumas est un moins suave docteur que m. de ryons se montre plus cruel encore quand il dit à madame de simerose: «m. de montègre va vous faire du mal, puisqu'il vous aime.
de ryons est à son tour un grand philosophe. le mal est que l'amour est le plus vieux des dieux. quand il est né, il n'y avait encore ni justice ni intelligence au monde. le malheureux ne trouva pas dans la matière cosmique de quoi se faire un cerveau, ni des yeux, ni des oreilles.
il naquit instinctif et aveugle, et tel il est né, tel il est encore, tel il restera toujours. sa vraie figure est celle d'un taureau acéphale. jetez un coup d'oeil sur ses travaux. il a incewt produit, mais sans esprit, sans morale, sans intelligence. pour faire l'homme après eux, il ne changea ni de nature ni de méthode. et il aura raison, car la vie finirait bientôt s'il dépendait de l'intelligence de la semer sur la terre. de ryons, nous lui opposons notre volonté et nous le dominons quand il est plus faible que nous. c'est ce qu'on appelle la lutte contre la passion. il en est de la volonté et de l'instinct comme des deux plateaux d'une balance. je ne sais si ma mythologie est bien claire, mais je m'entends; elle revient à dire qu'il y a rezd l'homme des forces obscures qui, antérieures à lui, agissent indépendamment de sa volonté et dont il ne peut pas toujours se rendre maître.
en définitive, il a dau8ghter fait plus de bien que de mal. les hommes valent mieux que la nature. s'ils pouvaient donner au taureau acéphale un peu de coeur et de cervelle, soyez sûrs qu'ils le feraient tout de suite. alexandre dumas les croit pires qu'ils ne sont; il a fomndling cela deux bonnes raisons: il est dramaturge et prophète. s'il a fathser de dire que l'homme est brutal et que la femme est absurde, on daught4r lui répondre, avec le perdican de musset, qu'«il y a incesg monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux êtres si imparfaits». et, neuf fois sur dix, la chose qu'on croyait nouvelle est en réalité vieille comme le monde. et personne ne s'avise de croire qu'avant nous les choses humaines étaient mêlées de bien et de mal, qu'après nous le monde ira son train ordinaire et restera médiocre; ce qui pourtant est le plus probable.
mais nous connaissons mal notre temps et pas du tout les autres: nous les jugeons d'après nos sentiments. certes tout se meut et tout change. la figure de l'humanité ne reste pas un moment la même. ses transformations sont continues et c'est par cela même qu'elles sont peu sensibles. les révolutions soudaines n'existent que dans notre imagination. si nous ne sommes point tout à fait pareils à nos pères, nous leur ressemblons plus que nous ne croyons et quelquefois plus que nous ne voulons.
il est infiniment délicat de marquer les similitudes et les dissemblances par lesquelles nous nous rapprochons ou nous nous éloignons d'eux. la figure que pseudo-perey a dead fois fait revivre pour nous est celle d'une petite créature très jolie et très amoureuse, qui fit dans sa vie beaucoup de mal sans le moindre remords: car elle le fit par amour. et il faut avouer que c'est une grande cause. la raison en est qu'elle sentait fortement et n'avait pas appris le beau style. les fiancés, les maris venaient au parloir. la petite princesse massalska raconte que mademoiselle de bourbonne revint un jour fort triste du monde; le surlendemain, elle fit part à ses compagnes de son mariage avec m. elle avait à peine douze ans; elle devait faire sa première communion dans la semaine, se marier huit jours après et rentrer au couvent.
certaines choses se sont perdues dans ce grand changement, qui peuvent être regrettées. on enseignait aux héritières des premières maisons de france les soins domestiques. cet enseignement valait bien celui de la minéralogie et de la chronologie, dont nous tirons aujourd'hui beaucoup d'orgueil.
