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mai 4, 2004

 

 

Fanny Ardant: « Médée est un défi, mais il faut saisir ses impulsions »

 

 

Bientôt sur le tournage du prochain film de Benoît Jacquot et déjà en lecture d'une pièce présentée à la rentrée prochaine au théâtre de la Madeleine aux côtés de Gérard Depardieu, Fanny Ardant sera, cet été, l'invitée inattendue des arènes de Nîmes.

Avec la soprano Anne-Marguerite Werster, qui chantera le rôle de Médée dans l'opéra de Cherubini, elle prêtera sa voix parlée à cette figure légendaire de la tragédie grecque.


Midi Libre: Comment l'idée est-elle née de participer à une représentation d'un ouvrage lyrique l'été prochain aux arènes de Nîmes ?

Fanny Ardant: A l'origine, le projet de cette Médée de Cherubini revient à l'Opéra de Metz où cet hiver une série de représentations de l'ouvrage a été programmée dans la version française originale. Jean-Paul Scarpitta, le metteur en scène, a décidé de remplacer les récitatifs par un texte directement emprunté à la tragédie d'Euripide. Il m'a demandé d'enregistrer ces phrases en voix-off pour le spectacle, mais je n'étais pas présente sur le plateau. A Nîmes, ce sera différent.



Votre participation à cette nouvelle production réclame-t-elle un travail différent ?

Oui, et dans tous les domaines. Pour les interventions, une dizaine environ au fil de l'ouvrage, il y aura dans le cadre des arènes de Nîmes, une vraie direction d'acteurs, une présence physique de ce personnage qui sera un peu la "voix intérieure" de Médée, et évidemment la déclamation du texte, une nouvelle fois réadapté et qui viendra faire un lien entre tous les passages orchestraux et les airs, duos ou ensembles chantés par les solistes de la distribution.



Apprendre un texte, pour une seule soirée, exige-t-il un investissement particulier ?

Non, car j'aime apprendre par c€ur. J'ai toujours voulu savoir intégralement les textes qui me touchaient. C'est vrai pour plusieurs scènes de Shakespeare, des poèmes de Mallarmé ou de Rimbaud. Quand ma mémoire s'approprie des pans de littérature, j'ai l'impression que je les ai en moi et pour toujours. C'est le cas pour toutes ces phrases de Médée, que je trouve admirables.



Avez-vous une vraie passion pour l'opéra ?

Folle, et depuis toujours. J'ai grandi à Monte-Carlo, et, dès l'enfance, mes parents m'ont amené dans la sublime petite salle de l'Opéra Garnier. C'est là que j'ai découvert les principaux titres du répertoire lyrique. Et, pour Noël, les disques étaient mes cadeaux. Il y avait une liste où on cochait à mesure les enregistrements qu'on m'avait offerts. Chaque année avec étonnement et admiration, j'ai ainsi découvert les enregistrements de La Callas. Ils ont accompagné toute ma jeunesse, surtout celui de Carmen, même si je sais depuis qu'il ne fait pas l'unanimité chez d'autres passionnés d'art lyrique. Aussi, quand Franco Zeffirelli m'a demandé, dans le cadre du film Callas for ever, d'écouter de nombreux airs, je me suis aperçu que je les connaissais tous depuis longtemps ! De La Tosca à La Norma, je les avais tous en tête...



Même Médée ?

Non, Médée, je l'ai découvert plus tard. C'est un ouvrage plus rare.



Justement, quel sentiment vous inspire le choix d'un ouvrage relativement peu représenté inscrit dans un cadre aussi intimidant ?

C'est un vrai et grand défi pour toute l'équipe de cette production, nous le mesurons. Mais dans la vie il faut saisir toutes ses impulsions. Dans un lieu aussi impressionnant où on s'attend à voir des déploiements ou des défilés, Jean-Paul Scarpitta va jouer sur la puissance de la tragédie et la force des lumières. Médée est un ouvrage d'une incroyable force, et l'héroïne est une femme d'une fabuleuse densité. Il ne faut pas oublier que c'est aussi la fille du soleil. Elle est faite pour les arènes. J'ai toujours imaginé que devant ces pierres romaines, la nuit devait y être sublime.Je suis sûre que sous la lune d'été doivent roder entre les voûtes des personnages immenses, comme dans l'ouvrage de Cherubini.



Croyez-vous que ces figures légendaires et mythologiques de l'Antiquité intéressent le terrien d'aujourd'hui ?

J'en suis profondément persuadé car, avec les enfants, j'ai fait régulièrement l'expérience. Souvent le soir, je leur ai lu des histoires de la mythologie et ils ont adoré. Peut-être aussi parce qu'on leur en parle de moins en moins en classe !



Et vous, personnellement, que vous apportent ces personnages ?

Je vis leurs histoires comme des grandes passions. Je n'ai jamais cessé de me sentir attirée par des figures grandioses comme Electre, Cassandre ou Clytemnestre et d'être touchée par la tragédie de leur condition.



Quand on s'appelle Fanny Ardant, qu'on aime l'opéra depuis toujours et qu'on a un timbre de voix aussi identifiable, n'a-t-on pas envie, un jour, de chanter aussi ?
 

(Rires). Non, vraiment...



Même pas dans sa salle de bains ou devant un cercle d'amis ?

La salle de bains, c'est autre chose ! Mais sinon, pas question... Chanter l'opéra, c'est un métier que je mets au-dessus de tous les autres, et je n'ai jamais envisagé de m'y risquer...




Recueilli par Roland Massabuau

 

 

 

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