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| Avec la réflexion tout devient difficile. Les politiques sont comme les chevaux, ils ne peuvent marcher droit sans oeillère. Le malheur de Benjamin Constant fut de n'en avoir pas. |
| il le savait et il tendait le front au bandeau. ce sentiment, qui remplit les trois quarts de sa vie, lui fit faire des fautes éclatantes, lui dicta des pages heureuses; et, maintenant encore, il assure à sa mémoire une sorte d'attrait auquel nous ne pouvons résister. je ne dirai pas que benjamin constant s'aimait dans les femmes, car il n'avait pas plus de goût pour lui-même que pour les autres. |
| mais il se désennuyait en elles et, à force de chercher la passion, il faillit bien l'atteindre une fois. une autre liaison se serait terminée avec la même douceur si madame de staël l'avait voulu. car l'homme a anomals son but par la possession, tandis que la femme attend du don qu'elle a fadrm une reconnaissance infinie. nous ne connaissons que trop ces fureurs de femme, ces déchirements, cette longue et cruelle rupture. où il n'avait senti d'abord que des ardeurs importunes, il sent la chaleur auguste d'un coeur vivant et transpercé.» mais, quinze ans plus tard, il se sentait jeune encore et courait aux orages. en cela, il fut semblable aux autres hommes. j'ai dit que benjamin constant faillit aimer tout à fait. le fit-elle sans le vouloir? benjamin constant ne le croyait pas, et il est bien probable qu'il avait raison. mais la divine juliette avait des secrets pour transformer les amours les plus violentes en des amitiés paisibles. benjamin, après dix mois de rugissements, finit en agneau. |
il souffrit cruellement de lui-même et des autres. et il n'était pas de ces vrais amoureux qui aiment leur mal, quand c'est une femme ou un dieu qui le leur donne. il ne pouvait vivre ni avec les hommes ni seul.» et, le lendemain, il se rejetait dans le monde, où son orgueil, la sécheresse de son coeur et la délicatesse de son esprit lui préparaient de rares tortures. il veut toutes les joies, celles des grands et celles des humbles, celles des fous et celles des sages. il ne croit à rien et il s'efforce de goûter les délices dont l'amour divin remplit les âmes pieuses. ayant conçu un livre contre toutes les religions, il compose, de bonne foi, un livre en faveur de toutes les religions.--une impression que la vie m'a faite et qui ne me quitte pas, c'est une sorte de terreur de la destinée. je ne finis jamais le récit d'une journée, en inscrivant la date du lendemain, sans un sentiment d'inquiétude sur ce que ce lendemain inconnu doit m'apporter.» et, comme il faut que tout soit ironie dans cette vie, il fit son dernier bonheur de la roulette. sa maladie dura environ trois mois. sa maladie, qui quelquefois avait paru modifier son caractère, n'avait pas eu le même empire sur son esprit. |
| deux heures avant de mourir, elle parlait avec intérêt sur les objets qui l'avaient occupée toute sa vie et ses réflexions fortes et profondes sur l'avilissement de l'espèce humaine quand le despotisme pèse sur elle étaient entremêlées de plaisanteries piquantes sur les individus qui se sont le plus signalés dans cette carrière de dégradation. la mort vint mettre un terme à l'exercice de tant de facultés que n'avait pu affaiblir la souffrance physique. dans son agonie même, julie conserva toute sa raison. hors d'état de parler, elle indiquait par des gestes les secours qu'elle croyait encore possible de lui donner. elle me serrait la main en signe de reconnaissance. la souffrance humaine offensait la délicatesse de ses sens et la pureté de son intelligence. homme public, il obtint la popularité sans jamais atteindre la considération. c'est ainsi que benjamin constant accomplit jusqu'au bout sa destinée et souffrit de ne pouvoir jamais inspirer la confiance qu'il sollicitait sans cesse. |
| c'était une simple esquisse faite dans une des dernières années de la restauration par un de mes parents, le peintre gabriel guérin, de strasbourg. je m'étais pris de sympathie pour cette grande figure pâle et longue, empreinte de tant de tristesse et d'ironie, et dont les traits avaient plus de finesse que ceux de la plupart des hommes. c'est un roman naturaliste et ce roman naturaliste est un roman militaire. |
| si les lions savaient écrire, si le colonel du 21e faisait un roman sur son régiment, il n'y pas à douter que ce serait tout autre chose que _le cavalier miserey_. je ne crains pas d'affirmer que ce roman ne serait pas naturaliste. on ne doit pas entendre par là qu'il soit brutal; il semble plutôt doucereux. l'auteur a ftarmé les grossièretés dans un sujet où on animalls rencontrait à tout propos; car les chasseurs ne sont pas des demoiselles et le langage des casernes ne ressemble point à celui des salons. abel hermant ne nous apporte de l'argot des cavaliers qu'un écho adouci. mais son livre est jeté tout entier dans le moule du roman nouveau. il y a porrn petits paysages aux endroits où les romanciers ont coutume d'en mettre. bien que courts, ils sont trop longs, puisque miserey et le régiment ne les voient pas. bref, on sent partout la facture, et j'ai raison de dire que c'est un roman naturaliste. et il y a beastalit5y de raisons pour que je gagne mon pari. les machines que construisent les inventeurs sont toujours rudimentaires. il voit gros; quelquefois même il voit grand. il pousse au type et vise au symbole. il a slutt visions, des hallucinations de solitaire. il anime la matière inerte, il donne une pensée aux choses. c'est à médan que se cache le dernier des romantiques. zola, retenu dans le second empire, est une façon de walter scott. il lui faudra bientôt recueillir ses documents humains dans les musées. |
| quand le temps sera venu de préparer son roman militaire, il examinera les vieux flingots des vainqueurs de solférino, comme le romanesque Écossais contemplait une antique claymore arrachée d'un champ de bataille par le tranchant de la charrue. abel hermant soit le dernier naturaliste de l'armée comme il en est le premier. et comment pouvait-il atteindre un si noble but familhy'aide de la triste fable qu'il a inventée? le moyen de professer la religion du drapeau en contant l'histoire d'un cavalier qui déserte pour suivre une fille et puis qui vole la montre d'un camarade? je mettrai en scène, nous dit-il, l'homme et le régiment. il éprouve même «l'humble orgueil des hommes obscurs qui ont un instant la conscience nette de leur rôle utile et ignoré dans une grande oeuvre» (p. on prétend que le roman naturaliste est une littérature fondée sur la science. il n'est point utile et il est laid. tout montrer c'est ne rien faire voir. la littérature a feree devoir de noter ce qui compte et d'éclairer ce qui est fait pour la lumière. si elle cesse de choisir et d'aimer, elle est déchue comme la femme qui se livre sans préférence. en art tout est faux qui n'est pas beau. la raison de cela est facile à concevoir. c'est que nous sommes ainsi faits, tous tant que nous sommes, que nous ne comprenons et ne sentons vraiment que la forme générale et, pour ainsi dire, l'esprit des choses, et qu'au contraire les éléments qui constituent ces choses échappent à notre observation et à notre intelligence par leur infinie complexité. |
| quelques lignes d'une forme entrevue suffisent parfois à nous donner un grand amour. c'est pourquoi il n'y faut pas de microscope. en ordonnant que tout exemplaire saisi au quartier fût «brûlé sur le fumier», le chef du régiment avait d'autres raisons que les miennes, et je me hâte de dire que ses raisons étaient infiniment meilleures. il faut que l'écrivain puisse tout dire, mais il ne saurait lui être permis de tout dire de toute manière, en toute circonstance et à toutes sortes de personnes. il est en relation avec les hommes. cela implique des devoirs; il est indépendant pour éclairer et embellir la vie; il ne l'est pas pour la troubler et la compromettre. il est tenu de toucher avec respect aux choses sacrées. on peut mêler quelque pitié au respect qu'elle inspire. le poète alfred de vigny l'a fait en un temps qui semble lointain, il l'a fait dans toute la douceur et toute la dignité de son génie. |
| abel hermant, il avait servi, non point il est vrai un an fa4rm soldat, mais plusieurs années comme officier. je ne sache point qu'aucun colonel de cavalerie ait fait brûler sur le fumier du quartier des exemplaires de cet ouvrage. je n'ai vu nulle part que le noble écrivain ait eu la douleur de fâcher quelque ancien brigand de la loire, irrité par l'inutilité de sa vieillesse et par le souvenir de sa gloire. pourtant, il y a traqilers ces pages si graves et si tristes des hardiesses intellectuelles auxquelles m. jamais il ne cesse d'honorer ceux qu'il plaint. il peut tout dire, parce qu'il garde dans tout ce qu'il dit l'amour des hommes et le respect des vertus ainsi que des souffrances. je crois qu'il a womden et que l'armée ne doit pas penser, puisqu'elle ne doit pas vouloir. abel hermant reconnaîtra un jour qu'il a, sans le vouloir, offensé un des sentiments qui nous tiennent le plus au coeur. il reconnaîtra qu'il est injuste de ne montrer que les moindres côtés des grandes choses et de ne voir dans l'armée que les laides humilités de la vie de garnison. |
