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FANNY ARDANT
«Qui est cette femme?»
«Jean-Louis Livi est venu me voir et m'a dit : "Vous allez me jeter ma
proposition au visage, je vais vous demander de faire une grand-mère." Je
lui ai aussitôt répondu: "Un rôle n'est jamais défini par une classe sociale
ni une tranche d'âge. Qui est cette femme ? Le reste, on s'en fiche." A
partir de là, j'ai lu le scénario et ce que j'ai aimé, c'est l'aventure de
cette femme justement, partant à l'autre bout du monde pour l'amour d'un
petit garçon. Je n'ai jamais pensé à son état de grand-mère, à l'âge requis
pour être une grand-mère crédible. Ne peut-on pas désormais être mère à 53
ans ?
«Dès les premières réunions de maquillage, Gérard Lauzier a été très
explicite, pas de prothèses, pas de fausses rides, Josiane Balasko et moi,
jouerions ces grands-mères comme ça, en l'état ! Le lien de famille avec
l'enfant est cependant important, parce qu'il est vrai que les grands-mères
sont moins passionnelles et douloureuses que les mères. Une grand-mère,
c'est quelqu'un qui a déjà vécu, qui a plus d'indulgence et d'humour.
«Entrer dans la bande dessinée, entrer dans un univers de comédie populaire,
je n'avais jamais fait ça - non, Pédale douce était plus amer, plus
cruel, alors qu'ici on est comme chez Tintin - et à ma grande surprise je
m'y suis sentie très bien.»
«J'ai fait des valises incertaines.»
«L'intendance, c'est différent. Tout ce qui se passe demain pour moi
n'existe pas. On partira le 12 janvier ? Ah ! bon, ça ira, ça ira. Mais
c'est abstrait, je ne me représente jamais la vie future. Un jour on me
téléphone, vous êtes prête ? Vous avez tous vos vaccins ? Oui. Non. Pas
encore. Je ne savais pas quoi emporter, du blanc certainement. J'ai fait des
valises incertaines.
«L'arrivée à Las Claritas, le village de chercheurs d'or a été un choc, ma
chambre d'hôtel aussi. En réaction, je me suis mise à lire exclusivement des
livres sur la Russie, avec la neige, les camps, la bataille de Stalingrad…
Je dînais tous les soirs seule, très tôt, puis j'allais me coucher, je
m'enveloppais totalement dans ma moustiquaire et je m'isolais avec délice
dans cette espèce de transparence fermée très particulière.
«Quand je pense à ce tournage, j'ai un souvenir aigu de décalage. Peu
importent mes états d'âme, les bords de l'Orénoque, la forêt, ce sont des
impressions rétiniennes. Je n'ai aucun goût pour le tourisme, le pittoresque,
mais j'ai un véritable amour pour la vérité des gens, pour ces petites
Indiennes qui riaient en me caressant les jambes comme le pelage d'un
animal, parce qu'elles n'avaient jamais vu de collants de leur vie…
«Un jour on nous a avertis qu'il y avait la gale à la blanchisserie. J'ai
alors rencontré une dame, elle a lavé mon linge. Je venais le chercher, elle
me disait de m'asseoir. Puis lançait une phrase : "Ma sœur travaillait dans
une agence de voyages." Puis plus tard : "Elle est morte." Je demandais
comment. Un silence : "Son mari l'a tuée." Et moi, après un temps : "Il
l'aimait trop?" Réponse : "Oui." On aurait dit un dialogue de Duras… Voilà
comment peu à peu, j'ai eu le sentiment d'avoir toujours appartenu à ce
village, comment j'ai commencé à aller tous les samedis soir danser la salsa
et le meringue…»
«Une intensité de tous les jours»
«Josiane Balasko est une incurable positive, moi je suis négative, on s'est
trouvées dans une sorte de complémentarité, et je me suis prise d'une
curieuse ambition, je voulais qu'elle soit heureuse, je voulais la faire
rire… Ce qui s'est tissé entre nous, c'est une intensité de tous les jours.
Quant à Gérard Lauzier, c'est étrange aussi, je me souvenais de l'avoir
rencontré lors d'une soirée, il était le seul homme qui m'ait parlé. Comme
je fais peur, les gens ne me parlent pas, et lui, ce soir-là, si. Je ne
pouvais imaginer que je tournerais un jour avec lui, mais je ne l'avais
jamais oublié.»
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