PARIS MATCH

        septembre 9, 1999

 

 

 

 

Balasko-Ardant

 

UN DUO DE CHOC SUR LA ROUTE DU RIRE

 

 

 

Dans la jungle amazonienne, elles ont tourné ensemble le prochain film de Lauzier. Les premiers pas d'un nouveau tandem de "pétroleuses" à la Bardot-Moreau.

 

L'action, tournée au Venezuela, est censée de dérouler au Brésil. Fanny Ardant, en robe Cerruti déchirée, y incarne une aristocrate sur le déclin et Josiane Balasko, en jupe plissée Tati, une concierge au franc-parler.

 

 

par Caroline Mangez

 

 

L'une a l'élégance d'une sang-bleu, l'autre la gouaille d'une femme du peuple. La première a été l'égérie de Truffaut, la seconde demeure l'inoubliable comique du Splendid. Fanny écoute de l'opéra, Josiane préfère le rock. Tout sépare ces deux femmes et, pourtant, au terme de quatre mois de tournage dans la jungle vénézuélienne, Fanny Ardant et Josiane Balasko sont devenues les meilleures amies du monde. C'est Gérard Lauzier qui a eu l'idée de réunir pour la première fois ces deux actrices au talent si différent pour son film « Le fils du Français » (sortie le 15 décembre), l'histoire de deux grands-mères que leur petit-fils, brusquement orphelin de sa mère, convainc de partir pour l'Amazonie à la recherche de son père. Fanny et Josiane forment un couple de comédie si explosif qu'il a aussi inspiré le metteur en scène de « Pédale douce », Gabriel Aghion. Sous sa direction, elles ont commencé ensemble, le 20 juillet dernier, le tournage d'un autre film, « Le libertin ».

 

 

l'attaque des purri-purri (prononcez pouris-pourris), minuscules moucherons voraces qui volent en escadron et résistent aux traitements antimoustiques les plus élaborés, est prévue comme chaque jour vers 10 heures.

 

La réception, c'est surtout la réception où se trouve l'unique téléphone satellite qu'il faut éviter. Les purri-purri sont partout. «Tous en manches longues et chaussettes!» glisse un technicien en guise de recommandation d'usage.

 

Josiane Balasko, qui termine ce matin-là son quatrième mois sur quatre et demi de tournage au Venezuela, à 1000 kilomètres de Caracas, fait de la résistance. En jupe... elle s'enfile dans la voiture qui l'emmène rejoindre sa partenaire Fanny Ardant.

« Ce soir, on fait la scène où nous nous retrouvons, malgré nous, mariées à deux chefs indiens. Le mien est curieusement beaucoup plus beau que celui de Fanny qui danse comme un dindon.

 

« L'avantage, ajoute Josiane en exhibant ses mollets couverts de piqûres roses, c'est qu'ici on tourne dans un endroit où l'on n'irait jamais pour faire du tourisme... ou alors par erreur!»

 

On tourne donc. « Le fils du Français », sous la direction de Gérard Lauzier, l'histoire de deux mamies entraînées dans de rocambolesques péripéties par un petit-fils qui, venant de perdre sa maman,. décide de retrouver son aventurier de père (Thierry Frémont). La Balasko, teint rougeaud, cheveux décolorés blancs, total look « Tati », cabas en plastique écossais compris, est étendue dans un hamac au milieu d'une hutte. A ses côtés, Mme Ardant abrite une pâleur très aristocratique sous un chapeau de paille, et sa longiligne silhouette dans une robe en lambeaux mais signée Cerruti. Commentaire du metteur en scène après la prise :

 

« C'est la base de la comédie de faire se rencontrer deux personnes qui ne devraient jamais se croiser. Fanny et Josiane sont aussi différentes dans la vie que dans le film. J'ai écrit ces rôles pour elles, en m'inspirant de mes propres grands-mères. Lune était une bourgeoise désargentée qui ressemblait à Fanny. Comme dans le film, elle chantait l'opérette et, ne parvenant pas à subvenir à ses besoins en donnant des cours aux enfants de l'épicier, se séparait de ses meubles les uns après les autres. L'autre, communiste, pétroleuse, un vrai voyou qui ne payait jamais et n'avait peur de rien, c'est tout à fait Josiane. A la différence qu'au lieu d'un titi parisien ma vraie grand-mère était une sorte de pruneau marseillais. En arrivant, ajoute Lauzier, Josiane et Fanny se connaissaient à peine. Heureusement, elles s'entendent comme larrons en foire. Avec leur tempérament, si ça n'avait pas marché, on aurait pu craindre le pire ! A Paris, si vous allez dans l'appartement de Fanny, ou dans la maison de Josiane, vous pénétrez deux planètes.»