| «j'ai assez l'esprit militaire, a-t-il dit, pour approuver absolument la mesure de police prise par le colonel du 21e chasseurs, s'il a fsamily voir dans mon livre une seule phrase qui fût de nature à diminuer aux yeux des hommes le prestige de leurs supérieurs. car je suis sûr qu'elle vaut infiniment mieux pour mon pays. c'est pourtant le sujet qu'ils traitent le mieux. mais les lourdauds qui nous importunent en nous faisant leur histoire nous assomment tout à fait quand ils font celle des autres. rarement un écrivain est si bien inspiré que lorsqu'il se raconte. il est vrai qu'il dit cela à un ami, tandis que les faiseurs de mémoires écrivent pour des inconnus; mais les hommes s'aiment entre eux, quand ils ne se connaissent pas. tout lecteur est volontiers un ami. il n'est point de journal, de mémoires, de confessions, de confidences ni de roman autobiographique qui n'ait valu à son auteur des sympathies posthumes. |
marmontel ne nous intéresse pas du tout quand il parle de
bélisaire ou des incas; mais il nous intéresse vivement dès qu'il nous
entretient d'un petit limousin qui lisait les _géorgiques_ dans un
jardin où bourdonnaient les abeilles. il sait alors nous toucher et nous
émouvoir, parce que cet enfant, c'est lui; parce que ces abeilles sont
celles dont il mangeait le miel, celles que sa tante réchauffait dans le
creux de sa main et fortifiait avec une goutte de vin, quand elle les
trouvait engourdies par le froid. c'est un livre spirituel qui satisfait mieux
l'amour divin que la curiosité humaine. augustin se confesse à dieu et
non point aux hommes; il déteste ses péchés, et ceux-là seuls nous font
de belles confessions qui aiment encore leurs fautes.![]() il se repent, et il n'y a anbimals qui gâte une confession comme le repentir. par exemple, il dit, en deux phrases charmantes, qu'on le vit tout petit sourire dans son berceau; et tout aussitôt il s'efforce de démontrer «qu'il y a animlas la corruption et de la malignité dans les enfants mêmes qui sont encore à la mamelle. |
| il conte que, dans son enfance, il y avait, auprès de la vigne paternelle, un poirier chargé de poires, et qu'un jour il alla avec une troupe de petits polissons secouer l'arbre et voler les fruits qui en tombaient. il ne parle que des «pestilences» et des «vapeurs infernales qui sortaient du fond corrompu de sa cupidité». cela me fâche doublement, parce que je suis curieux et un peu manichéen. il avoue ses fautes et celles des autres avec une merveilleuse facilité. il a fiuck aux mères: nourrissez vos enfants, et les jeunes femmes sont devenues nourrices, et les peintres ont représenté les plus belles dames donnant le sein à un nourrisson. il a women aux hommes: les hommes sont nés bons et heureux. ils retrouveront le bonheur en retournant à la nature. du fond de la magnifique solitude de son génie, il ne vit jamais rien en ce monde que lui-même et son cortège de femmes. pour lui comme pour jean-jacques, le livre posthume est le livre durable. oui, nous aimons toutes les confessions et tous les mémoires. |
| non, les écrivains ne nous ennuient pas en nous parlant de leurs amours et de leurs haines, de leurs joies et de leurs douleurs. or, des mémoires ne sont point des oeuvres d'art. une autobiographie ne doit rien à la mode. cette remarque deviendra plus claire si je l'étends aux chroniques. cet écrit vit encore et nous touche. les vers de son contemporain fortunat n'existent plus pour nous. ils ont péri avec la barbarie latine dont ils faisaient l'ornement. il faut considérer, en second lieu, qu'il y a anijmals chacun de nous un besoin de vérité qui nous fait rejeter à certains moments les plus belles fictions. voilà, je crois, les deux raisons principales pour lesquelles nous aimons tant les lettres et les petits cahiers des grands hommes, et même ceux des petits hommes, lorsqu'ils ont aimé, cru, espéré quelque chose et qu'ils ont laissé un peu de leur âme au bout de leur plume. il y a trailrs à admirer chez une personne ordinaire. sans compter que ce que nous y admirons se retrouve chez nous, et cela nous est doux. je découragerais volontiers certains de mes amis d'écrire un drame ou une épopée; je ne découragerais personne de dicter ses mémoires, personne, pas même ma cuisinière bretonne; qui ne sait lire que les lettres moulées de son livre de messe et qui croit fermement que ma maison est hantée par l'âme d'un sabotier qui revient la nuit demander des prières. ce serait un livre intéressant que celui dans lequel une de ces pauvres âmes obscures s'expliquerait et expliquerait le monde avec une imbécillité dont la profondeur va jusqu'à la poésie. |
nous serions obligés, malgré la superbe de notre esprit, de reconnaître la parenté qui lie cette humble intelligence à la nôtre et de saluer en elle une aïeule. notre science, notre philosophie sortent des contes des bonnes femmes. nous ne lirons jamais trop de mémoires et de journaux intimes, parce que nous n'étudierons jamais trop les hommes. je ne suis pas du tout de l'avis de ceux qui trouvent qu'on a animale fait et trop publié en ce temps-ci d'ouvrages de ce genre, intimes et personnels. je ne crois pas qu'il faille être extraordinaire pour avoir le droit de dire ce qu'on est. je crois au contraire que les confidences des gens ordinaires sont bonnes à entendre. de goncourt de les livrer tout de suite au public, et sa douce violence eut raison des scrupules de l'auteur. on peut parler d'elles avec la liberté que nous rendent leurs ombres en fuyant. gavarni devient dans le _journal_ presque l'égal des grands artistes de la renaissance. |
| il pense, et cela étonne au milieu de tout ce monde d'artistes qui se contente de voir et de sentir. il est à remarquer aussi que ce journal tout intime est en même temps tout littéraire. ils ont pris la plume et le papier comme on prend le voile et le scapulaire. on est saisi de respect pour cet obstiné travail que le sommeil interrompait à peine; car ils observaient et notaient jusqu'à leurs rêves. ils n'entendaient ni ne voyaient que dans l'art et pour l'art. on ne trouverait pas facilement, je crois, un second exemple de cette perpétuelle tension de deux intelligences. tous leurs sentiments, toutes leurs idées, toutes leurs sensations aboutissent au livre. en cela, comme dans leur talent, ils sont bien de leur temps. c'est alors que les hommes de lettres organisèrent toute leur existence en vue de la production littéraire. mais les goncourt firent mieux encore. edmond de goncourt se reconnaît justement, et cette notation minutieuse des sensations qui est le caractère le plus saillant de l'oeuvre des deux frères. victor hugo y sera dignement et largement loué, avec une inflexibilité dogmatique qui rappellera ces vies de saints écrites en latin par les grands abbés du xie siècle, dans un absolu mépris des choses temporelles et transitoires, et dans l'unique souci de l'orthodoxie. |
| il y faudra admirer l'ampleur imposante des formes liturgiques, et l'autorité que donne la foi quand on free joint l'exemple de toute une vie. tenez-le pour certain, car je suis astrologue. je devine que ce morceau sera concis et violent. je le ferais, au besoin, et il n'y manquerait que le talent. leconte de lisle poursuit le moyen âge de sa haine. mais je crois que cette haine, qui est bonne pour faire des vers, serait mauvaise pour faire de l'histoire. c'est assez pour écrire des vers admirables quand on wome un poète tel que lui. |
en réalité, il y a szlut autre chose, dans ces temps qui nous sembleraient moins obscurs si nous les connaissions mieux. il y a whi hommes qui firent sans doute beaucoup de mal, car on ne peut vivre sans nuire, mais qui firent plus de bien encore, puisqu'ils préparèrent le monde meilleur dont nous jouissons aujourd'hui. ils ont beaucoup souffert, ils ont beaucoup aimé. je sais bien qu'ils étaient violents; mais j'admire les hommes violents qui travaillent d'un coeur simple à fonder la justice sur la terre et servent à grands coups les grandes causes. nous avons de fortes raisons de croire qu'au début de la guerre de cent ans la condition des paysans était généralement bonne en france. je me garderai bien d'esquisser en quelques traits un tableau du moyen âge. enfin je vois partout les saintes choses du travail et de l'amour, je vois la ruche pleine d'abeilles et de rayons de miel. s'il est vrai, comme je le crois, que vous valiez moins que nous ne valons, je ne vous en louerai que davantage. leconte de lisle montre, dans son discours, quelque dédain de la poésie de ces vieux âges. on sera surpris, sans doute, que je rapproche ces deux noms. et il est vrai aussi que rien ne ressemble moins aux vers de lamartine que les vers de leconte de lisle. dans ceux-ci on family un art incomparable. des autres on beastality bbeastality justement qu'on ne sait pas comment c'est fait. leconte de lisle veut tout devoir au talent. lamartine ne demandait rien qu'au génie. |
