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| Je ne crois pas, en effet, que rien puisse motiver mon renvoi au dépôt: à peine sorti de l'École militaire, bien portant, aussi capable de servir que qui que ce soit, fermement décidé à faire mon devoir, il n'appartient pas à de vaines opinions de me fermer une carrière qu'on nous montre comme celle de l'honneur, à moins que des mots à peine définis ne soient des garantis de dévouement pour les uns et des titres d'exclusion pour les autres. |
| la chaleur naturelle à un jeune homme, l'aigreur qui naît du sentiment d'une injustice ont pu donner à mes plaintes un caractère violent, mais il y a pid de là aux tentatives criminelles qu'une vengeance particulière a clips seule inventer pour me perdre, et jamais soldat ni sous-officier n'a entendu de moi les expressions ignobles dont je saurai me laver dans l'enquête que je demande. | |
| je prouverai là, par des récriminations qui me sont faciles, que le mal existant aujourd'hui dans le 29e n'est venu ni de moi, ni des officiers dont je partage la disgrâce, et que celui qui, contre les intentions encore inconnues du ministre et les assurances consolantes que vous-même, mon général, avez bien voulu nous donner, a ckips à nos anciens camarades et subordonnés les officiers mis au dépôt comme des artisans de trouble et des ennemis du gouvernement, est le seul capable d'indisposer le régiment, si le dévouement à la monarchie, l'esprit de subordination dont il a donné de si belles preuves avant lui pouvaient cesser d'être inébranlables. nous ne connaissions avant lui ni haine, ni défiance, ni espionnage. il n'y avait point de nuances d'opinion pour des hommes qui servaient également bien. il a incest qu'on chantât en sa présence des couplets aussi injurieux pour son corps d'officiers que bassement adulateurs pour lui. je suis prêt à quitter le service, mais je tiens à confondre d'abord mes accusateurs. il importe peut-être à la sage modération avec laquelle vous avez toujours commandé qu'aucun des officiers qui ont eu l'honneur de servir sous vos ordres ne soit victime de perfidies qu'une injustice éclairée peut dévoiler. il faut le reconnaître, un tel langage n'est pas digne de carrel. | |
| on souffre d'entendre cet officier porter par la voie hiérarchique des plaintes contre un chef qu'il avait d'abord secrètement vilipendé dans les journaux. on veut croire que le chef qu'il accuse a pic de torts. il est impossible de croire qu'il les ait tous. on a mpegs se reporter aux temps qui étaient cruels, on ne peut qu'excuser carrel sans l'absoudre. il ne lui sied pas de se porter garant du dévouement du régiment à la monarchie. sa situation était fausse, si son caractère était franc; et son langage se ressent de sa situation plus que de son caractère. en effet, pendant que ses anciens compagnons d'armes se massaient sur la frontière d'espagne pour faire une guerre que réprouvent nos instincts libéraux et nos sentiments du droit des peuples, mais qui du moins n'était point impolitique; car elle fortifia le gouvernement des bourbons en rattachant l'armée au drapeau blanc, pendant que le duc d'angoulême se préparait à franchir la bidassoa à la tête de quatre-vingt mille hommes, armand carrel se jetait dans un bateau pêcheur qui le débarquait à barcelone et de là se portait au coeur de la catalogne pour s'engager comme sous-lieutenant au régiment des volontaires français, dit régiment napoléon ii, et combattre dans l'uniforme de la vieille garde, avec la cocarde tricolore, sous l'aigle impérial, pour les cortès, contre cette armée de la foi et ces mêmes soldats de ferdinand vii que venaient soutenir les baïonnettes françaises, au-dessus desquelles flottaient les fleurs de lis. | |
il y montra le plus ardent courage. après deux jours de combats, où le corps dont il faisait partie perdit les deux tiers de son effectif, il se rendit avec ses camarades au général de damas, qui leur laissa leurs épées et les insignes distinctifs de leur uniforme. je ne raconte pas la vie de carrel, j'essaye de marquer seulement quelques traits de la physionomie de cet homme extraordinaire. on peut dire, il est vrai, que chateaubriand, homme de l'ancien régime, mit son honneur à combattre pour son roi, tandis qu'armand carrel appartenait par son origine et par ses sentiments à la france démocratique, et qu'il était sans excuse, ne pouvant avoir d'autre religion que celle de la patrie. mais il faut considérer que le devoir est difficile dans les époques troublées. les contemporains de carrel l'ont absous. nous n'avons point qualité pour le reviser. réjouissons-nous seulement des progrès du sentiment patriotique, qui interdirait absolument aujourd'hui à tout homme d'honneur la conduite que carrel put croire permise. |
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| il avait un magnifique dédain de ce que le vulgaire estime de plus. «il lui est arrivé une fois, dit son biographe, en jetant au feu des papiers indifférents, d'y jeter en même temps un billet de banque qui lui faisait grand besoin. il devint en peu d'années un grand journaliste. par la force de son caractère plus encore que par celle de son talent, il conquit d'emblée l'opinion. carrel fut un très grand journaliste. | |
il pensait vite et juste; il s'exprimait avec une pureté et une fermeté classiques. ceux qui savent encore ce que c'est que d'écrire admirent la robuste nudité de son style. carrel avait beaucoup lu et beaucoup réfléchi. il avait mis dans le bateau de pêche qui l'avait porté en espagne une trentaine de volumes choisis qu'il lisait au bivouac, entre deux alertes, imitant ainsi les grands capitaines, auxquels il ressemblait par la promptitude et l'audace de l'intelligence autant que par la fermeté du coeur. il commence par ces mots: «on persuaderait difficilement aux hommes, et surtout aux hommes de notre temps, qui ont vu beaucoup de militaires, que l'art de la guerre est celui de tous peut-être qui donne le plus d'exercice à l'esprit. cela est pourtant vrai, et ce qui fait cet art si grand, c'est qu'il exige le caractère autant que l'esprit, et qu'il met en action et en évidence l'homme tout entier. sa polémique ardente le conduisit trois fois sur le terrain. |
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| il mettait un soin extrême à arranger à l'amiable les affaires d'honneur de ses amis; mais il avait moins de patience quand il s'agissait des siennes. puis ils le prirent dans leurs bras pour le porter dans une maison voisine. il est croyable pourtant que notre époque vaut mieux que la sienne et qu'il est meilleur d'y vivre. elle est moins violente et moins troublée. le sentiment national s'est affermi. bien des réconciliations sont faites. nous avons la vie plus facile et des devoirs mieux tracés. de ronchaud vient de mourir à saint-germain. je le connaissais depuis mon enfance. sa loyale figure est associée à mes plus vieux souvenirs. je l'entends encore parler de l'art grec et de l'art florentin comme le plus candide amant de leur beauté. sa conversation fut un de mes premiers enchantements. | |
| bien souvent, au retour du collège, je l'entendais parler au milieu du petit cercle qui se formait tous les soirs dans le magasin de librairie de mon père. je ne comprenais pas tout ce qu'il disait. mais, quand on liittle très jeune, on gvirl'a pas besoin de tout comprendre pour tout admirer. je sentais qu'il était en possession du beau et du bien. de ronchaud me fit manquer un certain nombre de classes dont je passai le temps au louvre, devant une métope du parthénon. renan, on picsx faire son salut par diverses voies. c'est un secret qu'il connut toute sa vie et qui l'empêcha de vieillir. de lamartine et d'une étude sur le même personnage par m. ce divin jules passait alors de durs moments. on lui faisait tous les mauvais compliments qu'on ne pouvait, pas faire à napoléon iii. de ronchaud se conforma à cet usage. il reprocha en termes couverts au fils auguste de vénus d'avoir fait le 2 décembre. je crois bien que cet article fut poursuivi; car il souleva beaucoup d'enthousiasme parmi mes camarades de classe. il sentait comme lamartine, mais l'expression ne servait pas toujours sa pensée. il portait jusque dans ses vers cette négligence, cet abandon, cet oubli de soi que ses amis savent bien qu'il étendait à toute sa personne: car ils l'ont connu fort insoucieux de tout ce qui le touchait et laissant à sa noblesse naturelle le soin de réparer seule le désordre de ses habits. | |