 

Non loin de la frontière colombienne, ce tandem de femmes conserve des univers diamétralement opposés. Coupées du reste du monde, aux heures perdues, dans la torpeur ambiante, face à face, elles s'amusent à les confronter. Autant Josiane aime errer dans les rues, son vieux Nikon en bandoulière, autant Ardant déteste le tourisme : « Cela ne me viendrait pas à l'idée d'acheter un billet pour partir... Je voyage dans les films, à travers la littérature.» Quand la première tombe sur une récente édition du « Monde», elle se rue dessus, tandis que la seconde, plongée dans la lecture des Mémoires africaines de Karen Blixen, revendique une profonde « aversion pour la presse ». L'une affiche un verbe et des vêtements dont le moins qu'on puisse dire est qu'ils sont colorés, l'autre choisit avec une certaine préciosité ses mots comme ses tenues. Les dimanches non ouvrés, Fanny les passe à se reposer de ses virées aux bals du samedi soir, Josiane, elle, les consacre à de longues parties de tarot.

 

Tout est à l'avenant. Citadine, Fanny a élu domicile dans l'unique suite de l'hôtel colonial de la ville de Puerto Ayacucho. Entre deux scènes, elle s'y reclut dans un petit peignoir de soie que lui a offert sa mère et, sur fond d'opéra, entretient avec ses amis de Paris qui lui manquent tant une longue correspondance. Josiane, elle, préfère dormir avec le plus gros de l'équipe technique, à une vingtaine de kilomètres de là. Cantourama, paillote numéro 3, en pleine brousse, vue sur les rives de l'Orénoque. Dans le foutoir organisé des objets kitsch qu'elle chine au marché indien, la Balasko y écoute les standards rock des Beatles en faisant du crochet. « Je ne m'étais pas remise au tricot depuis "Le Père Noël est une ordure". Mais Fanny voulait à tout prix un petit bonnet écru... J'ai dit chiche.»

 

« C'est très mignon de sa part, souligne Fanny de sa voix profonde et grave, inimitable. Josiane ressemble assez à ce que j'imaginais. J'avais subodoré cette grande intelligence, cette grande humanité, ce côté chaleureux, cette capacité à attraper la vie. Il y a aussi en elle une fêlure, quelque chose de fragile qu'elle ne laisse pas paraître au cinéma. Elle est plus pudique qu'elle n'en a l'air.»

 

« Je suis en apparence plus brute de décoffrage, reconnaît Josiane. Fanny est drôle, intelligente, inattendue. On parle de nos vies, de nos enfants (j'en ai deux, elle, trois) qui se sont rencontrés ici pendant les vacances de février, de nos projets. Fanny veut à tout prix me faire aimer Duras! Pourquoi pas, je ne l'ai jamais lue.»

 

Il doit être 14 heures, les rues moites de Puerto Ayacoucho sont désertes. Fanny mange du poulet - il n'y a que ça ici - dans la salle à manger de son hôtel. Josiane la regarde. C'est toujours elle qui prend l'initiative des visites. Les minutes s'écoulent doucement. Elles évoquent ensemble les tandems de cinéma qui les ont marquées : Richard-Depardieu, Ventura-Brel pour Fanny. Dewaere-Depardieu, Arletty-Jouvet, Gabin-Ventura...

 

Puis la porte de la chambre de Fanny se referme sur cette amitié qui veut se prolonger « même après le Venezuela ». Le temps d'une sieste bavarde sous une moustiquaire. Josiane dit qu'ensemble elles ne s'ennuient jamais et qu'« un bon tandem, c'est un tandem dans lequel on n'imagine à aucun moment un autre comédien. Comme dans la vie finalement »!  ■

 

 

 

 

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