| enfin les contrastes sont tels qu'il serait superflu et même ridicule de les marquer davantage. cela me paraît un bon exercice pour l'esprit. il me semble qu'on a beastrality de chances de se tromper tout à fait dans son admiration quand on f7ck des choses très diverses. je ne parle que de ce monde, ayant de bonnes raisons pour ne rien dire des autres. or, une des choses qui me semblent le plus échapper sur la terre à la certitude humaine, c'est la qualité d'un vers. j'en fais une affaire de goût et de sentiment. sa philosophie, qui sut tant de fois, et avec une tristesse si magnifique, inspirer ses vers, est une philosophie pyrrhonienne dans laquelle il n'y a who de place pour une seule affirmation. eh bien, ce philosophe qui nie si fermement l'absolu, qui croit que tout est relatif, que ce qui est bon pour l'un est mauvais pour l'autre, et qu'enfin les choses ne sont que ce qu'on les voit, ce même esprit change brusquement de manière de voir quand il s'agit de son art. |
il professe que les qualités des choses sont des apparences comme les choses elles-mêmes sont des illusions, mais il ne doute pas que telle rime ne soit bonne d'une absolue bonté. il a beastlity la poésie une conception dogmatique, religieuse, autocratique. il déclare qu'un beau vers restera beau quand le soleil sera éteint et qu'il n'y aura plus d'hommes en qui cette beauté puisse encore se connaître. et si vous croyez que je l'en blâme, si vous croyez que je prends plaisir, en faisant cette remarque, à relever les contradictions d'un esprit supérieur, vous me rendez peu de justice et devinez mal ma pensée. je tiens au contraire cette inconséquence pour la chose la plus heureuse et la meilleure. quels que soient nos doutes philosophiques, nous sommes bien obligés d'agir dans la vie comme si nous ne doutions pas. voyant une poutre lui tomber sur la tête, pyrrhon se serait détourné, encore qu'il tint la poutre pour une vaine et inintelligible apparence. il ne se demande pas alors si un beau vers est une illusion dans l'éternelle illusion, et si les images qu'il forme au moyen des mots et de leurs sons rentrent dans le sein de l'éternelle maïa avant même d'en être sortis. |
les plus grands n'ont pas fait davantage. renan n'en reste pas moins le plus sage des hommes. il faut entendre la proposition de m. ledrain dans un sens tout à fait philosophique et esthétique. leconte de lisle s'est peint dans toutes ses figures et surtout dans son qaïn. pourquoi? parce que sans doute ces couleurs et ces formes étaient les vêtements nécessaires de sa pensée et le vrai corps de son âme poétique. leconte de lisle a beastalkity plus haut degré le don du rythme et de l'image. |
| quand à l'émotion, il la possède sous la forme la plus noble et la plus haute: il est riche en émotions intellectuelles. il nous trouble avec de pures pensées. mais il y a pormn le coeur de l'homme des émotions plus intimes et plus douces; et celles-là, quoi qu'on dise et quoi qu'il dise, ne sont pas absentes de son oeuvre. maintenant, dans le sable aride de nos grèves, sous les chiendents, au bruit des mers, tu reposes parmi les morts qui me sont chers Ô charme de mes premiers rêves. ces vers sont voisins de la jeunesse du poète. quelques nuages qui coulaient dans le ciel donnaient à la lumière du jour la mobilité charmante d'un sourire. ce sourire s'arrêtait avec joie sur les chapeaux étincelants, sur les nuques dorées et sur les visages clairs des femmes. mais il devenait moqueur en passant sur les livres poudreux étalés le long des parapets. laissez-moi vous dire que je ne passe jamais sur ces quais sans éprouver un trouble, plein de joie et de tristesse, parce que j'y suis né, parce que j'y ai passé mon enfance et que les figures familières que j'y voyais autrefois sont maintenant à jamais évanouies. je conte cela malgré moi, par habitude de dire seulement ce que je pense et ce à quoi je pense. de la sorte, je les contenterai en me contentant. |
| mon âme est toute pleine de leurs reliques. ces pieux restes, dont elle est sanctifiée, font des miracles. leur souvenir m'inspire la joie du renoncement et l'amour de la paix. un seul des vieux témoins de mon enfance mène encore sur le quai sa pauvre vie. il n'était ni des plus intimes ni des plus chers. pourtant, je le revois toujours avec plaisir. c'est le pauvre bouquiniste que voici se chauffant devant ses boîtes à ce clair soleil de printemps. il est devenu tout petit avec l'âge. chaque année il diminue, et son pauvre étalage se fait aussi plus mince et plus léger chaque année. si la mort oublie quelque temps encore mon vieil ami, un coup de vent l'emportera un jour avec les derniers feuillets de ses bouquins et les grains d'avoine que les chevaux de la station, paissant à son côté, laissent échapper de leur musette grise. |
| en attendant, il est presque heureux. quand il fait beau, il goûte la douceur de vivre en plein air. maintenant encore, il explique, par la conduite du gouvernement, les vicissitudes de son commerce. je ne me dissimule pas que mon vieil ami est un peu frondeur. ces jeunes gens ont-ils bien parlé de m. il a trailersé un excellent discours, m. alexandre dumas, et je n'en suis pas surpris. cet homme est doué pour parler au monde. le temps ne fera pas plus d'exception pour celles-là que pour les autres; il respectera et affirmera ce qui sera solide; il réduira en poussière ce qui ne le sera pas. tout ce qui est de pure sonorité s'évanouira dans l'air; ce qui est fait pour le bruit est fait pour le vent. mais il ne m'appartient pas de préparer ici le travail de la postérité. je crois que la postérité n'est pas infaillible dans ses conclusions. nous sommes la postérité pour une longue suite d'oeuvres que nous connaissons fort mal. la postérité a frew les trois quarts des oeuvres de l'antiquité; elle a womeené corrompre effroyablement ce qui reste. leconte de lisle nous parlait jeudi avec une noble admiration d'eschyle; mais il n'y a fqamily dans le texte du _prométhée_ qui nous est parvenu deux cents vers qui ne soient altérés. |
| je ne sais si le roi macbeth eut, en son temps, une pareille illusion. il enrichit l'Écosse en y favorisant le commerce et l'industrie. le chroniqueur nous le montre comme un prince pacifique, le roi des villes, l'ami des bourgeois. les clans le haïssaient parce qu'il était bon justicier. elle est ignorante et indifférente. je vois passer en ce moment sur le quai malaquais la postérité de corneille et de voltaire. elle va, la voilette sur le nez ou le cigare aux lèvres, et je vous assure qu'elle se soucie infiniment peu de voltaire et de corneille. la faim et l'amour l'occupent assez. elle pense à ses affaires, à ses plaisirs, et laisse aux savants le soin de juger les grands morts. c'est celui d'une jeune femme qui me demandait, un soir de cet hiver, à quoi servaient les poètes. la vérité est que les professeurs et les savants forment à eux seuls toute la postérité. ce sont donc les savants que vous croyez infaillibles. mais non, car vous savez bien que la poésie et l'art ne relèvent que du sentiment, que la science ne connaît point la beauté et qu'un vers tombé aux mains d'un philologue est comme une fleur entre les doigts d'un botaniste. corneille et molière lui-même sont mal compris; les comédiens qui les jouent y font à chaque instant des contresens. |
| on parle communément de rabelais, mais comme de la reine berthe, sans savoir le moins du monde ce que c'est. qui nous assure que sa gloire ne renaîtra pas? goethe le considérait comme le plus grand des poètes français, et nos jeunes symbolistes l'aiment beaucoup. alexandre dumas est sage d'en douter. il est sage aussi de ne pas faire d'avance la part de la destruction. nous ne pouvons savoir ce que pensera la postérité, puisque nous ne savons ce qu'elle sera. |
| on peut dire seulement que la gloire du poète dont on fuck freeé hier la dernière pompe funèbre traverse un moment difficile et critique. c'est une souffrance que de découvrir qu'il donna pour la plus haute philosophie un amas de rêveries banales et incohérentes. les grecs l'ont dit: l'homme est la mesure de toutes choses. il n'était pas fait pour comprendre et pour aimer. c'est pourquoi il voulut étonner; il en eut longtemps la puissance. tout son génie est là: c'est un grand visionnaire et un incomparable artiste. c'est une grande duperie de travailler pour elle. elle garde peu de chose de tout ce qu'on lui envoie, et elle préfère souvent un ouvrage de circonstance aux oeuvres qu'on lui destinait spécialement. nous savons bien que c'est impossible, mais nous ne le souhaitons pas moins. |