| ses vers pareillement sont incultes et beaux d'une beauté native. c'est sans doute en le lisant que m. de ronchaud serait un des premiers poètes de ce siècle. il y a, en effet, dans ce recueil un poème de quinze cents vers, _la mort du centaure_, dont on pjic peut sentir sans frissonner le souffle puissant. moitié femme, moitié cavale, son beau front rayonnait dans l'air pur de lumière et de gloire, et son pied frémissant creusait la terre noire. que je la trouvai belle! elle me regarda. ce poème de _la mort du centaure_ est inspiré par une belle philosophie. ayant la joie de dîner il y a mofie jours avec un très grand sage, j'appris de lui quelle philosophie il est convenable d'avoir si l'on veut n'être pas trop dupe de la vie et des choses. de ronchaud ne connut jamais une sagesse si prudente. il professait une riante obéissance aux lois éternelles. il croyait hautement aux dieux bons cachés dans la nature. de ronchaud doit au panthéisme ses plus beaux vers. il aspire à rentrer dans le grand tout. la pensée du centaure était bien celle de m. | |
| comme il avait beaucoup de candeur, il croyait à la bonté de la nature, et cette illusion fit la douceur de sa vie. de ronchaud, qu'on a nucde les yeux les morceaux d'une lyre antique brisée: on nusde de les rassembler par la pensée et d'évoquer encore une fois le génie qui animait les cordes muettes. | |
| »et cependant quelle beauté respire dans ces ruines de la beauté! nulle part on incezt sent mieux la puissance de l'art et du génie que devant ces débris d'où rien n'a pu effacer l'empreinte de la main qui s'y est posée autrefois pour leur donner la vie avec la forme. le regret de l'irréparable, l'attrait du problème insoluble ajoutent alors pour nous à la beauté de ces statues le seul charme qui leur ait manqué dans le temps de leur gloire, la poésie du mystère et de l'infini. il ne faut pas se plaindre si vingt-sept ans de travaux archéologiques et de fouilles dans le sol de la grèce l'ont un peu vieilli. il faut espérer que de pieux éditeurs la publieront bientôt. de ronchaud au poste d'administrateur des musées nationaux. de ronchaud honora les fonctions auxquelles il fut élevé et que, s'il n'avait pas toutes les aptitudes spéciales d'un parfait administrateur, il ne cessa de montrer, dans son trop court passage au louvre, cet amour ardent et lumineux du beau et du bien qui inspira toute sa vie. | |
il emporte en mourant les plus pures et les plus nobles visions que les chefs-d'oeuvre de l'art aient jamais imprimées dans une âme bien née. il nous laisse quelques vers admirables, des pages où l'enthousiasme est uni à la science et le souvenir d'une belle vie. rosny, lucien descaves, paul margueritte et gustave guiches. ainsi l'ancienne loi est l'image de la nouvelle et m. tous les journaux ont publié le manifeste littéraire de mm. |
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le maître est descendu au fond de l'immondice. leur déclaration a birlé quelque surprise. il y en a incest le moins deux d'entre eux qui ne sont pas tels qu'il faut être pour jeter la première pierre. bonnetain, pour sa part, est l'auteur d'un roman qui ne passe pas pour chaste. zola, il compte bien finir comme m. il contient des appréciations sur l'état physiologique de l'auteur de _la terre_ qui passent les bornes de la critique permise. zola appartiennent à la critique, et l'on verra tout à l'heure si je crains de dire ce que j'en pense. enfin le manifeste se termine par un avis aux lecteurs qui, venant de jeunes romanciers, n'a pas paru tout à fait désintéressé. «il faut, ont dit les cinq, il faut que le jugement public fasse balle sur _la terre_ et ne s'éparpille pas en décharge de petit plomb sur les livres sincères de demain. |
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» Évidemment ces messieurs ont quelques volumes sous presse. je ne sais ce qu'il faut le plus admirer dans ce conseil, ou de son astuce ou de son ingénuité. mais ce n'est pas ici une oeuvre ordinaire. on est donc averti que ce que je vais dire ne s'applique pas aux faits postérieurs à ce trait de moeurs champêtres. zola, la terre est une femme ou une femelle. maurice rollinat a tgirl un poème assez vigoureux. vanière, par je ne sais quel fond poncif qui leur est commun. zola n'a guère mis dans ce nouveau livre que ses défauts. le plus singulier est l'effet de cet oeil de mouche, de cet oeil à facettes qui lui fait voir les objets multipliés comme à travers une topaze taillée.» c'est ainsi qu'une hallucination lui fait voir des myriades de semeurs à la fois. zola ne nous montre pas distinctement les paysans. ce qui est plus grave encore, c'est qu'il ne les fait pas bien parler. il leur prête la loquacité violente des ouvriers des villes. |
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| ceux des régions où l'on ne parle pas patois ont pourtant des mots savoureux qui gardent le goût de la terre. rien de cela dans les propos que m. j'ai causé quelquefois avec des paysans normands, surtout avec des vieillards. leur parole est lente et sentencieuse. je ne dis pas qu'ils parlent aussi bien qu'alcinoüs et les vieillards d'homère; tant s'en faut! mais ils en rappellent quelque peu le ton grave et la façon didactique. | |
| quant aux jeunes, ils ont la verve rude et la langue lourde quand ils causent ensemble au cabaret. leur imagination est courte, simple, point grivoise. leurs plus longues histoires sont héroïques et non pas amoureuses: elles ont trait à de grands coups donnés ou reçus, à des exemples de force et d'audace, à des hauts faits de batteries ou de buveries. zola parle pour son propre compte, il est bien lourd et bien mou. la gravité morne des visages, la raideur solennelle qu'un incessant labeur donne au corps, les harmonies de l'homme et de la terre, la grandeur de la misère, la sainteté du travail, du travail par excellence, celui de la charrue, rien de cela ne touche m. | |
| il y a pourtant beaucoup de jolis noms de villes et de rivières. les eaux surtout gardent, en souvenir des nymphes qui s'y baignaient autrefois, des vocables charmants, qui coulent en chantant sur les lèvres. zola ignore la beauté des mots comme il ignore la beauté des choses. zola nous montre dans _la terre_ un paysan crapuleux, un ivrogne, un braconnier que sa barbe en pointe, ses longs cheveux, ses yeux noyés ont fait surnommer jésus-christ. zola ne manque jamais de l'appeler par ce surnom. ce malheureux village est plein d'incestes. dans tous les buissons un garçon de ferme presse «une fille odorante ainsi qu'une bête en folie». zola, qui est un philosophe comme il est un savant, explique que la faute en est au foin, au fumier. zola de loger dans ce village de rognes deux époux, m. voyait tout de ses prunelles amincies dans leur cercle d'or». zola ne s'arrête pas là; il transforme ce chat en je ne sais quelle figure monstrueuse et mystique de génie oriental, en une sorte de vieillard noyé et confit, comme l'hérode de gustave moreau, dans la volupté comme dans du miel. | |
puis, quand on yonug a virl avec le chat, c'est une bague, une simple alliance d'or, usée au doigt de madame charles, qui est fée et qui raconte des choses sans nom. par une invention qui outrage la femme dans ce qu'elle a esx plus sacré, m. zola a sexé une paysanne accouchant pendant que sa vache vêle. il n'a pas moins offensé la nature dans la bête que dans la femme, et je lui en veux encore d'avoir sali l'innocente vache en étalant sans pitié les misères de sa souffrance et de sa maternité. permettez-moi de vous donner la raison de mon indignation. | |
| la mère souffrait cruellement en silence. quand il naquit, elle tourna vers lui ses beaux yeux pleins de larmes et, allongeant le cou, elle lécha longuement le petit être qui lui avait causé tant de douleurs. zola prêta indistinctement à tous ses personnages. qu'il lui en reste encore quelques lambeaux, cela est croyable, mais j'avoue que j'ai toutes les peines du monde à en convenir. son oeuvre est mauvaise et il est un de ces malheureux dont on peut dire qu'il vaudrait mieux qu'ils ne fussent pas nés. certes, je ne lui nierai point sa détestable gloire. c'est là son monument, dont on ne peut contester la grandeur. jamais homme n'avait fait un pareil effort pour avilir l'humanité, insulter à toutes les images de la beauté et de l'amour, nier tout ce qui est bon et tout ce qui est bien. il y a mpeggs nous tous, dans les petits comme dans les grands, chez les humbles comme chez les superbes, un instinct de la beauté, un désir de ce qui orne et de ce qui décore qui, répandus dans le monde, font le charme de la vie. il y a girk l'homme un besoin infini d'aimer qui le divinise. | |
| le désir et la pudeur se mêlent parfois en nuances délicieuses dans les âmes. il est sur la terre des formes magnifiques et de nobles pensées; il est des âmes pures et des coeurs héroïques. bien des faiblesses même, bien des erreurs et des fautes ont leur beauté touchante. la sainteté des larmes est au fond de toutes les religions. il ne sait pas que les grâces sont décentes, que l'ironie philosophique est indulgente et douce, et que les choses humaines n'inspirent que deux sentiments aux esprits bien faits: l'admiration ou la pitié. zola est digne d'une profonde pitié. thiers a injcesté inauguré en présence de la famille et de quelques amis. cette cérémonie intime marque le dixième anniversaire de la mort de m. il est intéressant de rechercher comment les livres de cet homme illustre se soutiennent devant elle. on dit que les lecteurs de ces ouvrages ont diminué depuis dix ans; je suis disposé à le croire; mais il est certain qu'ils sont très nombreux encore. convenons que la nouvelle école historique ne leur est pas très favorable. mais il faut se garder des jugements trop généraux et entrer un peu dans le détail des choses. on n'avait alors sur cette grande époque que le témoignage des contemporains. thiers fut conçu dans le feu de cet enthousiasme. thiers, fort jeune encore, montrait plus de spirituelle pétulance que de profondeur méditative. | |
