
PARIS MATCH
Septembre 19, 2002
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SERIAL DIVA
Avec le charme lumineux de secs 51 ans, elle ranime l'aura des divas légendaires. Aucune actrice ne pouvait, mieux que Fanny Ardant, ressusciter l'extravagant génie de deux stars du XXe siècle: Sarah Bernhardt et Maria Callas. Dans le rôle de la première, elle succède à Delphine Seyrig, qui avait créé Sarah en 1981. Fanny reprend la pièce de Hohn Murrell au théâtre Edouard-VII, dans une mise en scène de Bernard Murat. Au cinéma, c'est dans Callas Forever (sortie le 18 septembre), de Franco Zeffirelli, avec Jermey Irons (ci-contre), qu'elle incarne la cantatrice la plus célère de tous les temps. Un personnage à sa démesure, qu'elle avait déjà joué il y a cinq ans dans Master Class, la pièce de Terence McNally, sous la direction de Roman Polanski.
Elle joue Sarah Bernhardt à la scène, et Maria Callas à l'écran. Rien n'est trop grand pour le monstre sacré de la rentrée. |
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INTERVIEW - Katherine Pancol
C'est la rentrée des classes et Fanny Ardant se bat la coulpe. "Cette année, j'ai séché, j'ai honte, mais j'ai toujours détesté l'école. J'ai toujours dit à mes filles: "L'école, c'est comme prison, il ne faut pas rempiler. C'est douze ans de travaux forcés, essayez de ne pas en avoir treize ni quatorze!" La vraie vie commence après... Quand on a appris à lire, compter, écrire, les choses intéressantes, on les apprend grâce aux gens qu'on rencontre..."
Ses filles, elle en a trois, "une dans chaque rayon": 27 ans, 18 ans, 13 ans. Elle y veille avec l'attention féroce e délicate d'une lionne envers ses petits. Prête à tuer si on y touche, à se travestir en Superman pour effacer les blessures. :J'aime les enfants, les toucher, les étreindre, les scruter. Faire l'idiote, leur parler, sentir que, pour elles, je suis tout: le père, la mère, le grand-père, la grand-mère... Alors, je deviens la plus forte du monde. Quand elles ont un chagrin, je leur murmure tout bas: "Raconte-moi, maman peut tout! Maman sera toujours là pour toi!" Je n'ai qu'une envie: avoir des petits-enfants et les emmener faire le tour du monde!"
Leur donner à eux aussi le goût de la vie qu'elle invente. "Je n'ai jamais pris la vie au sérieux et j'ai embarqué les enfants dans mon désordre. Je ne les ai jamais traitées comme "mes chères petites têtes blondes". J'ai toujours fait confiance à leur intelligence. Un jour, j'avais eu un gros échec au cinéma, j'etais désespérée et ma fille m'a dit: 'Maman, est-ce que vraiment tu as envie d'être immortalisée dans ce film?' Ç'a été fulgurant! Hop! Champagne et tout! Elle m'avait sauvée en une phrase! Les enfants, il faut les écouter..."
Fanny écoute. Si branchée sur la vie que le moindre signal, elle le capte telle une squaw attentive et le transforme en consigne à suivre. "J'ai fait des études parce que mes parents ne voulaient pas que je sois actrice. Alors, j'ai choisi les études les plus courtes: Sciences po... Une fois sortie de Sciences po, c'était comme si j'avais mon passeport pour la liberté. Je me rappelle quand j'étais à Londres et que je préparais le concours des Affaires étrangères: ça ne marchait pas du tout, je ne me sentais pas à ma place. Un soir, alors que je me sentais noire, noire, je vais dans un bar et un Anglais s'assied à côté de moi. Il me parle et me dit: "Si vous ne vous bottez pas le train, vous serez comme ça toute votre vie..." Je le regarde et dans un flash, je sais qu'il a raison! Eh bien, je suis partie! J'ai laissé Londres et mes études et je suis revenue à Paris m'inscrire à un cours de théâtre. Vous savez, la phrase d'"Un tramway nommé désir": "J'ai toujours fait confiance aux inconnus"? J'ai capté comme un sorcier ce qu'il me disait, et je me suis dit: vas-y, jette-toi, casse-toi, brûle-toi, détruis-toi, mais pour quelque chose au moins!"
Une phrase avait changé sa vie. "Je voulais être actrice de théâtre. Pour faire partager la beauté d'une pensée à travers la beauté du mot! Je ne me suis jamais dit que j'allais être actrice de cinéma, non, non, Madone!!! [Elle lève les bras au ciel !] Je ne voulais pas être dans la lumière, je voulais être un passeur de mots."
Les débuts sont durs. Fanny est mère d'une petite fille et galère entre petits boulots, bébé-bo-bos et les beaux mots. "J'ai beaucoup lutté pour qu'arrivent les choses que j'aimais. On me disait: "Vous être trop grande, vous être bizarre, vous parlez bizarrement", et moi, je pensais que c'étaient eux, les abrutis. J'avais la certitude des fous. Quand j'étais serveuse pour faire vivre ma petite fille et que maman me disait: "Fanny, tu ne peux pas y arriver, sois raisonnable, marie-toi, fais-toi protéger par un homme... Ne crois pas que tu es la plus forte du monde, que tu es la pythie de Delphes", je secouais la tête et je disais: "Moi, je sais." On m'appelait la pythonisse parce que je disais toujours: "Moi, je sais..."
