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Bernard Pivot Paris - Novembre 22, 1996
Master Class
EXTRAIT A
B.PIVOT: Fanny Ardant, vous avez donc joue le rôle de la Callas. […] Est-ce que vous n’avez pas une crainte quand même de jouer comme ça un rôle aussi énorme ?
F.ARDANT: Non, parce que la pièce existe en elle-même : Master Class, de Térence Mc Nally, a crée un vrai personnage avec des characteristiques, avec des sentiments, des passions.Bien sur que le point de départ de cette pièce c’est Maria Callas. Ceux qui veulent la reconnaître la reconnaissent, mais il y a un vrai personnage. […] Eh bien non, ça m’excite.
B.PIVOT: Est-ce que…Callas, vous ne l’avez pas connue. Mais est-ce que vous aviez depuis longtemps une relation personnelle avec sa voix, intime ?
F.ARDANT : Oui, ça fait très longtemps que j’ai entendu Callas dans les opéras, dans les disques, dans les compact disques et je l’aimais comme ça, dans l’absolu, je n’étais pas une puriste, je n’ai pas fait [de] recherches : c’est une voix qui m’a accompagnée depuis tout les temps.
B.PIVOT : Depuis l’enfance ?
F.ARDANT : Oui, parce que mes parents avaient cette coutume de nous donner, a chaque Noël, un opéra. Alors, j’en ai beaucoup et il y avait souvent la voix de Callas. EXTRAIT B B.PIVOT : Oui, mais c’était plus qu’une diva aujourd’hui,c’est un mythe, c’est un personnage, un destin absolument extraordinaires.
F.ARDANT : Oui, parce qu’il y a d’une part l’artiste, avec sa voix et ce qu’elle a donne a l’opéra,et puis il y a [d’autre] part sa vie qui est comme une vie qui peut rentrer dans quelques chose de romanesque. […] Et puis [c’est] une très belle femme, dans une époque assez existante, les années 50, les années 60. […] Donc, au fur et a mesure des années, elle est devenue une légende. […]
B.PIVOT : Dans cette pièce donc, ou elle donne une sorte de cours a deux sopranos, puis a un ténor, elle apparaît, comment dire, presque désagréable, revêche, plus enfermee en elle-même qu’ouverte aux autres.
F.ARDANT : Oui, je pense qu’elle… elle le dit elle-même, elle [ne] sait pas très bien s’expliquer avec les mots et elle dit, a la fin : «Si je vous ai semble dure, c’est parce que je suis dure avec moi-même.» Et au fond, cette pièce, elle est valable pour tout le monde, elle n’apprend pas que le chant. C’est comme, sous prétexte d’une leçon de chant, c’est une leçon de vie.[…] Je pense que, quand on parle de Maria Callas, quand vous dissiez qu’elle est rentrée dans la légende, elle a été toujours a la recherche de l’absolu, toute sa vie a tendu [a] être la meilleure chanteuse, la meilleure voix pour arriver a cette chose toujours qui vous échappe. Je pense que des qu’on est dans la recherche de l’absolu, on est moins patient, on est moins compréhensif, on est moins tolérant.
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