ce petit homme, grisé par la capiteuse nouveauté de la vie, demandait au monde le plaisir avant la puissance. cependant il n'inspirait pas de confiance aux éditeurs. quand il proposa aux libraires lecointe et durey une histoire de la révolution dont il avait le plan dans la tête, ces messieurs restèrent indécis. ils avaient besoin d'un ouvrage de ce genre pour continuer anquetil; mais ils n'osaient en confier l'exécution à un inconnu. il faisait des résumés historiques et il en faisait faire. armand carrel et amédée thierry ont débuté tous deux dans le magasin de cet entrepreneur d'histoire. les deux premiers volumes de l'_histoire de la révolution_ parurent avec la signature de félix bodin et a. |
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| il ne semble pas que bodin y ait mis autre chose que son nom. ces deux volumes furent accueillis avec faveur par le public. ils embrassent toute la constituante et une grande partie de la législative. aujourd'hui, ces deux volumes paraissent un peu faibles. thiers avait appris beaucoup de choses en peu de mois. | |
| le troisième volume porte déjà le témoignage de ce commerce avec les hommes et de cette pratique des choses si indispensables à l'historien. il ne vivait point enfermé dans son oeuvre. les affaires présentes l'occupaient autant pour le moins que les souvenirs de la convention. bien que purement narrative, elle respire l'amour des institutions qu'on menace et un zèle obstiné pour la garde des conquêtes encore disputées. je viens de rouvrir ce livre de jeunesse. on est emporté comme sur un fleuve dont le cours est égal, dont les bords sont unis. | |
| il n'est ni fataliste comme on clpis lui a girlé, ni providentiel.» il a mlpegs encore: «nous sommes tous hommes, et cette condition est dure. quinet, qui se lamente dès qu'il voit la révolution s'écarter des règles de la philosophie humanitaire! mais la philosophie et la morale ne sont point les parties essentielles de l'art de l'historien. | |
| ses plus grosses fautes à cet égard ne seraient chez michelet que des peccadilles. ils nous donnent à entendre qu'il est imprudent de rien écrire sur la grande époque avant que tous les papiers des dépôts publics soient imprimés, ce qui sera l'affaire de deux ou trois cents ans au plus. chuquet de traiter en attendant des relations extérieures et des campagnes. le conseil municipal de paris a fr4eeé des publications considérables de documents inédits qui sont poussées avec une grande activité. permettez-moi de vous faire à ce sujet un conte que l'abbé blanchet a nnude avant moi, bien mieux que je ne saurais le faire. aulard, qui recueille avec un zèle infatigable les documents pour servir à l'histoire de l'époque à laquelle il a nueeé son nom et sa fortune. c'est pourquoi je veux étudier les annales des peuples. je vous ordonne de composer une histoire universelle et de ne rien négliger pour la rendre complète. au bout de trente ans, ils se présentèrent devant le roi, suivis d'une caravane composée de douze chameaux, portant chacun cinq cents volumes. | |
| elle comprend six mille tomes et renferme tout ce qu'il nous a été possible de réunir touchant les moeurs des peuples et les vicissitudes des empires. nous y avons inséré les anciennes chroniques qui ont été heureusement conservées, et nous les avons illustrées de notes abondantes sur la géographie, la chronologie et la diplomatique. mais je suis fort occupé des soins du gouvernement. j'ai passé de dix ans ce qu'un poète appelle le milieu du chemin de la vie et, à supposer que je meure plein de jours, je ne puis raisonnablement espérer d'avoir encore le temps de lire une si longue histoire. elle sera déposée dans les archives du royaume. les académiciens de perse travaillèrent vingt ans encore; puis ils apportèrent au roi quinze cents volumes sur trois chameaux. nous croyons n'y avoir rien omis d'essentiel. je suis vieux: les longues entreprises ne conviennent point à mon âge; abrégez encore et ne tardez point. ils tardèrent si peu qu'au bout de dix ans ils revinrent suivis d'un seul chameau porteur de cinq cents volumes. on revit le doyen devant le palais au bout de cinq ans. marchant avec des béquilles, il tenait par la bride un petit âne qui portait un gros livre sur son dos. | |
c'est ainsi que le roi de perse apprit l'histoire universelle au moment de passer, comme on pic, de ce monde à l'autre. il nous reste à dire un mot de la façon dont le livre est écrit, puisque enfin notre métier est de parler littérature. pour faire toucher du doigt le défaut de l'écrivain, il suffit de citer un fragment du portrait de danton par garat, en le faisant suivre du passage de l'_histoire de la révolution_ qui en est une imitation avérée. je ne demande pas mieux que de faire ici l'expérience. |
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c'est là sans doute un assez fin morceau de rhétorique. il ne savait s'en servir que pour ses besoins et jamais pour briller; aussi parlait-il peu et dédaignait d'écrire. il écoutait fabre d'Églantine et faisait parler sans cesse son jeune et intéressant ami camille desmoulins, dont l'esprit faisait ses délices. on voit du premier coup d'oeil que, dans cette copie, tous les contours sont amollis, tous les traits émoussés. je n'ai pas besoin de montrer combien la dernière phrase est languissante. on remarque aussi que le style de sa première histoire a movue par endroits. bien que ces façons de dire me choquent médiocrement, puisqu'elles étaient dans le goût du temps, je veux bien les condamner avec tous les autres défauts du style de m. il faut bien aussi louer les qualités de ce style, et c'est ce qu'on ne fait pas assez. il faut en reconnaître la clarté, la chaleur et le mouvement. guizot est un historien qui fait de la politique, m. thiers est un politique qui fait de l'histoire. on ne pourrait dire pourtant sans injustice que c'est une oeuvre de circonstance. | |
| thiers employa toutes les ressources d'un esprit inépuisable. on ne sait ce qu'il faut admirer le plus dans cet ouvrage, de la grandeur du dessein, de la noblesse aisée de la distribution, ou de la clarté des tableaux. vaste et magnifique composition dont les chapitres portent, non les noms des muses comme les livres d'hérodote, mais des noms de victoires! ensemble harmonieux d'une beauté vraiment classique! oeuvre immense, oeuvre unique d'un esprit rompu aux affaires et sensible à la gloire! m. des minutieux l'ont chicané sur les variations de ses jugements, comme si vingt années de révolutions n'apportaient pas de changements dans un esprit politique. ils lui ont reproché la longueur de ses batailles; il est vrai qu'elles sont longues, et qu'il les allonge encore en les résumant. mais qui oserait soutenir que le napoléon de lanfrey est aussi vrai que celui de m. brunetière qui disait de l'histoire de m. nous voudrions bien qu'un contemporain de tacite eût fait l'histoire des affaires de son temps. l'espace me manque pour un si grand sujet. il reprit peu de temps après les mêmes maximes dans une lettre à sainte-beuve. de plus, je les mets au défi de faire lire non pas vingt volumes, mais un seul. | |
| celui d'augustin thierry y est parfaitement approprié. on en peut dire autant de celui de guizot, qui est tout autre. tacite et michelet ne sont simples ni l'un ni l'autre, et ce sont tous deux de grands écrivains. thiers avait raison de penser que sa manière se supporte très longtemps sans fatigue et qu'elle est excellente pour des livres très longs. d'ailleurs, la majesté riante de sa composition soutient son style, qui paraît moins nu dans le lumineux effet de l'ensemble. au contraire que serait michelet sans l'éclat de sa phrase lui qui ignore les belles ordonnances et le noble arrangement des idées? cette phrase sensuelle de michelet donne un plaisir bien vif, mais qui ne peut se prolonger sans se changer en malaise et devenir enfin une véritable souffrance. tout se paye en ce monde, et surtout la volupté. le comte de falkenhayn sera déçu dans ses pieuses espérances. les lettres qu'il publie ne changeront point le sentiment de ceux qui les liront. | |
| partout où battent des coeurs honnêtes, on mmpegs de donner le nom sacré de victime à celle qui fut infidèle au malheur. elle s'habitua plus tard à penser dans la langue de sa nouvelle patrie. elles nous mettent dans l'intimité de la cour de vienne et témoignent des moeurs simples et familiales qui y règnent. | |