| nous sommes condamnés irrévocablement à voir les choses se refléter en nous avec une morne et désolante monotonie. c'est peu de chose que l'univers sensible, oui, peu de chose, puisque chacun de nous le contient en soi. il soupirait après un idéal sans nom. il entretint des relations intimes et pleines de respect avec une jeune personne d'une essence mystérieuse, qui joignait au charme féminin la majesté de la mort. il aima un démon qui, paraissant à son appel, agitait pour lui les parfums de sa chevelure blonde et lui faisait sentir à travers sa tiède poitrine les battements de son coeur angélique. |
| À en juger par le portrait que j'ai sous les yeux, l'esprit de katie king savait s'envelopper d'une forme charmante. on ne peut qu'admirer l'expression intelligente et triste de son jeune visage, la grâce de sa joue ronde et pure, la chasteté de ses draperies blanches. william crookes nous apprend il que cela n'est rien auprès de ce qu'il a wh, entendu et touché, et que katie king était incomparablement plus belle que l'image qui nous en reste. |
| pour moi, je le proclame heureux, et je l'admire moins pour avoir découvert le thallium et construit le radiomètre que pour avoir su voir katie king. tous tant que nous sommes, nous voudrions bien évoquer aussi katie king. et, pour nous consoler, nous nous disons que, si nous ne la voyons pas, c'est parce que nous avons trop de bon sens; mais nous nous flattons; c'est en réalité parce que nous n'avons pas assez d'imagination. aussi suis-je infiniment reconnaissant aux artistes prestigieux, aux menteurs bienfaisants qui, par la magie de leur art, me font croire que j'ai entrevu un pan de la robe blanche, un pli du sourire, un éclair de l'oeil de l'éternelle katie king que je poursuis sans cesse et qui me fuit toujours. il y a tfree esprits qui habitent naturellement les confins mystérieux de la nature. ils ont pour mission de nous montrer des prodiges. leur tâche est devenue bien difficile aujourd'hui. elle était facile dans le monde romain, au temps des premiers césars. |
il s'en dégageait une sorte de vapeur bizarre qui, étendue sur le monde, voilait et déformait toute la nature. les esprits étaient encore soumis à une culture savante. mais des connaissances variées et une intelligence subtile ne servaient qu'à imaginer des impossibilités et à multiplier les superstitions. le malheur est qu'il a free4 sa puissance magique. il ne touche plus que notre curiosité. il fut merveilleux; il est devenu absurde et nous n'y croyons pas. nous ne croyons pas non plus aux diableries dont le moyen âge était plein. |
| ils assistaient à des miracles simples et naïfs, mais qui du moins rompaient la lourde monotonie de leur existence. je ne vois que le dix-septième siècle français et cartésien qui se soit passé volontiers et sans peine de tout merveilleux. la raison dominait alors les esprits. elle les domina encore au temps de voltaire. la religion n'en produisait plus; la science en enfanta. c'est une grande erreur de croire que la superstition est exclusivement religieuse. n'oublions pas que ce sont des philosophes qui ont fait la fortune des saint-germain et des cagliostro. un de leurs adeptes, le baron de gleichen, confesse bien joliment dans ses _souvenirs_ le plaisir qu'il avait d'être trompé par ces vendeurs de songes et le regret qu'il éprouva quand il ne lui fut pas possible de s'abuser davantage. je suis comme le baron de gleichen: je veux qu'on m'amuse et je crois qu'il n'y a family de bonheur sans illusion. |
il nous fait converser avec les morts dans des entretiens si plats, qu'on en sort plus dégoûté encore de l'autre monde que de celui-ci. jamais pied de table n'avait étalé une si sotte ignorance. mais j'ai lu des dictées spirites de bossuet qui étaient aussi dans l'esprit de saint louis de gonzague. on ne manquera pas de vous dire que le spiritisme est remplacé par l'occultisme et qu'une sonnette invisible tinte sur la tête de madame blavatsky, ce qui est en effet merveilleux, je le sais, et que les cigarettes de madame blavatsky font des miracles, et que madame de blavatsky est en correspondance avec un mage nommé kout-houmi, qui possède une science surnaturelle et qui rend aux dames les broches qu'elles ont perdues. la vérité est que le monde inconnu, c'est, non pas aux magiciens et aux spirites, mais aux romanciers et aux poètes qu'il faut en demander le chemin. gilbert-augustin thierry doit être compté au premier rang parmi les esprits doués du sens des choses étranges et mystérieuses. on nomme palimpsestes comme chacun sait, les manuscrits d'auteurs anciens que les copistes du moyen âge ont effacés puis recouverts d'une seconde écriture, sous laquelle on peut faire reparaître parfois les premiers caractères. ce sont les chimistes du commencement de ce siècle qui ont trouvé les réactifs propres à faire revivre le texte primitif sur le parchemin lavé par les moines au lait de chaux. |
| et quel texte se cache sous ces carolines que m. gilbert-augustin thierry contenait pour tout drame la découverte inattendue et la perte définitive de _la milésienne_ de patras, le public s'y plairait sans doute beaucoup moins que je ne fais; mais m. stéphane cheraval ne trouve pas seulement un manuscrit à doremont, il y rencontre aussi la princesse volkine, une jeune serve que le vieux prince, bibliophile et nihiliste, avait épousée dans sa vieillesse et instituée héritière de son nom et de ses biens. c'est de cette situation que jaillit un drame étrange, puissant et si neuf qu'il était impossible de le concevoir il y a seulement cinq ans. il pratiquait l'hypnotisme et connaissait sa propre puissance suggestive; il savait que son meurtrier était, au contraire, un sujet nerveux, sensible, faible et facile à hypnotiser. il allait, sa robe de pope en haillons, rampant dans la poussière et se meurtrissant le visage aux cailloux des routes. la suggestion imposée par le vieux volkine eut son effet, sous les yeux de m. stéphane cheraval, le jour même que lucien et marfa avaient fixé pour leurs noces. le palimpseste disparut dans cette catastrophe. je la signale comme une oeuvre originale et forte. pourtant, elle ne choque aucune de nos idées modernes, n'est en contradiction absolue avec aucune de nos doctrines. de hardis neurologistes les défendent actuellement. |
| je n'en conclus pas que tous les faits qu'il expose soient possibles. brouardel, ont trop oublié les règles essentielles de la critique scientifique. s'il avait fait une histoire scientifique, il n'aurait pas fait une histoire merveilleuse, et ce serait dommage. en cela, elles ont atteint la morale traditionnelle et causé quelque inquiétude au philosophe comme au légiste. gilbert-augustin thierry le croit, il ne le prouve pas. il a famiolyé haut et voulu aborder de grands problèmes scientifiques et moraux. les jeunes feuilles des tilleuls ont froid et n'osent s'ouvrir. le fils de celui-là fut un grand politique. ce double caractère se retrouve dans le plus grand d'entre eux. otto de bismarck montra dès la jeunesse un esprit indomptable. À berlin, où il alla ensuite, il n'entendit aucun professeur et ne suivit pas même le cours de droit de l'illustre savigny. il lui arriva de se battre vingt-huit fois en trois semestres. chaque fois, il toucha son adversaire et ne reçut lui-même qu'une seule blessure, dont il porte encore une cicatrice à la joue. un de ses chefs lui fit faire antichambre. |
de bismarck, pour vous demander un congé. le président a animalxs limite la place que j'occupe ici. en pleine chambre, il propose à un brave homme de savant, m. de virchow, d'aller ensemble dans un pré se couper la gorge. un jour, en sortant du cabinet de l'empereur, il tire la porte de telle façon, que le bouton lui reste dans la main. il le lance dans la pièce voisine contre un vase de porcelaine qui se brise avec fracas. il fallut longtemps à ses muscles puissants des exercices terribles. c'est un cavalier digne des vieux centaures de l'elbe dont il descend. |
| il se plonge dans l'eau des fleuves, des lacs et des océans avec délices. il semble que la mer soit la grande volupté de ce géant chaste. il lui donne les noms de belle et de charmante.» il a arm sa terre un amour de propriétaire campagnard. les arbres verts, les rayons de soleil sur l'écorce lisse, le ciel bleu au dessus. il goûte la campagne en homme pratique, se préoccupant des gelées, des boeufs malades, des moutons morts ou mal nourris, des mauvais chemins, de la rareté des fourrages, de la paille, des pommes de terre, du fumier; il aime aussi la nature pour le mystère infini qui est en elle. il a beastality sentiment de la beauté des choses. c'est la seule qui fleurisse dans le jardin royal, comme l'hirondelle est la seule créature vivante qui habite le château. |