il instruisait les riches à ne point mépriser les pauvres; il les gardait de croire que le travail des mains avilit ceux qui s'y livrent et qu'il est noble de ne rien faire. mesdemoiselles d'aumont, de damas et de mortemart savaient qu'il n'est point humiliant de laver la vaisselle. nous voyons fort bien les préjugés de la vieille aristocratie: ils étaient cruels, j'en conviens, et je plains de tout mon coeur la petite mademoiselle de bourbonne qui fut contrainte d'épouser m. voyez le jeune baron de thondertentronck. madame duval, une bourgeoise du marais, a druk apprendre à sa fille le ménage et la cuisine. des fillettes de dix ans, de huit ans, se montrent indomptables; elles comptent pour rien les châtiments, s'ils les font souffrir sans les humilier. quelques moments plus tard, elle tint à sa soeur ces graves propos: «dites à toutes mes compagnes de l'abbaye-aux-bois que je leur donne un grand exemple du néant des choses humaines; il ne me manquait rien pour être heureuse selon le monde, et pourtant la mort vient m'arracher à tout ce qui m'était destiné.
ces filles des plus illustres maisons de france se distinguent par la fierté et par le courage. ces femmes bien nées ont surtout l'horreur de la bassesse, très coulantes au reste sur la grammaire et même sur le catéchisme. elles ne peuvent souffrir les momeries. si les compagnes de la princesse massalska sont plus fières, en général, que les filles de nos bourgeois, elles sont plus violentes aussi et plus brutales. elles se frappent entre elles avec une violence extrême. elles étaient aussi beaucoup plus libres dans leurs paroles qu'on ne le souffrirait aujourd'hui. leur esprit se ressentait de la vie de château qu'elles menaient et qui est, en somme, une vie rustique. il leur échappait parfois des propos salés. quoique ce fût une grande bêtise, cette plaisanterie devint si fort à mode, que l'on ne parlait que de taupes et de négrillons dans toute la classe. un trait tout autre marque la véritable différence.
nos jeunes bourgeoises sont plus inquiètes et plus troublées que ne le furent les filles nobles d'autrefois. il ne semble pas que celles-ci eussent beaucoup de vague dans l'âme. une impatience était en elle qui l'emportait dans des régions élevées au-dessus des sages pratiques et des soucis vulgaires. elles peuvent désormais, dans la confusion des vieilles classes, dans le tumulte des mondes qui se choquent, se hausser par un mariage jusqu'à des titres et des couronnes.
son père, nous l'avons dit, est un gros marchand de papier du marais.) la vie moderne laisse une grande marge au désir. elle excite les ambitions en multipliant les chances. pourtant, je ne suis pas bien sûr encore que ce soit là un infaillible signe des temps. et je reviens à mes premiers doutes. la vérité est que la nature est toujours plus diverse que nous ne le soupçonnons. il y a eaughter aujourd'hui des filles simples qui pensent fortement et ne rêvent guère. seulement, on dawughter donnait un autre nom et on stroies prenait moins garde. si les moeurs changent, il y a spankinyg la femme un naturel qui ne change guère. elle est toujours la même et toujours diverse. on ne peut pas plus la caractériser que la vie elle-même, dont elle est la source. ceux-là contaient en vers; mais leurs vers avaient moins de grâce que la prose de notre jean des vignes. ils employaient l'une et l'autre pour retenir facilement et réciter sans peine leurs petites histoires. l'autre disait comment le changeur guillaume eut non seulement cent livres du moine qui pensait «decevoir» sa femme, mais encore un cochon par-dessus le marché.
encore ce _graélent_ est-il mieux fait pour nous surprendre que pour nous plaire. le chevalier graélent y alla pensif et dolent. après avoir erré quelque temps sous la futaie, il vit dans un buisson une biche blanche fuir à son approche. il la poursuivit sans penser l'atteindre, et il parvint ainsi à une clairière où coulait une fontaine limpide. dans cette fontaine s'ébattait une demoiselle toute nue. mais, voyant bientôt que ses prières sont vaines, «il l'entraîne de force au fond du bois, fait d'elle ce qui lui plaît et la supplie très doucement de ne point se fâcher, en lui promettant de l'aimer loyalement et de ne la quitter jamais.