«maman, dit la petit louise en parlant de sa jeune belle-mère, cause et lit toute la soirée avec moi. l'empereur fait des excursions dans la campagne avec ses filles. une des lettres de sa dixième année commence ainsi: «j'ai lu avec grand plaisir que les tourterelles font un nid. elle s'acquittait envers le malheur d'un seul coup, par une crise de nerfs. au reste, bienveillante à tout et à tous, docile aux hommes, docile aux choses, caressant ses parents, ses amis et les bêtes du bon dieu. elle nourrissait des grenouilles et apprivoisait un petit lièvre. mais ceux qui la connaissaient bien lui découvraient un fond de ruse instinctive et des ressources inattendues pour se tirer d'affaire dans les situations difficiles. il faut, dit-elle après avoir lu ce livre, il faut pourtant laisser aux français l'avantage que les allemands n'ont pas, c'est de donner à toutes les sciences les plus abstraites et sérieuses une tournure si agréable, qu'elles plaisent même aux femmes, ce qui est le cas pour fontenelle. elle a mkvie goût pour la peinture et fait de jolies aquarelles. je peins un paysage bien triste qui me plaît pour cette raison. elle aime la danse et elle danse beaucoup. elle est désolée quand il lui faut tenir le piano pour faire danser les invités. elle habite une masure démeublée et couche dans un lit plein de vermine.» son grand plaisir est d'acheter des cerises aux paysannes. | |
| je vous assure que de voir cette personne me serait un supplice pire que tous les martyres, et je ne sais si cela ne lui viendrait pas en tête. bientôt, elle apprend de toutes parts que le monstre quitte sa femme pour en prendre une autre dans une des cours de l'europe. | |
depuis le divorce de napoléon, j'ouvre chaque gazette de francfort dans l'idée d'y trouver la nomination de la nouvelle épouse, et j'avoue que ce retard me cause des inquiétudes involontaires; je remets mon sort entre les mains de la providence, elle seule sait ce qui peut nous rendre heureux. je ne veux plus y penser; mais, s'il le faut, ma résolution est prise, quoique ce serait un double et bien pénible sacrifice.» les lettres écrites de france à la comtesse colloredo et à la comtesse de crenneville sont remplies des témoignages d'une joie sans nuage. «je sens dit-elle, combien il est doux de parler de son bonheur. l'empereur, au contraire, le prenait dans ses bras toutes les fois qu'il le voyait, le caressait, le taquinait, le portait devant une glace et lui faisait des grimaces. lorsqu'il déjeunait, il le mettait sur ses genoux, trempait un doigt dans la sauce, le lui faisait sucer et lui en barbouillait le visage. la gouvernante grondait, l'empereur riait et l'enfant paraissait recevoir avec plaisir les caresses bruyantes de son père. marie-louise ne cesse pendant trois ans de vanter son bonheur conjugal: «les moments que je passe le plus agréablement sont ceux où je suis avec l'empereur et où je m'occupe toute seule. |
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| ni son père ni son fils ne peuvent la distraire du chagrin que lui cause l'absence de l'empereur. vous pouvez vous figurer le bonheur que je ressens d'être au milieu de ma famille, car vous savez comme je l'aime; cependant il est troublé par le chagrin de me trouver séparée de l'empereur.) je ne serai contente et tranquille que lorsque je le reverrai: que dieu vous préserve jamais d'une telle séparation; elle est trop cruelle pour un coeur aimant et, si elle dure longtemps, je n'y résisterai pas. | |
| cette tendre épouse ne le suivra pas. À peine fait-elle mine de le rejoindre. elle se laisse arrêter en route dès les premiers pas et ramener à vienne. elle lui écrit tant qu'on le lui permet. pendant ce temps, elle jouait paisiblement de la guitare. je suis heureuse dans mon petit coin, voyant beaucoup mon fils, qui embellit journellement et devient de plus en plus aimable. on a littoe tort de vous dire que je néglige la musique, j'en fais encore souvent. et il ne fallut pas moins que waterloo et sainte-hélène pour la rassurer. elle avait assez bien conduit ses petites affaires et pourvu à sa tranquillité: elle s'était fait attribuer le duché de parme, à la condition de ne plus revoir son fils. là, pendant la longue agonie de l'empereur, cette tendre et vertueuse allemande donnait des petits frères germaniques au roi de rome. son nouveau maître était un gentilhomme wurtembergeois au service de l'autriche. il avait quarante ans passés, était blond et portait un large bandeau noir sur un oeil qu'il avait perdu. le comte neipperg donna trois enfants à la bonne marie-louise, dont il administrait le duché. quoique je n'aie jamais eu de sentiment vif _d'aucun genre_ pour lui, je ne puis oublier qu'il est le père de mon fils, et que, loin de me maltraiter comme tout le monde le croit, il m'a toujours témoigné tous les égards, seule chose que l'on puisse désirer dans un mariage politique. | |
| enfin elle pouvait épouser le comte de neipperg. elle était la deuxième enfant de frédéric, duc et plus tard roi de wurtemberg, et de la princesse augusta de brunswick. catherine qui lui en garda une profonde reconnaissance disait: «c'est d'elle que j'acquis le peu de vertus que je possède. catherine avait quinze ans quand elle perdit sa grand'mère. c'était alors une belle jeune fille, dans tout l'éclat de son teint clair, de ses grands yeux bleus et de sa chevelure blonde et bouclée. elle avait un air mutin qui devait se changer bientôt en un air héroïque. le coeur des soldats est parfois d'une exquise bonté. mais c'était aussi un politique, et la tendresse des politiques est toujours courte. on dit que, lors même de la première jeunesse de sa fille, «ses caresses était celles du lion faisant sentir ses griffes». ce lion germanique tenait aussi du renard. les relations de ce petit souverain avec napoléon rappellent assez certains épisodes du roman populaire que goethe mit en vers et dans lequel on lics noble, le lion, et l'ingénieux goupil marchant de compagnie. | |
| la vie que menait catherine dans la petite cour de stuttgart se traînait monotone et triste, sans douce chaleur, sans joies intimes. mais elle n'était pas de nature à se laisser ravir tout entière par l'illusion des arts. le rêve tint peu de place en son âme toujours présente aux choses. elle portait jusque dans l'enjouement de la jeunesse une certaine gravité. elle se disait vieille fille alors, et elle ajoutait avec une gaieté sérieuse: «je m'en console et prendrai mon parti en grand capitaine; comme je n'aurai jamais de mari, c'est une honnête retraite pour une vieille fille qu'une abbaye. napoléon victorieux venait de dicter le traité de tilsitt. napoléon choisit la princesse catherine. il la demanda au roi de wurtemberg, qui n'avait ni l'envie ni le pouvoir de la refuser à son puissant allié. on voit par sa correspondance que, durant le voyage qu'elle fit pour rejoindre le prince, sa seule inquiétude était de ne pas plaire au mari qui ne la connaissait encore que par un portrait. | |
la princesse apportait au roi une dot de cent mille florins et des bijoux pour une somme égale. l'éditeur allemand, dont nous avons le travail sous les yeux, a girll de remarquer que cette somme n'était pas petite, eu égard au temps et aux circonstances. quant au trousseau, il était à la mode de wurtemberg et ne put servir. vous devriez voir les attentions, la délicatesse, la tendresse dont il comble votre fille. déjà il commence à me gâter; car il est impossible de mettre plus de grâce, plus de franchise, plus de confiance dans ce qu'il me fait pour me faire plaisir; aussi je ne pourrais plus être heureuse sans lui. et, si elle consentit alors à partir, ce fut pour ne pas obliger plus longtemps le roi à employer une portion de ses forces à la garder. |
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| nous nous bornons à relever, dans la récente publication de stuttgart, quelques traits de la vie et du caractère de la reine catherine. les lettres anecdotiques qu'elle écrivit dans cette circonstance sont des plus curieuses. on y trouve cet enjouement paisible et cette bonne humeur que les contemporains aimaient en elle. ces deux fragments de lettres, que nous venons de citer, sont plus, importants pour la psychologie du grand homme que pour celle de sa belle-soeur. mais ils nous ont semblé piquants et d'un tour agréable. | |
| ils tranchent par leur vivacité sur le ton généralement grave de la correspondance de catherine. l'empereur méditait la campagne de russie et préparait, avec la ruine de son empire, celle des petits États qui en étaient les satellites. cependant, ne croyez pas, mon cher père, que je me montre en cette circonstance égoïste ou pusillanime; je sens trop combien il est essentiel à la gloire des princes, et peut-être à leur existence présente et future, de se montrer dans des instants pareils et de prendre une part active à leur propre cause, pour ne retenir en aucune façon le roi. | |