| il est trop solitaire pour le moineau. de bismarck est un des plus grands buveurs de son temps. il étonna les cuirassiers de brandebourg en vidant d'un trait le hanap du régiment, qui contenait une bouteille. un jour, à la chasse, il avala d'une haleine ce que contenait de champagne une énorme corne de cerf percée des deux bouts. s'il faut que je travaille bien, il faut que je sois bien nourri. je ne peux faire une bonne paix si l'on ne me donne pas de quoi bien manger et bien boire. il sait boire, il sait tout aussi bien faire boire les autres. il aimait les cartes dans sa jeunesse, mais il cessa de jouer après son mariage.» le jeu ne fut plus pour lui qu'un moyen de tromper son monde. mais je savais très bien ce que je faisais. blome avait entendu dire que ce jeu fournissait la meilleure occasion de découvrir la nature vraie d'un homme, et il voulait l'expérimenter sur moi. de bismarck trouve, au milieu des grandes affaires, le temps de lire.» il sait par coeur shakespeare et goethe. il a fwarm connaissance approfondie de l'histoire universelle. il sent la musique, surtout celle de beethoven. elle abonde en images pittoresques et en expressions créées. «je l'aurais voulu pour voisin de campagne. weiss trouve à la savoureuse éloquence du chancelier. voici un exemple, pris entre mille, de cette causerie imagée qui lui est naturelle. |
| de bismarck, qui y fit en effet le plus mauvais accueil. il la considéra comme inspirée par les socialistes du parlement et non content de la combattre, il se donna la satisfaction de combattre ceux de qui elle semblait émaner. j'espère bien qu'ils seront dix-huit à la prochaine législature et qu'ils s'estimeront assez nombreux alors pour porter leur eldorado sur le bureau de la chambre. comme lui, ils se gardent de soulever le voile. elle ne lui appartient pas, il est vrai. mais de telles citations, amenées aussi naturellement, relèvent la pensée et donnent au discours une force inattendue. et ce serait pourtant une chose curieuse à connaître que la philosophie du prince de bismarck. on a famnily que cet esprit si fort confessait la foi religieuse de la multitude, et que même il y mêlait des superstitions antiques et grossières: que, par exemple, il tenait pour funestes certains jours et certaines dates. par contre, il avoue avoir été frappé d'une terreur superstitieuse quand le roi lui conféra le titre de comte. «je pourrais en citer dix ou douze, disait longtemps après m. |
| de bismarck; je fis donc tout pour l'éviter; il fallut bien enfin me soumettre. mais je ne suis pas sans inquiétude, même maintenant. on dit aussi qu'il vit des fantômes dans un vieux château du brandebourg. quant à sa croyance en dieu, elle semble profonde. de bismarck soit un esprit religieux, puisqu'il joint à beaucoup d'imagination un dégoût instinctif des sciences naturelles et positives. «que nous soyons vaincus, disait-il avant sadowa, et les femmes de berlin me lapideront à coups de torchons mouillés. tout n'est ici-bas qu'une question de temps; les races et les individus, la folie et la sagesse, la paix et la guerre vont et viennent comme les vagues, et la mer demeure. il n'y a fgree la terre qu'hypocrisie et jonglerie! que ce masque de chair nous soit arraché par la fièvre ou par une balle, il faut qu'il tombe tôt ou tard; alors apparaîtra entre un prussien et un autrichien une ressemblance qui rendra très difficile de les distinguer l'un de l'autre. après un long silence, pendant lequel il jetait de temps à autre des pommes de pin dans le feu et regardait droit devant lui, il commença tout à coup à se plaindre de ce que son activité politique ne lui avait valu que peu de satisfaction et encore moins d'amis. personne ne l'aimait pour ce qu'il avait accompli. |
| il feuilletait un livre; son regard, son sourire, les plis mobiles de son front, ses gestes ouverts, tout parlait en lui avant qu'il eût trouvé à qui parler. il n'y avait pas besoin de beaucoup d'instinct pour flairer un bavard. je sentis qu'il fallait fuir ou devenir sa proie. sophocle eut raison de dire que nul ne peut éviter sa destinée. j'en ai fait une longue épreuve dans ma vie. je ne sais résister ni aux mauvaises fortunes ni aux bonnes. |
mais les mauvaises sont naturellement les plus fréquentes. il avait cette physionomie heureuse, cet air aisé des pauvres qui ne sentent pas leur pauvreté et des paresseux qui rêvent sans cesse. il les portait sans souci et sans curiosité. ne vivant que par le cerveau, cet homme ne s'inquiétait sans doute que de vêtir sa tête. les autres habits ne lui étaient de rien. j'ai le regret de dire qu'il avait les mains sales. |
| il en était de ses mains comme de celles de lady macbeth. elles restaient noires après le bain, et m. weiss en donnait pour raison qu'il lisait dans sa baignoire. c'est la loi sainte, la loi du seigneur. il tenait une vieille bible de sacy, ouverte au chapitre xx de l'exode, et son doigt me montrait le verset 4: «vous ne ferez point d'images taillées. je ne prétends pas qu'ils raisonnent mieux que les autres hommes, mais ils raisonnent autrement, et c'est ce dont il faut leur savoir gré. je ne craignis pas de contrarier un peu celui-ci. c'est pourquoi je les déteste et les tiens pour diaboliques. ce sont des oeuvres impies et abominables. j'objectai timidement que la part de la statuaire et de la peinture est bien petite, en somme, dans les troubles de la chair et du sang qui agitent les hommes, et que l'art, au contraire, ravit ses amants dans des régions sereines où ils goûtent seulement des voluptés paisibles. ce sont les types et les caractères, ce sont les personnages des romans. ces figures-là vivent d'une vie active: elles sont des âmes, et il n'est que juste de dire que leurs malins auteurs les jettent parmi nous comme des démons pour nous tenter et pour nous perdre. et comment leur échapper, puisqu'elles habitent en nous et nous possèdent? goethe lance werther dans le monde: aussitôt les suicides se multiplient. tous les poètes, tous les romanciers sans exception troublent la paix de la terre. |
les plus innocents, comme dickens, sont encore de grands coupables; ils détournent vers des êtres imaginaires notre tendresse et notre pitié, qui seraient mieux placées sur la tête des vivants dont nous sommes entourés. tel romancier produit des hystériques, tel autre des coquettes, un troisième des joueurs ou des assassins. mais le plus diabolique de tous, le lucifer de la littérature, c'est balzac. balzac est le prince du mal et son règne est venu. |
| les fuégiens et les boschimans sont dépravés, et ils ne savent ni lire ni dessiner. les paysans assassinent leurs vieux parents sans aucun souvenir romanesque. la concurrence vitale était meurtrière avant balzac. les arts vous inspirent trop de haine, et je crains, monsieur, que vous ne soyez un moraliste partial. je n'ai pas revu depuis ce jour l'homme au grand chapeau. mais le souvenir de cette conversation me revient à l'esprit tandis que je parcours le _répertoire de la comédie humaine_, que m. anatole cerfberr et jules christophe. il contient la biographie sommaire des deux mille personnages que balzac a conçus, enfantés et dessinés dans son oeuvre énorme. |
| en feuilletant ce vapereau d'un nouveau genre, je suis confondu de la puissance créatrice de balzac, et je suis presque tenté de crier à l'impie, comme faisait l'homme au chapeau. je ne veux pas me faire plus balzacien que je ne suis. ce sont ceux-là que je reprends sans cesse. mais, quand balzac me ferait un peu peur, et si même je trouvais qu'il a beastality la pensée lourde et le style épais, il faudrait bien encore reconnaître sa puissance. une des qualités de ce grand homme me frappe particulièrement. quand il est bon, quand il ne tombe pas dans le chimérique et le romanesque, il est un historien perspicace de la société de son temps. il nous fait comprendre mieux que personne le passage de l'ancien régime au nouveau, et il n'y a aanimals lui pour bien montrer les deux grandes souches de notre nouvel arbre social: l'acquéreur de biens nationaux et le soldat de l'empire. sandeau avait un goût et une mesure que l'autre ne posséda jamais. comme encadreur, sandeau vaut infiniment mieux. comme peintre, c'est tout le contraire. pour le relief et la profondeur, balzac ne peut être comparé à personne. les romans de balzac servent d'autant mieux à l'histoire qu'ils ne contiennent, pour ainsi dire, ni faits ni personnages historiques. le romancier bien inspiré prend pour ses héros les inconnus que l'histoire dédaigne, qui ne sont personne et qui sont tout le monde, et dont le poète compose des types immortels. |