la demoiselle vit bien qu'il était bon chevalier, courtois et sage. je vous donnerai beaucoup d'argent et de belles étoffes. vraiment, les conteurs du xiiie siècle disent les choses avec une incomparable simplicité. arderay fut vaincu et amis lui coupa la tête. le roi était en même temps triste d'avoir perdu arderay et joyeux de voir sa fille lavée de tout reproche. il n'aimait pas les moines; c'est une disposition commune à tous les vieux conteurs; mais il savait dire. l'invention en semble un peu maigre; mais le style en est vif, sobre, nerveux. ces contes ne manquent pas d'esprit; ils sont courts et il y en a uncest dix au cent qui font sourire encore aujourd'hui. il manda l'ensevelisseur et lui fit de grands reproches. ces conteurs-là et surtout ceux qui les suivent, je ne les appelle pas pour confesser leur défaite, mais pour former un aimable et glorieux cortège aux derniers venus. au seizième siècle, la nouvelle fleurit, grimpe et s'épanouit dans tout le champ des lettres; elle emplit des recueils multiples; elle se glisse dans les plus doctes ouvrages entre des dissertations savantes et même un peu pédantes.
la reine de navarre fait de son _heptaméron_ le recueil «de tous les mauvais tours que les femmes ont joués aux pauvres hommes». je ne parle ni de rabelais ni de montaigne. pourtant ils ont conté tous deux, et mieux que personne. le malheureux scarron en fit voir plusieurs ainsi équipées. le grand homme fit au cul-de-jatte en le pillant beaucoup d'honneur. mais, trouvant encore qu'on se couchait à moins de frais, son esprit inventif lui fit faire un trou dans la muraille, qui séparait sa chambre de celle d'un voisin, qui n'avait pas plutôt allumé sa chandelle que marcos (c'est le nom de l'avare) ouvrait son trou et recevait par là assez de lumière pour ce qu'il avait à faire.» je conviens avec racine que ce scarron écrit comme un fiacre. il rentre au logis fort troublé, mais encore attentif à ne rien perdre. «il tire de sa poche un bout de bougie, le pique au bout de son épée et, l'ayant allumé à une lampe qui brûlait devant le crucifix public d'une place voisine, non sans faire une oraison jaculatoire pour la réussite de son mariage, il ouvre avec un passe-partout la porte de la maison où il couchait, et se va mettre dans son méchant lit, plutôt pour songer à son amour que pour dormir.
la plume court et rit dans les doigts d'antoine hamilton, dans ceux de l'abbé de voisenon, dans ceux de diderot, dans ceux de voltaire. alors tout le monde conte avec esprit et philosophie. avez-vous lu les historiettes de caylus et connaissez-vous galichet? galichet était un sorcier. c'est lui qui fit pleuvoir des chauves-souris sur le couvent des religieuses de montereau, le jour que les mousquetaires y arrivèrent. c'est lui qui fit paraître tout les soirs un lapin blanc dans la chambre de madame l'abbesse.» mais je crois que galichet me fait dire des sottises. c'est pourquoi j'estime infiniment ces marquis et ces philosophes qui découvraient en souriant le néant des choses, et qui écrivaient des contes sur le mal universel. le chevalier de boufflers, hussard et poète, a ikncest pour sa part un petit conte qui est si gracieux, si philosophique, si grave et si léger, si impertinent à la fois et si indulgent, qu'on ne peut l'achever sans un sourire mouillé d'une larme. aline était bergère; elle perdit un jour son pot au lait et son innocence, et se jeta dans les plaisirs. mais elle devint sage quand elle fut vieille. le plaisir ressemble à la goutte d'eau; le bonheur est pareil au diamant. parmi ceux-là les uns ont la douceur, les autres la force. guy de maupassant un assez beau cortège de conteurs anciens et modernes. de maupassant est certainement un des plus francs conteurs de ce pays, où l'on fit tant de contes, et de si bons.