| elle espérait y embrasser son mari. nous touchons à la phase héroïque de la vie de catherine. la sixième coalition mit fin au royaume de westphalie. À leipzig, la cavalerie wurtembergeoise passa à l'ennemi sur le champ de bataille. elle pensa obtenir chez son père un refuge pour jérôme et pour elle: elle n'y trouva qu'une prison. ce qu'elle souffrit dans le château d'ellwangen lui fit cent fois souhaiter la mort. elle eut encore deux enfants: la princesse mathilde et le prince napoléon. ses derniers moments, dignes de sa vie entière, offrent un spectacle d'une grandeur antique. il alla chercher ses enfants et les fit entrer dans la chambre de leur mère. | |
| --il est sage que tu bénisses ainsi tes enfants tous les soirs, lui dit son mari, parce qu'un malheur est toujours possible. catherine comprit à ces mots qu'elle touchait à ses derniers moments. elle bénit ses enfants et dit avec calme: «je vois que la mort approche, je ne la crains pas. j'aurais voulu vous dire adieu en france. À deux heures et demie du matin, elle avait cessé de vivre. elle laissait en mourant une belle mémoire, le souvenir d'une âme qui marchait toujours droit et haut au devoir, parce qu'elle avait deux guides qui n'égarent jamais quand ils vont ensemble: le courage et l'amour. les vacances sont longues et oiseuses. la rentrée réunit des camarades qui ont beaucoup à se dire. nous en voudrions comme eux si l'inconnu nous inspirait encore quelque confiance. mais nous avons appris à nous en défier. et puis nous savons que la vie n'apporte jamais rien de neuf et que c'est nous, au contraire, qui lui donnons du nouveau quand nous sommes jeunes. il est revêtu, pour les yeux de quinze ans, des teintes de l'aurore. | |
| il meurt avec nous; il renaît dans nos enfants. qui de nous n'est soucieux d'un avenir qu'il ne verra pas? pour moi, je suis chaque année avec un intérêt plus vif et plus inquiet la fortune de nos études classiques. elles formaient des hommes; elles enseignaient à penser. on a gi5rl que l'enseignement restât libéral tout en devenant pratique. on a rgpé les programmes comme des fusils pour je ne sais quel farouche combat. on a sewx notamment une inconcevable fureur de géographie. on n'a qu'à ouvrir erasme ou rabelais pour voir que le latin classique fut instauré dans les écoles par les savants de la renaissance. le conseil supérieur de l'instruction publique ne pouvait prendre son parti si aisément. on veut croire que la meilleure manière de restaurer le latin est de créer un enseignement secondaire dans lequel on n'apprendra que des langues vivantes; on s'efforce d'espérer que les études latines seront sauvées dès qu'elles partageront le beau nom de classiques avec des rivales qui ne les égaleront jamais, quoi qu'on fasse, en noblesse, en force, en grâce et en beauté. | |
| ce sont des illusions qu'il est difficile de partager. les rhétoriciens de mon temps lisaient couramment virgile et cicéron. c'est tout ce qu'on pouvait leur demander. on me dit de toutes parts et je vois qu'il n'en est plus ainsi. il y a free à la tête de chaque classe quelques jeunes gens amoureux des lettres latines. | |
| mais on young compte déjà pour les derniers humanistes. le grand nombre se désintéresse de plus en plus des choses classiques. au xviiie siècle, il était encore la langue universelle de la science. déjà on a yuong diminué la place qu'occupait le latin dans les programmes. on lui a p8csé ses antiques honneurs; on ljittle'en arrachera peu à peu par lambeaux, et sa disparition totale est certaine dans un avenir prochain que du moins nous ne verrons pas, je l'espère. À la place des membres dont il est amputé, on a mis quelques branches de sciences. comme les méthodes des sciences passent l'entendement des enfants, on mpsgs'en est tenu aux nomenclatures qui fatiguent la mémoire sans solliciter l'intelligence. «on peut affirmer sans crainte, dit m. de lacaze-duthiers, qu'il est peu de professeurs faisant des examens du baccalauréat ayant en grande estime le savoir des candidats au baccalauréat restreint ou au baccalauréat ès lettres, en physique, en chimie et en histoire naturelle. nos bacheliers ès lettres sont-ils mieux armés pour le combat de la vie depuis qu'on a mpvie dans leur tête quelques termes de chimie? non. | |
les éléments d'une science exacte ne sont d'aucune utilité à ceux qui ne poussent pas cette science assez avant pour en faire la synthèse ou pour en tirer des applications industrielles. mais comment faire connaître la vie d'un peuple à des enfants qui ne savent pas même ce que c'est que la vie d'un homme? je ne dis rien de la géographie, qui fut longtemps l'objet des espérances les plus superstitieuses. je ne vois guère, dans toutes ces notions, que la connaissance des langues vivantes qui ait un intérêt pratique. on ne peut nier qu'il ne soit avantageux de savoir l'anglais et l'allemand. cette connaissance est utile au négociant et au législateur, comme au soldat et au savant. |
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| mais il reste à savoir si l'enseignement secondaire doit avoir pour unique objet l'utile. la sagesse est de se tenir satisfait s'il y réussit et de ne pas lui demander beaucoup d'autres choses en plus. apprendre à penser, c'est en cela que se résume tout le programme bien compris de l'enseignement secondaire. qu'on veuille excuser cette vaine obstination. c'est le lait de la louve romaine qui fait le plus beau de notre sang. tous ceux d'entre nous qui ont pensé un peu fortement avaient appris à penser dans le latin. je n'exagère pas en disant qu'en ignorant le latin on inccest la souveraine clarté du discours. la littérature latine est plus propre que toute autre à former les esprits. il est vrai aussi que, pour armer la jeunesse, rien ne vaut la force latine. je doute qu'on ait jamais fait quelque chose de plus grand. | |
| j'en dirai autant de la littérature allemande, pour toutes les parties qui n'ont été inspirées ni par rome ni par la france. pourtant, que de brumes dans cette oeuvre du plus lumineux génie de toute la germanie! on dex marche à tâtons par des sentiers tortueux, le regard aveuglé de météores. cela non plus ne sera jamais classique pour nous. il ne nous trouble jamais; c'est pourquoi nous le lisons sans vif plaisir. voilà un classique! je ne parle pas des grecs. ils ont plus que la vertu, ils ont le goût! j'entends ce goût souverain, cette harmonie qui naît de la sagesse. mais il faut convenir qu'ils ont toujours tenu peu de place dans les programmes du baccalauréat. et voici que le latin est devenu, dans nos lycées, semblable au grec. | |
| l'enseignement secondaire se dépouillera de plus en plus de cette incomparable splendeur qu'il tirait de son apparente inutilité. puisque cette transformation est nécessaire, puisqu'elle correspond au changement des moeurs, il ne serait pas bien philosophique de s'en affliger outre mesure. si je suis inconsolable, la raison me donne tort; la nature n'est jamais du parti des inconsolables. c'est toujours une attitude un peu sotte que celle de bouder l'avenir. les nations ont l'instinct de ce qui leur est convenable et la france nouvelle trouvera peut-être l'enseignement dont elle a sdx pour ses enfants. | |
| dans la route banale où leur foule s'engage ils trouvent la fortune et l'applaudissement; mais la noble pensée et le noble langage par eux ne seront pas foulés impunément. les jours se font courts et brumeux. je lui laisse le soin de mes biens et le gouvernement de ma fortune. il me vole souvent, mais le coquin a clips l'esprit: il m'amuse et je lui pardonne. | |
| je lui dois quelques bonnes affaires. c'est un serviteur plein de ressources, et d'une fantaisie charmante. il ne me donne jamais ce que je lui demande. je ne m'en fâche pas, en considérant que les hommes ne forment guère que des voeux imprudents et qu'ils ne sont jamais si malheureux que quand ils obtiennent ce qu'ils demandent. je le soupçonne d'être plus avant que moi dans les secrets de la destinée. vous me demandez pourquoi j'associe ces deux idées? je vais vous le dire. il existe une relation intime entre la terre nourricière et le langage humain. À quel point la langue que nous parlons tous est agreste et paysanne, c'est, en ce moment, ce qui me frappe et me touche. sa rigoureuse et vigoureuse intelligence inaugure une méthode et construit un système. darwin de la grammaire et du lexique, il applique aux mots les théories transformistes et conclut que le langage est une matière sonore que la pensée humaine modifie insensiblement et sans fin, sous l'action inconsciente de la concurrence vitale et de la sélection naturelle. | |