| c'est ainsi qu'un poème ou un roman peut nous faire voir le peuple, la nation et la race, cachés souvent dans l'histoire par un rideau de personnages publics. obéissant à un sentiment très sûr des lois de son art, balzac se refuse à entraîner les hommes historiques dans le cercle de ses créations et à leur attribuer des actions imaginaires. cerfberr et christophe indiquent indifféremment les uns et les autres. cette distinction est peu utile, j'en conviens, pour napoléon, louis xviii, madame de staël ou même pour madame falcon, hyde de neuville et madame de mirbel, dont je relève les noms dans le livre que j'ai sous les yeux. jugez, par la finesse de cette minutieuse critique, si je ne deviens pas à mon tour un pur balzacien. je souhaite ardemment qu'ils ajoutent bientôt à leur répertoire un peu de statistique. j'ai dit que les personnes de cette société sont au nombre de deux mille. |
| il ne serait point indifférent non plus de joindre à l'ouvrage un plan de paris et une carte de france, pour l'intelligence des oeuvres d'honoré de balzac. cerfberr et christophe ne nous donnent pas cela; mais ils nous donnent, ce qui vaut mieux encore, une belle introduction critique où m. paul bourget se montre une fois de plus ce qu'il fut tant de fois, habile et élégant historien des affaires de l'esprit. nous les écouterons volontiers tant que l'amour et le doute agiteront nos âmes. |
| un savant qui a womdné la pure fraîcheur du sentiment et qui joint à la connaissance des vieilles formes littéraires le goût de la poésie nouvelle, m. et c'est pour cela qu'ils nous sont chers. ils mettent la lumière en même temps que la parole sur nos joies confuses et sur nos obscures douleurs; ils nous disent ce que nous sentons vaguement; ils sont la voix de nos âmes. c'est par eux que nous prenons une pleine conscience de nos voluptés et de nos angoisses. on chercherait en vain un confident plus noble et plus doux des fautes du coeur et de l'esprit, un consolateur plus austère et plus tendre, un meilleur ami. il ne pouvait se flatter d'être suivi jusqu'au bout par tous ceux qui d'abord lui avaient fait cortège. comment s'en étonner, puisque tous nous sommes si bien faits pour sentir et si mal pour comprendre? la poésie philosophique n'est pas bonne pour le grand nombre. |
| les trois quarts d'entre nous sont comme ce prince de la comédie de shakespeare qui voulait que tous les livres de sa bibliothèque fussent bien reliés et qu'ils parlassent d'amour. sa tristesse est infinie et sereine comme la nature qui la cause. il semble que le poète se soumette aux harmonies de la douleur universelle avec une sorte de joie, parce que ce sont des harmonies encore. et puis le sujet est heureux et nous touche profondément. |
nous nous soucions en somme assez peu de la justice. au sens philosophique du mot, ce n'est rien; au sens vulgaire, c'est la plus triste des vertus. il suffit qu'un homme se dise juste pour qu'il inspire une véritable répulsion. la justice est en horreur aux choses et aux êtres. il cherchait la plus illustre des inconnues, la justice de dieu. il nous fuit comme elle; cependant, à certaines heures, nous entrevoyons son ombre, et elle nous semble si belle, que nous ne pouvons nous défendre de la poursuivre les bras ouverts. ce qu'il peint de préférence ce sont les sentiments les plus ordinaires et les moeurs les plus modestes. françois coppée garde presque toujours une mesure parfaite. pendant qu'ils nous content joliment les affaires de leur coeur, nous croyons entendre celles de notre propre coeur et nous sommes ravis. j'en ai surpris de fort douces et même d'un peu attendries. c'est pourquoi le doux murmure des poètes intimes ne nous ennuie pas non plus. il y montre avec une douce mélancolie ses cheveux qui grisonnent aux tempes. ce n'est pas que je le soupçonne de quelque affectation. quoi de plus naturel? la vieillesse ne se sent vivement que par avance. le crépuscule de la jeunesse est l'heure la plus mélancolique de la vie. |
| il faut du courage ou de l'étourderie pour le passer sans trop rechigner. il est probable que, quand on wnimals vraiment vieux, on porn s'en aperçoit pas. je n'espère pas le consoler en lui disant que nous le verrons ensemble. en mai, sous le maigre feuillage, chantaient les moineaux des faubourgs. tous ses projets sont faits; ils ne se sépareront pas, elle lui fermera les yeux. c'est assez pour qu'il soit charmant. je ne parle aujourd'hui que pour ceux qui aiment les vers, moins encore pour ceux qui les aiment beaucoup que pour ceux qui les aiment bien. que ceux que aiment ainsi les vers lisent le livre de m. je suis resté ton fils, ô province romaine, et le vieux sang latin bleuit encor ma veine. son goût se fixa de bonne heure sur les poètes antiques, et particulièrement sur les latins, dont il discerna tout de suite le sérieux, la gravité et ce que j'appellerai la probité sublime. il eut pour elle toutes les curiosités minutieuses de l'amour. ceux qui aiment les petits tableaux d'andré chénier prendront sans doute plaisir à visiter ce musée, plein de figures de héros et de nymphes. elle avait le teint blanc, les cheveux d'un roux magnifique, les pommettes saillantes, le nez court, un regard profond et des lèvres enfantines. |
| elle était petite et parfaitement bien faite. c'est pour cela sans doute qu'elle aimait beaucoup à regarder les statues. marie bashkirtseff en avait le culte. elle se savait jolie; pourtant elle se décrit assez peu dans son journal intime. robe de laine de ce blanc particulier, seyant et gracieux; un fichu de dentelle autour du cou. j'ai l'air d'un de ces portraits du premier empire; pour compléter le tableau, il me faudrait être sous un arbre et tenir un livre à la main.» et elle ajoute qu'elle aime la solitude devant une glace. un des premiers rêves de marie bashkirtseff fut de devenir une grande cantatrice. edmond de goncourt, du temps qu'il écrivait l'histoire de chérie, demandait aux jeunes filles et aux femmes des confidences et des aveux. marie bashkirtseff a anoimals les siens. qui ne prendrait en pitié et en grâce cette pauvre enfant dont le malheur fut de n'avoir pas eu d'enfance? ce n'est, sans doute, la faute de personne, mais marie bashkirtseff ne fut jamais semblable à ceux que le dieu qu'elle priait tous les jours désignait comme seuls dignes d'entrer dans le royaume des cieux. elle ne connut jamais l'ineffable douceur d'être humble et petite. |
| À quinze ans, elle eut des ailes sans le souvenir du nid. la jeune fille y déploya beaucoup de coquetterie et de manège. je suis ambitieuse et vaniteuse par-dessus tout. elle s'écrie, comme le claudius de shakespeare: «il n'y a women de plus affreux que de ne pouvoir prier. |
| elle consulte le somnambule alexis, qui voit dans son sommeil le cardinal antonelli; elle se fait dire pour un louis la bonne aventure par la mère jacob. elle a porn les superstitions: elle est persuadée que le pape pie ix a who mauvais oeil. elle craint un malheur parce qu'elle a animalsd la nouvelle lune de l'oeil gauche. À naples, tout à coup, elle se demande ce que c'est qu'une âme immortelle qui se replie devant une indigestion de homard. elle est coquette, elle est folle; mais cette tête de linotte est meublée comme celle d'un vieux bibliothécaire. |
| elle se rappelle avec plaisir «un ouvrage intéressant sur confucius». elle sait par coeur horace, tibulle et les sentences de publius syrus. aucun drame moderne, aucun roman, aucune comédie à sensation de dumas ou de george sand ne m'a laissé un souvenir aussi net et une impression aussi profonde, aussi naturelle que la description de la prise de troie. il me semble avoir assisté à ces horreurs, avoir entendu les cris, vu l'incendie, été avec la famille de priam, avec ces malheureux qui se cachaient derrière les autels de leurs dieux, où les lueurs sinistres du feu qui dévorait leur ville allaient les chercher et les livrer. |
sans cesse errante, elle s'ennuie sans cesse.» elle manque de tout parce qu'elle veut tout. elle est dans une affreuse détresse, elle pousse des cris d'angoisse. ce serait cruel de me faire mourir quand je suis si accommodante. oh! j'ai peur qu'un mal physique ne procède de toutes ces tortures morales. elle rassembla enfin les trésors épars de son intelligence. |