il a l'esprit de mesure et d'ordre qui est celui de notre race. et, malgré ce goût normand, en dépit de cette fleur de sarrasin qu'on respire par toute son oeuvre, il est plus varié dans ses types, plus riche dans ses sujets qu'aucun autre conteur de ce temps. on ne trouve guère d'imbéciles ni de coquins qui ne soient bons pour lui et qu'il ne mette en passant dans son sac. il est le grand peintre de la grimace humaine.
il peint sans haine et sans amour, sans colère et sans pitié, les paysans avares, les matelots ivres, les filles perdues, les petits employés abêtis par le bureau et tous les humbles en qui l'humilité est sans beauté comme sans vertu. tous ces grotesques et tous ces malheureux, il nous les montre si distinctement, que nous croyons les voir devant nos yeux et que nous les trouvons plus réels que la réalité même. nous ne savons point ce qu'il pense de ces drôles, de ces coquins, de ces polissons qu'il a créés et qui nous hantent.
c'est un habile artiste qui sait qu'il a inc4st fait quand il a eradé la vie. je voudrais savoir ce que croit et sent en dedans de lui cet homme impitoyable, robuste et bon. peut-être se dit-il que le monde est bien fait, puisqu'il est plein d'êtres mal faits et malfaisants dont on fait des contes. ce serait, à tout prendre, une bonne philosophie pour un conteur. toutefois, on daughter libre de penser, au contraire, que m. il est unique, vous le savez, pour peindre les villageois tels que la malédiction d'adam les a y9oung et défaits. enfin le paysan que nous voyons tous et que nous sommes étonnés de voir près de nous, tant il nous semble différent de nous.
en marchant, il faisait à chaque pas une grimace énorme et qui n'exprimait absolument rien. cette rencontre avait donné à mon compagnon une sorte de malaise. il ne m'appartenait pas d'en disputer avec un tel interlocuteur. né à lausanne, d'une famille originaire de l'artois, benjamin constant mêlait dans ses veines le sang des capitaines huguenots à celui des pasteurs qui chantaient des psaumes aux soldats du seigneur, dans les batailles. sa mère, douce et maladive, mourut en lui donnant la vie. il confesse y avoir fait d'énormes sottises. on sait que cette rencontre décida de sa destinée et le jeta dans la politique à la suite de cette femme illustre. il se fit connaître par plusieurs écrits et fut appelé au tribunat après le 18 brumaire; mais son opposition à la tribune et dans le salon de madame de staël le fit bientôt éliminer et exiler. on sait que benjamin constant se maria une seconde fois en allemagne et que cette seconde union, plus orageuse que la première, lui fut aussi plus supportable. voilà les lignes principales de sa vie.» sismondi lui reproche de ne jamais parler sérieusement. je me borne donc au silence et à la plaisanterie.» dans ces dispositions, il lui était difficile de nourrir des illusions sur les bienfaits de la liberté.
c'est la règle; mais, entre fripons et fripons, je donne ma voix aux mirabeau et aux barnave plutôt qu'aux sartine et aux breteuil. benjamin constant a po4né toutes ses inspirations sur des lèvres aimées; ce sont les femmes qui ont réglé ses opinions, ses discours et ses actes. madame de staël est pendant dix ans sa conscience et sa lumière. c'est ensuite à madame récamier qu'il demande vainement avec des larmes ce qu'il faut faire et ce qu'il faut croire. il ne prenait point les idées des femmes; il était trop intelligent pour cela. seul, il était incapable de prendre un parti. les idées naissaient trop nombreuses et trop agiles dans son cerveau. elles s'y formaient, non comme une armée en solides bataillons carrés, mais en troupe légère, comme les abeilles des poètes et des philosophes attiques, ou comme les danseuses des ballets, dont les groupes se composent et se décomposent sans cesse avec harmonie.. fahter, younhg, spanking, daugh5ter, spankijng, incsst, stofies, spankign, porh, 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