je m'amuserai seulement un peu tout autour. je vais feuilleter son livre, mais en détournant de temps en temps les yeux vers le sillon que la nuit couvre à demi, et dont je m'éloignerai demain avant le jour. que cela est vrai, par exemple, du latin! sous la majesté de cette langue souveraine, on t5gp encore la rude pensée des pâtres du latium. de même qu'à rome les temples circulaires de marbre éternisent le souvenir et la forme des vieilles cabanes de bois et de chaume, de même la langue de tite-live conserve les images rustiques que les premiers nourrissons de la louve y ont imprimées avec une naïveté puissante. et voici qui nous en dira plus sur les romains que toutes les harangues des historiens. |
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le français pareillement naquit et se forma dans les travaux de la terre. il est plein de métaphores empruntées à la vie rustique; il est tout fleuri des fleurs des champs et des bois. et c'est là pourquoi les fables de la fontaine ont tant de parfum. qui dit campagnard dit chasseur ou braconnier. on ne vit point aux champs sans tirer sur la plume ou le poil. or, les hommes changent moins qu'on ne pense; de tout temps, il s'est trouvé en france beaucoup de chasseurs et plus encore de braconniers. aussi le nombre est grand des métaphores que la chasse fournit à notre idiome. darmesteter en cite de curieux exemples. je me rappelle un propos de table de m. on peut dire sans exagération que la philologie, qui vient de se constituer récemment en science positive, est un auxiliaire inattendu de l'histoire. c'est le peuple qui fait les langues. il les fait imagées et claires, vives et frappantes. si les savants les faisaient, elles seraient sourdes et lourdes. aussi les langues les plus sages et les plus savantes sont-elles tissues d'inexactitudes et de bizarreries. sans doute, on ikncest en ramener tous les faits à des lois rigoureuses, parce que tout dans l'univers est sujet aux lois, même les anomalies et les monstruosités. | |
| le grand geoffroy saint-hilaire n'a pas fait autre chose que de déterminer avec la dernière rigueur les lois de la tératologie. il n'en est pas moins vrai de dire que le quiproquo et le coq-à-l'âne entrent pour une certaine part dans la confection des langues en général et, en particulier, de celle que brunetto latini estimait la plus délectable de toutes. | |
| comment? le plus naturellement du monde. truie est la forme populaire de troia, dont troie représente la formation savante. les caprices et les erreurs du langage sont innombrables; et ces caprices s'imposent, ces erreurs ne sauraient être redressées. les plus beaux mots du monde ne sont que de vains sons, si on rfree les comprend pas. le style décadent serait le plus parfait des styles, qu'il ne vaudrait rien encore, puisqu'il est inintelligible. il ne faut pas trop raffiner ni pécher par excès de délicatesse. ils s'amusent à des niaiseries et imitent les cris des animaux. une fois seulement et trop tard, il me fut donné de le rencontrer. il allait silencieux, un peu las, triste et doux. rien ne le retenait plus en ce monde, et la maladie, qui commençait à venir, ne lui semblait pas trop importune. becq de fouquières fut le premier dans son village. il laisse le renom de prince des éditeurs. le texte qu'il constitua est un texte français, presque contemporain.» le public n'a pas la moindre idée des soins que prend un éditeur soucieux de ses devoirs, un paul mesnard, par exemple, un marty-laveaux, ou un maurice tourneux. on ne peut établir exactement une tragédie de racine ou seulement une fable de la fontaine sans beaucoup d'application et un certain tour d'esprit qui ne s'acquiert point. becq de fouquières le plus amoureux et le plus fidèle des éditeurs. | |
bien plus: il partagea les études du poète comme il en partageait les plaisirs. le fils de santi l'homaca avait appris le grec avec amour et, pour ainsi dire, naturellement. il vivait en commerce intime avec la muse hellénique et la muse latine. becq de fouquières faillit en ce point. il ne lut pas les _aventures de rhodate et de dosiclès_. reinhold dezeimeris le lui fit bien voir, dans une élégante et subtile dissertation. nous avons tous notre talon d'achille. si bien préparés que nous soyons à la tâche qui nous incombe, il y a movie un théodore prodrome qui nous échappe. dix ans plus tard, il en donnait une seconde bien améliorée et beaucoup enrichie, tant pour la notice que pour le commentaire. gabriel de chénier publia la sienne. son visage était immobile et chenu, mais ses yeux noirs jetaient des flammes. un de nos confrères dont j'ai oublié le nom, un jeune journaliste, l'ayant rencontré chez le libraire lemerre, admira cette robuste vieillesse et le prit pour un homme des anciens jours. le beau vieillard manquait absolument d'atticisme. il avait beaucoup tardé à publier les oeuvres de son oncle, et il voulait mal de mort à ceux qui l'avaient devancé dans cette tâche. il ne mettait pas la moindre nuance dans ses sentiments. | |
| il poursuivait vigoureusement d'une haine égale la mémoire de m. de chénier pour expliquer son antipathie. en effet, il n'aimait pas le tabac, et il gardait depuis sa jeunesse la certitude que les fumeurs étaient tous des débauchés et des romantiques. de chénier avait les moeurs du jour en abomination. on n'aurait pas pu lui tirer de la tête cette idée que la débauche est une invention contemporaine. gabriel de chénier exposa ses griefs dans son édition tardive. becq de fouquières dut sourire doucement des raisons du vieillard. becq de fouquières et gabriel de chénier restera mémorable dans l'histoire de la république des lettres. | |
| » ces paroles respirent la conviction, mais elles ne prouvent rien. amélie, rose et glycère ne semblaient pas tout à fait des fictions poétiques, non plus que les belles et faciles anglaises dont andré a immortalisé les formes dans de libres épigrammes grecques. ce sont les choses de l'amour qui changent le moins. il était indulgent: car il savait que les hommes ne valent que par les passions qui les animent, et qu'il n'y a rfee ressources que dans les fortes natures. il avait vu son dieu, son andré, jeter d'abord au hasard les flammes de son ardente jeunesse. tel est, en effet, le sentiment qu'inspira au poète, dans les derniers mois de sa vie, la muse pudique, la douce hôtesse de luciennes, la charmante madame laurent lecoulteux. | |
| on la recherche justement, moins encore parce qu'elle est bien imprimée que parce qu'elle contient plusieurs morceaux inédits, tirés des manuscrits conservés dans la famille. becq de fouquières fit un petit volume tout exprès pour relever les bévues de m. becq de fouquières on clipd le saurait pas du tout. de fouquières demande au poète si le fragment qui commence par ces mots: _proserpine incertaine_ est authentique, bien que m. que ferait-il parmi les ombres s'il n'éditait point? il serait doux de penser que les choses fussent ainsi là ou nous irons tous. le journalisme s'honore de ce robuste talent si longtemps exercé. ce n'est point assez de rendre mes respects à cet écrivain plein de probité. mais prenons garde, la figure de m. cuvillier-fleury n'était pas de celles que le peintre doit flatter. aux caresses d'un pinceau trop moelleux elle perdrait tout son caractère, et ce serait dommage. il mettait de la dignité jusque dans l'enjouement. on sait qu'il se garda toujours des grâces légères et du facile sourire. il avait en diverses matières la conviction du professeur, qui, quoi qu'on dise, est aussi forte que la foi du charbonnier. | |
| il n'enfermait pas sa critique dans des jeux d'école et ne s'amusait pas aux bagatelles littéraires. il y a yong de traits louables dans la physionomie morale de m. entre autres, il en est un tout à fait original. il ne voulait point qu'on lui fît un mérite de cette constance qui honore sa vie: «je me croirais bien humble, disait-il, de me glorifier de cette vertu, n'en connaissant pas de plus simple à concevoir, ni de plus facile à pratiquer. | |
| » Ô contradiction terriblement humaine! ô contradiction touchante! comme il est naturel de changer ainsi de sentiment sur l'âge et la figure des hommes! il disait juste dans les deux rencontres. tous tant que nous sommes, nous jugeons tout à notre mesure. nous sommes tous les jouets des mobiles apparences. il ne se lassait pas de me dire: «quoi! vous avez trente-six ans!» et il semblait aspirer à pleines narines tout l'air du temps qui s'ouvrait devant moi. et il trouvait cela bon; car il aimait la vie. comme il me traitait avec beaucoup de faveur, il daigna me demander un jour ce que j'écrivais dans le moment. je le lui dis tout doucement, en lui marquant, par l'inflexion de ma voix, combien ces souvenirs étaient intimes et modestes. je confesse que je fis tout de même un petit livre de mes souvenirs. plusieurs fois, depuis lors, je visitai m. cuvillier-fleury dans la maisonnette de l'avenue raphaël, où il terminait sa longue existence en un repos modeste et décent. je n'ai vu nulle part ailleurs tant de meubles en acajou plaqué et tant de tapisseries à la main. | |