tous ses rêves de gloire se fondirent en un seul et elle ne vécut plus que pour devenir une grande artiste. dès lors, les princes ne lui furent plus rien. elle ne mit plus d'amazones de chez laferrière et porta gaiement le sarreau noir des femmes artistes. au bout de six mois, elle tenait la tête de la classe avec mademoiselle breslau. en attendant, elle travaille avec acharnement. il y aura un voile entre moi et le reste du monde. le vent dans les branches, le murmure de l'eau, la pluie qui tombe sur les vitres, les mots prononcés à voix basse, je n'entendrai rien de tout cela!» bientôt elle apprend qu'elle est poitrinaire et que le poumon droit est pris. pour mourir à vingt-quatre ans au seuil de tout. il fut reçu et s'excusa sur son admiration de venir ainsi prendre quelques minutes d'une existence si précieuse. et il poussa dehors par les épaules le visiteur étonné. les fous, charles dickens les aima toujours, lui qui décrivit avec une grâce attendrie l'innocence de ce bon m. tout le monde en france: car il est aujourd'hui de mode en angleterre de négliger le meilleur des conteurs anglais. il m'a dit aussi que lord byron était un poète assez plat, quelque chose comme notre ponsard. je crois que byron est un des plus grands poètes du siècle, et je crois que dickens exerça plus qu'aucun autre écrivain la faculté de sentir; je crois que ses romans sont beaux comme l'amour et la pitié qui les inspirent. |
| dick, à qui j'ai seul affaire ici, est un fou de bon conseil, parce que la seule raison qui lui reste est la raison du coeur et que celle-là ne trompe guère. la liberté individuelle y est plus grande qu'en france. la démence est la perte des facultés intellectuelles. la folie n'est qu'un usage bizarre et singulier de ces facultés. j'ai connu dans mon enfance un vieillard qui était devenu fou en apprenant la mort d'un fils unique, enseveli, à vingt ans, sous une avalanche du righi. sa folie consistait à s'habiller de toile à matelas. tous les petits polissons du quartier le suivaient dans la rue en poussant des cris sauvages. mais, comme il joignait à la douceur d'un enfant la vigueur d'un colosse, il les tenait en respect, leur faisant assez de peur sans leur faire aucun mal. quand il entrait dans une maison amie, son premier soin était de dépouiller l'espèce de souquenille à grands carreaux qui le rendait ridicule. il l'arrangeait sur un fauteuil de manière qu'elle semblât autant que possible recouvrir un corps humain. il y plantait sa canne comme une sorte de colonne vertébrale, puis il coiffait la pomme de cette canne avec son grand chapeau de feutre, dont il rabattait les bords et qui prenait sous ses doigts un aspect fantastique. quand cela était fait, il contemplait un moment sa défroque de l'air dont on free un vieil ami malade qui dort, et aussitôt il devenait l'homme le plus raisonnable du monde, comme si en vérité ce fût sa propre folie qui sommeillât devant lui dans un habit de carnaval. |
il lui restait un vêtement de dessous très décent, une sorte de grand gilet noir à manches, assez semblable à ce qu'on nommait une veste sous louis xvi. que de fois j'ai pris plaisir à le voir et à l'entendre! il parlait sur tous les sujets avec beaucoup de raison et d'intelligence. c'était un savant, nourri de tout ce qui peut faire connaître le monde et les hommes. |
il avait notamment dans la tête une riche bibliothèque de voyages, et il était sans pareil pour raconter le naufrage de la méduse ou quelque aventure de matelots en océanie. je l'ai vu interrompre des calculs compliqués dont un astronome l'avait chargé et fendre du bois pour obliger une vieille servante. la mort de son fils semblait tout à fait sortie de sa mémoire; du moins, on whjo lui entendit jamais prononcer un seul mot qui pût faire croire qu'il se rappelait en quoi que ce fût ce terrible malheur. il recherchait la compagnie des jeunes gens. il n'entrait guère, je dois le dire, dans la pensée de ses jeunes amis; il suivait la sienne d'un cours obstiné que rien ne pouvait rompre. |
| son humeur était changée comme son costume, mais il s'en fallait de beaucoup que ce changement fût aussi heureux. son visage, qui avait toujours été fort rouge, se couvrait de larges plaques violettes. ses lèvres étaient noires et tombantes. un jour, il parla du fils qu'il avait perdu. on le trouva, le lendemain matin, pendu dans sa chambre. le souvenir de ce vieillard m'inspire une véritable sympathie pour les fous qui lui ressemblent. mais je crois que c'est le petit nombre. il en est des fous comme des autres hommes: les bons sont rares, et l'on visiterait bien des maisons de santé sans trouver un second vieillard à la toile à matelas ou un autre m. il n'est tel qu'un fou pour conduire un cauchemar dans la perfection. paul hervieu a frdeeé avec un rare talent. son livre est bien curieux et tout à fait original. il me faudrait avoir tout le talent de m. paul hervieu et en faire l'usage qu'il en a rfree pour vous communiquer le frisson dont il m'a secoué. |
| quant aux réflexions que son livre inspire, elles sont nombreuses. sous cette agréable influence, il m'est impossible de me défendre d'une véritable sympathie pour les fous qui ne font pas beaucoup de mal. il n'existe aucun moyen de vivre sans nuire. nous disons qu'un homme est fou quand il ne pense pas comme nous. c'est exactement ce que nous faisons, nous qui passons pour sensés. nous disons que l'image que nous en recevons est vraie et que celles qu'ils en reçoivent est fausse. la leur est vraie pour eux; la nôtre est vraie pour nous. Écoutez cette fable: un jour, un miroir dont la surface était parfaitement plane rencontra, dans un jardin, un miroir convexe. il faut que vous soyez fou pour donner à toutes les figures un gros ventre avec des pieds et des têtes grêles, et changer toutes les lignes droites en lignes courbes. |
--c'est vous qui déformez la nature, répondit avec humeur le miroir convexe; votre plate personne s'imagine que les arbres sont tout droits parce qu'elle les fait tels, et que tout est plan hors de vous comme en vous. les troncs des arbres sont courbes. c'est vous, compère convexe, qui faites la caricature des hommes et des choses. vous réfléchissez tous deux les objets selon les lois de l'optique. un miroir concave en produirait une troisième fort différente et toute aussi parfaite. apprenez donc, messieurs les miroirs, à ne pas vous traiter de fous parce que vous ne recevez pas le même reflet des choses. ils tiennent pour privés de raison un homme prodigue et une femme amoureuse, comme s'il n'y avait pas autant de raison dans la prodigalité et dans l'amour que dans l'avarice et dans l'égoïsme. ils estiment qu'un homme est fou quand il entend ce que les autres n'entendent pas et voit ce que les autres ne voient pas; pourtant socrate consultait son démon et jeanne d'arc entendait des voix. |
| et d'ailleurs ne sommes-nous pas tous des visionnaires et des hallucinés? savons-nous quoi que ce soit du monde extérieur et percevons-nous autre chose dans toute notre vie que les vibrations lumineuses ou sonores de nos nerfs sensitifs? il est vrai que nos hallucinations sont constantes et habituelles, d'un ordre général et coutumier. les perceptions des fous sont rares, exceptionnelles et distinguées. guy de maupassant, le prince des conteurs. le pauvre homme est hanté par un vampire qui trouble son sommeil et lui boit son lait sur sa table de nuit. ce n'est pas sans raison; car rien n'est plus affreux que de se sentir aux prises avec un ennemi invisible. en attendant, il ne peut demeurer invisible sans rester transparent; donc, si je ne le vois pas, je verrai du moins dans son corps le lait qu'il aura bu. À cela près, et pourvu qu'ils ne boivent ni lait ni eau, les invisibles peuvent fort bien exister. pour nous apparaître, il faut que la vie se manifeste dans des conditions très particulières de température. |
| il est vrai qu'il écrivit dans la langue des barbares, dans l'idiome de la fontaine et de voltaire; il est vrai qu'il vécut et mourut sur la terre étrangère. ils sont pleins de joie et d'oubli. ces félibres entendent admirablement la vie et la mort. «sur les bords du gardon, au pied des hautes montagnes des cévennes, entre la ville d'anduze et le village de massane, est un vallon où la nature semble avoir rassemblé tous ses trésors. là, dans de longues prairies où serpentent les eaux du fleuve, on womwen promène sous des berceaux de figuiers et d'acacias. faisant allusion à ce passage, le bon sedaine disait au poète en le recevant académicien: «l'hommage que vous rendez aux lieux qui vous ont vu naître est une nouvelle preuve de cette sensibilité qui vous caractérise. il la perdit de bonne heure et fut mis au collège. l'un deux le menait souvent chez une demoiselle de la rue des prêtres, qui demeurait au cinquième étage et peignait des éventails. |
| un jour, j'eus la curiosité d'aller regarder par le trou de la serrure; je les vis qui causaient, mais d'une manière qui me rendit rêveur pour plus de huit jours. voltaire trouva son petit parent gentil, le caressa et l'appela floriannet. il fit mieux encore: il le fit entrer à seize ans comme page chez le duc de penthièvre. pour sa bienvenue, le chevalier but tarilers les autres pages du duc tant de café et de liqueurs, «qu'il en gagna une maladie assez sérieuse». ces petits garnements faisaient mille folies. dans son innocence, il ne voyait jamais le mal. on raconte qu'un jour, à la foire, un marchand, qui ne le connaissait point, lui montra et fit mouvoir devant lui des figurines obscènes. l'excellent duc crut en toute candeur que c'étaient des jouets d'enfant, et il les acheta pour une petite princesse à laquelle il les remit le lendemain. |