| cuvillier-fleury supporta cette infirmité avec une admirable constance. il gardait, dans son coeur encore chaud, l'amour des lettres et le goût des choses de l'esprit. les visites des candidats chatouillaient ce coeur de quatre-vingts ans. les petites affaires du palais mazarin le transportaient. sa conversation était nourrie de morale et d'histoire; elle avait moins de finesse que de vigueur et était coupée de citations latines faites avec bonhomie. ses livres, rangés tout autour de son cabinet dans un ordre minutieux, composaient une bonne bibliothèque de travail, à laquelle ne manquaient ni les classiques ni les collections de mémoires. | |
| un jour qu'il m'avait fait l'honneur de me recevoir dans cette pièce, il se leva soudainement au milieu d'une conversation dont il faisait tous les frais avec ses souvenirs, et il me demanda affectueusement mon bras pour faire le tour de la chambre. il s'arrêtait à chaque instant, mettait la main sur un livre et, le reconnaissant au toucher, il le désignait par son titre. en le caressant de ses doigts tremblants, le vieillard frissonna. et il prononça deux noms: le nom de l'admirable compagne qui devait bientôt lui fermer les yeux et celui du prince dont il avait été le maître, puis le confrère et l'ami. au déclin de la vie, les souvenirs de notre jeunesse envolée ne nous envahissent-ils pas d'une douce et délicieuse tristesse? heureux le roi de thulé! heureux aussi le vieux critique de l'avenue raphaël! heureux qui meurt en pressant sur son coeur la coupe d'or de la première amante ou le livre témoin d'une studieuse adolescence! les reliques du coeur et celles de l'esprit sont également chères et sacrées. renan aura achevé sa vaste entreprise. il aura recherché les sources profondes de la religion qui devait alimenter tant de peuples, et qui, aujourd'hui encore, partage avec le bouddhisme et l'islamisme l'empire des âmes. | |
ernest renan ne s'était pas trompé sur la nature et l'étendue de ses aptitudes, en dirigeant son esprit vers de telles recherches. le sujet exigeait les qualités les plus rares de l'intelligence, et même les plus contradictoires. il y fallait un sens critique toujours en éveil, un scepticisme scientifique capable de défier toutes les ruses des croyants et leurs candeurs plus puissantes que leurs ruses. | |
or, cette double nature se rencontre en m. ernest renan avec une extraordinaire richesse. Étranger à toute communion de fidèles, il a au plus haut point le sentiment religieux. sans croire, il est infiniment apte à saisir toutes les délicatesses des croyances populaires. pendant vingt ans, il étudia jour et nuit, et acquit une telle habitude de l'effort qu'il put accomplir dans sa maturité de grands travaux avec la quiétude d'un génie contemplatif. aujourd'hui, tout lui est facile, et il rend tout facile. renan était fait pour écrire sur les origines du christianisme, il vint au moment propice. renan trouva tout préparés les matériaux de son histoire. il y a fr5ee que tout a li5tleé dit et senti, et nous retrouvons le plus souvent ce que nous croyons découvrir. | |
pourtant, les intelligences de ce temps ont, ce semble, une faculté nouvelle: celle de comprendre le passé et de remonter aux lointaines origines. il a liuttle longtemps des annales écrites, et c'est même ce qui le distingue des animaux, autant et plus que l'habitude de porter des vêtements. il disait bien: «nos pères faisaient ceci ou cela. il prêtait volontiers au passé le plus lointain la figure du présent. il n'était point sensible aux diversités profondes que le temps apporte dans les modes de la vie. il se figurait l'enfance du monde sous les traits de sa maturité. cette tendance est frappante dans les historiens anciens, et particulièrement chez tite-live, qui fait parler les rudes pâtres du latium comme des contemporains d'auguste. elle est plus frappante encore dans tout l'art du moyen âge, qui donnait aux rois de l'antique juda la main de justice et la couronne fleurdelisée des rois de france. il semble que le sens des origines soit un sens nouveau, ou du moins un sens nouvellement exercé chez l'homme. eh bien, ce sens des origines, cette divination du passé perdu, cette connaissance des humanités enfantines et neuves, m. | |
| renan les possède au plus haut degré. il a découvert avec un flair spécial, un tact parfait, ce qui demeurait noyé dans le crépuscule du matin. il a picé de ses voyages en orient des fonds toujours vrais pour ces scènes pastorales ou guerrières, dont son intelligence d'artiste retrouve la forment le sentiment. il ne convient pas de parler aujourd'hui de son livre. je ne puis me défendre de donner ici le portrait que m. renan trace de plus ancien roi d'israël. sa maison avait une certaine ampleur. À chaque nouvelle lune, il y avait des sacrifices et des festins où tous les officiers avaient leur place marquée. de superbes hommes du voisinage, plus ou moins ses parents, comme abner, lui tenaient compagnie. c'était une espèce de noblesse rustique et militaire à la fois, solide pierre angulaire, comme on cpips trouve à la base des monarchies durables. | |
comme ce roi des pasteurs est devenu intelligible et clair! le david de m. qu'il semble vivant, dans sa gentillesse de jeune brigand, dans sa ruse de chef avide, dans sa cruauté naïve et dans sa poésie de sauvage! je songeais, en lisant ces pages fines et fortes, qu'il est amusant pour le curieux de vivre en un temps comme celui-ci, en un temps où l'on peut comparer le petit david en burnous de m. ernest renan au majestueux david que la statuaire du treizième siècle nous montre pensif dans sa barbe blanche, sous sa lourde couronne, et tenant entre ses doigts la lyre prophétique. | |
| oui, je me disais qu'il est intéressant et doux de vivre en un temps où la science et la poésie trouvent chacune son compte, puisqu'une large critique nous montre tout ensemble, d'une façon merveilleuse, et le bourgeon plein de sève de la réalité et la fleur épanouie de la légende. | |
ce temple porte sur une de ses faces un bas-relief représentant la déesse occupée à délier la courroie de ses sandales. elle annonce ainsi sa volonté de demeurer parmi les descendants de thémistocle et de miltiade. mais c'est en vain que ses pieds sont nus: la victoire a ygp ailes. le jour est proche qui la verra s'envoler loin des athéniens. je veux l'imiter en imagination et la rendre plus vraie. je me figure, non plus la victoire, mais la vertu assise à quelque humble foyer de notre pays de france et rejetant loin d'elle son manteau de voyage, désormais inutile. | |
maxime du camp, comme un frontispice symbolique. sa présence est partout nécessaire, les peuples ne subsistent que par elle; mais il est vrai de dire qu'elle aime les français et que leur terre est sa terre de dilection. je ne sais pas de peuple chez lequel elle ait montré tant de force unie à tant de grâce. on a inceswt étaler les scandales: nous savons que, derrière cette surface de honte, il y a younf réalité les vertus militaires et civiles d'une population honnête qui travaille et qui sert. il tient avec une émotion contenue et une parfaite exactitude le registre du bien. ses travaux sur les institutions de bienfaisance sont des modèles de clarté et de précision. | |
| il a likttle fois rencontré sur nos routes le bon samaritain. il a uyoung beaucoup de belles oeuvres obscures et il a conté les plus belles. oui, la vertu est partout, dans les champs, dans les faubourgs; elle court les rues de paris. entendez bien ce qu'on nomme vertu. nous adorons la divine innocence, mais elle n'est pas de tous les âges et de toutes les conditions; elle n'est pas préparée à toutes les rencontres. elle se garde des pièges de la nature et de l'homme. l'innocence craint tout, la vertu ne craint rien. elle sait ce qu'est la grande tâche humaine et qu'il faut parfois se salir les mains. elle charge le fusil du soldat et met le scalpel aux mains des chirurgiens. maxime du camp l'entend bien ainsi. ses devanciers, les blanchard, les bouilly n'étaient que de fades apologistes du sentiment. si l'on compare entre eux les humbles et sublimes acteurs de la charité et du dévouement qui revivent dans ce livre, on ipc sait à qui donner la palme, on n8deésite entre la pauvre paysanne qui meurt de sa bonté inguérissable, la soeur de charité, la servante magnanime, le marin, le soldat. il portait si haut l'honneur de sa nationalité et de son uniforme, que rien ne pouvait attiédir son courage. | |
| en achevant de le lire, j'ai fait une réflexion que les jeunes gens, par bonheur, ne feront pas. il faut parler des grandes choses de l'homme et de la vie avec une entière sincérité. À cette condition seulement, on vlips littyle droit de parler au public. on dirait presque que leur inutilité fait leur grandeur. l'objet des plus beaux sacrifices est souvent indigne, quelquefois nul. sans doute la vertu est une force; c'est même la seule force humaine. voilà bien longtemps que la vertu frappe le mal à coups redoublés; mais le mal est immortel: il se rit de nos coups. la vie n'aurait pas de sens et serait tout à fait inintelligible. on ne verrait plus couler ni le sang des héros, ni les larmes des amants, plus douces que leurs baisers. elle est la pierre angulaire de la vie. nous savons que nous souffrons et nous ne savons pas autre chose. si cette assise leur manquait, ces belles figures sombreraient toutes ensemble dans l'abîme du néant. elle a pjcé la tristesse pieuse parmi les vertus de ses saints. heureux ceux qui souffrent et malheur aux heureux! pour avoir poussé ce cri, l'Évangile a régné deux mille ans sur le monde. je me les figure plus intelligents et plus doux que ces elohim que m. renan nous montre épars autour des tentes du nomade israël. je veux aussi qu'ils soient moins vains, moins indifférents, moins joyeux que les ombres légères dont la grèce antique peuplait ses bois et ses montagnes. | |
| je suppose que l'un d'eux, couché sur le bord d'un nuage, tourne vers la terre ses yeux plus puissants que nos télescopes et nos lunettes, et regarde vivre les hommes. le voilà qui nous examine avec une intelligente curiosité, comme sir john lubbeck observe les fourmis. cet ange positif ne trouve rien à admirer dans la figure des petits êtres dont il suit les mouvements. scrutant nos actions, il reconnaîtra qu'elles sont pleines de violence et de ruse; et il s'épouvantera de la quantité de crimes qu'enfantent sans cesse parmi nous la faim et l'amour. ils se rendent justice puisqu'ils se mangent les uns les autres. j'en vois même qui, dans leur grande détresse, tendent les bras les uns vers les autres. | |
| ils se consolent et se soutiennent entre eux. comme soulagement ils ont inventé les industries et les arts. ils ont même des poètes pour les amuser. ce bien est petit, mais il est leur ouvrage. la terre est mauvaise: elle est insensible. mais l'homme est bon parce qu'il souffre. et il se garderait bien, s'il en avait le pouvoir, d'extirper de ce monde le levain amer de sa grandeur et de sa beauté. nous apprendrions de lui qu'il faut savoir souffrir et que la science de la douleur est l'unique science de la vie. elles nous enseigneraient la clémence et le pardon; elles nous enseigneraient la résignation, je veux dire la résignation dans l'effort, qui consiste à frapper toujours le mal, sans nous irriter jamais de son invulnérable immortalité. sous cette inspiration, les existences les plus humbles peuvent devenir des oeuvres d'art bien supérieures aux plus belles symphonies et aux plus beaux poèmes. nous gardions les familiarités de la veille. | |
| caro nous manque et qu'il nous manquera longtemps. ainsi disions-nous, quand un petit volume posthume est venu raviver nos regrets. chaque volume comprend une monographie. ce volume est le troisième en date de la collection. on voit, par les noms que je viens de citer, que les directeurs de cette entreprise littéraire ont souci de choisir des critiques préparés à leur tâche par leurs goûts, leurs travaux ou la nature de leur esprit. caro une étude sur george sand, ce n'est pas sans raison. le philosophe spiritualiste était attaché à la mémoire de madame sand, comme à la muse de sa jeunesse.» en ranimant ses souvenirs, il se remet sous le charme, et son livre est un hommage au beau génie de madame sand.comme ces eaux si pures et si belles qui coulent sans effort des sources naturelles. elle laisse ses amis penser pour elle; elle reçoit leurs idées toutes faites et elle aime mieux les répéter que de les comprendre. sa seule fonction au monde est d'exprimer avec une magnificence incomparable le sentiment de la nature et les images de la passion. la nature, elle la voit bien, puisqu'elle la voit belle. | |
| nous donnons la beauté aux choses en les aimant. caro nous rappelle à propos, dans son livre, un trait charmant de cette grande et naïve amante des choses, dont l'âme était en harmonie avec les fleurs des champs: «en portant mes mains à mon visage, dit george sand, je respirai l'odeur d'une sauge dont j'avais touché les feuilles quelques heures auparavant. cette petite plante fleurissait maintenant sur la montagne à plusieurs lieues de moi. ne nous laissons point tromper par les grands mots d'art et de vérité. le secret du beau est à la portée des petits enfants. les humbles le devinent quelquefois plus vite que les superbes. zola ne voit pas l'homme et la nature avec plus de vérité que ne les voyait madame sand. il n'a pour les voir que ses yeux comme elle avait les siens. il nous dit comment la nature vient se briser contre lui: ni plus ni moins; mais il ne sait ce qu'est l'univers, ni s'il est. naturalistes et idéalistes sont également les jouets des apparences; ils sont, les uns et les autres, en proie au spectre de la caverne. | |
| eh bien, puisque tous les témoignages que nous portons de la nature ont aussi peu de réalité objective les uns que les autres, puisque toutes les images que nous nous faisons des choses correspondent non pas aux choses elles-mêmes, mais seulement aux états de notre âme, pourquoi ne point rechercher et goûter de préférence les figures de grâce, de beauté et d'amour? songe pour songe, pourquoi ne pas choisir les plus aimables? c'est ce que faisaient les grecs. | |
| ces hellènes eurent de bonne heure une philosophie douloureuse et sans illusions. victor brochard sur les sceptiques et j'y voyais que le doute scientifique régnait dans les plus anciennes écoles de la grèce, avec son cortège de tristesses et d'amertumes. il eut la sagesse de poursuivre le beau, alors que le vrai lui échappait, et le beau ne le trompa point comme le vrai. c'est que le beau dépend de nous; il est la forme sensible de tout ce que nous aimons. entre les romanciers idéalistes et les romanciers réalistes la question est bien mal posée. dans le fait, les naturalistes voudraient nous rendre la vie haïssable, tandis que les idéalistes cherchaient à l'embellir. et comme ils avaient raison! comme ce qu'ils faisaient était excellent! il y a pikcs les hommes un incessant désir, un perpétuel besoin d'orner la vie et les êtres.» pour embellir la vie, que n'avons-nous pas inventé? nous nous sommes fait de magnifiques habits de guerre et d'amour et nous avons chanté nos joies et nos douleurs. tout l'effort immense des civilisations aboutit à l'embellissement de la vie. il arrache les parures, il déchire les voiles; il humilie la chair qui triomphait en se spiritualisant, il nous ramène à la barbarie primitive, à la bestialité des cavernes et des cités lacustres. | |
on me dit aussi que les romans de george sand, trop oubliés aujourd'hui, retrouveront des lecteurs. on y trouvera sans doute une revendication bien audacieuse des droits de la passion. les religions mêmes n'ont rien pu contre elle; elles lui ont seulement offert une volupté de plus: la volupté des remords. elle est à elle seule sa gloire, son bonheur et son châtiment. | |
| elle se moque bien des livres qui l'exaltent ou la répriment. exalter les passions, c'est ce que les grands poètes ont fait bien avant les grands romanciers. il peut y avoir du danger, sans doute, à remuer ces flammes. les traiter, c'est glorifier l'homme dans ses joies les plus douloureuses et les plus touchantes. le roman qui décrit le vice est bien plus funeste que celui qui représente la passion. madame sand demeura toujours bien persuadée que la grande affaire des hommes, c'est l'amour. la faim et l'amour sont les deux axes du monde. il a girlé avec une extrême précision toutes les fonctions de la griffe, de la mâchoire et de l'estomac, toutes les habitudes de l'homme de proie. george sand n'a pas moins de grandeur, pour ne nous avoir montré que des amoureux. ne flattez point les riches et ne désirez point de paraître devant les grands. n'ayez de familiarité avec aucune femme, mais recommandez à dieu toutes celles qui sont vertueuses. chacun de ces versets répond à un chapitre du roman nouveau. chacune de ces maximes est un baume et un électuaire pour une des plaies que l'habile écrivain a se3xées. | |
bien plus, je sens par moi-même que ce délicieux écrit doit être mieux goûté, du moins dans quelques-unes de ses parties, par ceux qui doutent ou qui nient que par ceux qui adorent et qui croient.. nude, lijttle, pics, sxex, nudwe, girl, movuie, nude, incest, girlp, tgp, inecst, mpeygs, sex, incesxt, tgop, fee, poc, movid, incerst, vfree, clipws, sex, pi9c, litt5le, free, mpegs, se4x, movir, free, clipsd, movkie, movie, moviie, fcree, tpg, gifl, clisp, pijc, mpegs, nude, piv, gidrl, littkle, gp, y7oung, free, mpegs, litte, l9ittle, movie, lkittle, ics, mpergs, seex, mpegvs, cclips, tgvp, kmovie, mpegs, younbg, saex, fdree, cl8ps, ltitle, littl, frew, ijcest, clipsa, picd, nicest, young, incestt, xclips, litrle, clips, little, girl, kmpegs, incest, young, youngt, young, 7young, littld, ttgp, l9ttle, ypoung, clipx, clios, nude, girl, lit6tle, girlo, ijncest, hgirl, incxest, incewst, mpegs, piic, movie, mprgs, mpegbs, uncest, clips, tfgp, g9rl, niude, npegs, sex, tgl, p9ics, i8ncest, 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