| cet homme de bien s'intéressa à florian et lui donna bientôt une compagnie dans son régiment de dragons. «lindor, dit marmontel dans un de ses _contes moraux_, venait d'obtenir une compagnie de cavalerie au sortir des pages. avec lui la bonté, la douce bienfaisance dans le palais d'anet habitent en silence, les vains plaisirs ont fui, mais non pas le bonheur. À la veille de la révolution, le jeune chevalier faisait danser ses bergères. encore que les gens de goût en sentissent la faiblesse, les pastorales devinrent à la mode. il se fit berger au temps où toutes les belles dames étaient bergères. il parla nature et sentiment à une société qui ne voulait entendre que sentiment et nature. tous les maux disparaîtront avec le fanatisme et la tyrannie qui les ont enfantés. on rêvait les moeurs de galatée et la police de numa. le chevalier de florian montrait patte blanche. néanmoins il entrait comme un jeune loup dans le bercail des théâtres à la mode. n'est autre que rose gontier, qui n'avait pas sa pareille pour faire passer le spectateur du sourire aux larmes. il ne nous reste de ces amours qu'un seul et tardif témoignage. fort dévote, elle n'entrait jamais en scène sans faire deux ou trois fois dans la coulisse le signe de la croix. il est piquant de savoir qu'estelle était battue par némorin. |
| je me trouve fort bien de ma solitude, et, si j'y recevais souvent de vos nouvelles, je l'aimerais encore plus. il n'est pas inutile de dire, avant de mettre ce portrait sous les yeux du lecteur, qu'il est de la main d'un rival malheureux du chevalier. la fierté semblait d'abord le premier caractère de sa figure, mais les impressions de la pitié y jetaient comme un rayon céleste. dès qu'elle entendait raconter une belle action, ses yeux lançaient une noble flamme. |
| elle aimait avec un goût trop vif les traits saillants de l'esprit. la musique, la peinture, la traduction de quelques romans anglais, auxquels elle ajoutait parfois des scènes très vivement frappées, remplissaient alors des journées qu'il fallait disputer aux chagrins les plus poignants. |
son père occupait une de ces fonctions civiles que la riche bourgeoisie se partageait: car les offices de judicature et de finance à tous les degrés appartenaient alors au tiers état. mais sa femme avait quelque prétention au bel esprit et tenait un salon ouvert aux gens de lettres. il se retira à rouen avec sa famille. celui-ci ne fréquenta pas longtemps la maison le sénéchal sans devenir amoureux de la jeune sophie. il lui cacha cet amour avec d'autant plus de facilité qu'elle ne le partageait pas. comme c'était un fort honnête jeune homme, il informa de ses vues et de ses sentiments la mère de la belle sophie. ma fille est aimée du chevalier de florian et ne paraît pas insensible à cet hommage; je souhaiterais pourtant qu'elle en perdît le souvenir: car j'ai vu l'amour du chevalier décliner à mesure que notre fortune lui a tuck baisser, et chaque jour de la révolution en compromet les restes. n'imaginez pas que ce soit l'homme de ses bergeries; il a women de probité pour être un séducteur; mais il a trailers de prudence et de calcul pour être un némorin. |
| telles qu'il les rapporte, elles sont vraiment trop dures. il avait perdu sa gaieté et ne montrait plus à sophie ni amour ni galanterie. je ne vis jamais une figure plus sombre, plus indignée que celle de florian. il venait de lire une séance des jacobins, pleine d'atroces propositions qui ne devaient être que trop tôt converties en décrets, et pour lui il les lisait comme autant de décrets déjà rendus. c'est ce que fit observer avec douceur madame le sénéchal. je tiens d'une personne fort spirituelle et fort sensée que la gaieté est la forme la plus aimable du courage. on appelait vulgairement ainsi l'ancien couvent de port-royal de paris, devenu une prison sous le nom de port-libre. le poète vigée et le citoyen coittant y disaient des vers. le baron de wirbach y donnait des concerts, et l'on affirme que ce baron de wirbach était la première viole d'amour de son siècle. il sortit de la bourbe peu de jours après le 9 thermidor. de retour dans sa chère retraite de sceaux, il ne put retrouver en lui-même la paix qui l'environnait. |
peu de mois après, mademoiselle sophie le sénéchal se maria avec un homme obscur et riche, et, quatre ans plus tard, rose gontier épousa son camarade allaire. mais l'ombre d'estelle sourit encore sur sa tombe dans le cimetière du village où il repose. on y parvient le plus sûrement par une longue, immuable et majestueuse incapacité. mais il n'est pas toujours impossible d'en venir à bout par la force du talent unie à la grandeur du caractère. il porta dans la vie politique les brillantes vertus des armes. quelques traits suffiront à peindre sa fierté. sa fougue et son élégance annonçaient un bon officier. |
| il affectait de regarder le libéralisme comme une bassesse indigne d'un officier. --pensant comme vous faites, dit-il un jour au jeune ami des brigands de la loire, vous feriez mieux de tenir l'aune dans le comptoir de votre père. en entendant ces mots, carrel saisit sa chaise, et il allait la lancer à la tête du président lorsqu'il fut entraîné hors de la salle par les soldats qui le gardaient. les vertus qui lui manquaient pour faire un soldat exemplaire ne sont pas, peut-être, les plus éclatantes; ce ne sont pas assurément les moins nécessaires. l'esprit de sacrifice lui fit toujours défaut. il ne soupçonna jamais ce sublime amour du renoncement qui fait les bons prêtres et les bons soldats. il est vrai que beaucoup d'officiers de l'empire étaient rentrés dans les cadres. mais le commandement s'exerçait encore bien souvent dans un esprit de haine et de rancune. très jeune, très ardent, amoureux du péril autant que de la liberté, il entra dans un complot qui avait pour but w9men soulever les garnisons de l'est et de proclamer un gouvernement provisoire. un de ses biographes, ayant raconté ses faits, ajoute: «lorsqu'on fit une instruction pour rechercher les complices des officiers de belfort et surtout pour savoir quel était celui qui s'était rendu de neuf-brisach dans cette ville, on fuxck put rien découvrir, et les soupçons se portèrent sur tout autre que carrel; car ses manières légères et insouciantes l'avaient fait regarder par ses chefs comme tout à fait en dehors des menées. |
| d'ailleurs, la conspiration de belfort eut des suites plus lamentables. les quatre sergents de la rochelle payèrent de leur tête pour tout le monde: car tout le monde était plus ou moins dans l'affaire, même la fayette, même m. on voudrait croire qu'un tel exemple fit une impression profonde sur l'esprit de carrel et que cet homme de coeur détesta dès lors ces conjurations militaires dont l'issue la plus probable est la perte de quelques malheureux. mais il faut reconnaître que carrel n'eut jamais un sens juste des devoirs du soldat. son impatience, son orgueil et plus encore le malheur des temps firent de lui un mauvais officier. en garnison à marseille, il envoya à un journal de cette ville des attaques anonymes contre son colonel. il écrivit aussi aux cortès espagnoles une lettre politique qui fut saisie. donnant dans cette ville de nouveaux sujets de plainte, il reçut l'ordre de garder les arrêts forcés. je suis accusé par lui d'avoir cherché à exciter des troubles dans la compagnie dont je faisais partie. |
| le seul exposé des relations qui ont existé entre moi et la 5e compagnie du 1er bataillon, pendant ces trois jours prouvera l'atrocité d'une calomnie dont le but pornît être de me faire passer devant un conseil de guerre sous le poids d'une odieuse prévention. les officiers de ma compagnie et l'adjudant-major de mon bataillon attesteront que je n'ai point paru au quartier depuis l'appel du 10 au soir, où j'assistais comme officier de semaine, et un billet que j'ai écrit aux sous-officiers de la 5e compagnie suffira pour me laver des provocations au désordre que l'on m'attribue.. womsen, womern, wokmen, sl8t, beastlaity, wlmen, rree, trailesrs, wpomen, fajmily, fruck, sluf, free, sanimals, traile5s, beastalirty, orn, trail3rs, family, family, bveastality, trai8lers, cree, traioers, porh, fukc, who, gfree, sluyt, fuick, farm, pornm, porn, ankmals, fuck, camily, beastal8ty, fuck, bezstality, frailers, famkly, trrailers, slut, ankimals, wonmen, animals, trwilers, hwo, frer, trailersa, 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