Quand elle est sur le point de tout abandonner, les mots, une fois de plus, arrivent à son secours, lui indiquant la marche à suivre... "Un jour, à Monaco, un monsieur beaucoup plus âgé que moi, qui voyait que j'étais sombre, m'a dit: "Ne vous inquiétez pas, vous êtres comme dans un lavabo qui se vide. Il faut être très humble. Il y a des chances, des malchances, des bonheurs, des douleurs."
Humble et attentive. Jamais hautaine et sûre d'elle. "Ma mère était très belle, blonde porcelaine, et moi, je suis arrivée comme un grand cheval noir. J'étais moche, j'étais maigre, j'étais brune, j'étais poilue. Quand on m'invitait à danser, je crouais que c'était par pitié. Je n'étais pas belle, je me suis faite belle."
Elle peut nous donner la recette? "D'abord, j'essayais de maîtriser les vêtements, le maquillage, l'allure, et quand j'avais tout ça sous contrôle, j'arrachais le morceau en parlant, en riant, en rentrant dans la vie, en allumant la lumière autour de moi. Tout dépendait de mon énergie. J'ai cette énergie-là. Mais quand j'avais des moments de noir, si jamais j'éteignais le compteur, il n'y avait plus rien..." Elle devient son propre éclairagiste, son scénariste, son metteur en scène. Elle prend l'habitude de voir la vie en noir et en or. Pas de demi-mesure. "Quand j'aime quelqu'un, je l'aime d'une façon tellement définitive que je le peins en or. Ou en noir, quand je ne l'aime pas. Et de la façon la plus injuste! Je suis de totale mauvaise foi. Ça ne m'intéresse pas, l'équilibre, l'harmonie... Les gens qui disent: "Quand même, tu exagères, il y a du bien et du mal", ça m'ennuie. J'avance dans la vie en ayant mes certitudes à moi. C'est une forme de folie!"
Elle invente son monde, ce qui va la sauver, ce qui va l'éclairer, la rendre belle et gourmande. "Mais attention! Je n'ai pas de certitude politique ou religieuse. Le dernier qui a parlé a raison, j'aime l'anarchie, la contradiction, j'ai horreur des groupes politiques... Je ne peux pas m'enrôler."
Pas se marier non plus. Fidèle à son code d'honneur: ne rien construire! "Je suis insupportable à vivre et j'en suis consciente... J'aimerais avoir la douceur, l'attente de madame de Mortsauf dans "Le lys dans la vallée"... J'adore les hommes qui font rire, qui sont capables de faire les idiots, j'aime la légèreté et, en même temps, un homme doit être comme un chêne, on doit pouvoir se dire: "Avec lui, il ne m'arrivera jamais rien de mal..." Les familles, c'est un plan très bien fait qui calme, qui assagit, qui endort. Ça tue le désir. Je ne sais pas vivre en famille. J'aime la compagnie des enfants, j'aime la compagnie des hommes, mais je ne peux pas les mélanger. Un homme qui s'occupe trop d'un enfant m'ennuie. J'ai envie d'un homme inaccessible, moins domestiqué, et pourtant un homme qui est un bon père, c'est magnifique! Alors, voyez comme c'est contradictoire! Un homme dans une famille, c'est la note d'électricité, les ampoules qui claquent, le cahier de correspondance... Je suis puérile quand je dis ça, mais..."
Elle grimace. "Je suis comme l'héroïne de Duras, dans "La Musica", dit à son mari: "Rien n'est plus fort que la première fois avec un homme nouveau..." C'était très audacieux! Ça remettait en cause la vie conjugale, le respect, la tendresse... mais si on était honnête un minute, un inconnu qui arrive et vous emporte! Qui l'admet? Qui ose dire cette chose presque animale?" Fanny Ardant!
L'âge, le grand âge, ne l'inquiète pas. C'est le passage à la vieillesse qui l'inquiète davantage. "Ce qui me fait peur dans le fait de vieillir, c'est que cela dure très longtemps! Je n'ai pas envie des pilules "rester jeune longtemps"ou "vieillir bien"... Alors que la grande vieillesse m'intéresse. Quand je recontre une femme âgée insolente comme une chèvre, je lui baiserais les mains. L'insolence, c'est l'apanage de la vieillesse, pas de la jeunesse!"
Et faire de la pub? Prêter son visage contre beaucoup de sous? "Jamais! Comment pouvez-vous imaginer une minute que je m'entendrais avec l'abruti qui m'ordonne de tout laisser et de venir pour une photo? Qui me sermonne: "Ah! mais vous avez une ride là! Ah! mais vous avez mauvaise mine!" Jamais! L'argent, il ne faut pas être son larbin! Je ne possède rien. C'est ma liberté. J'ai de l'argent pour vivre, pour mes enfants, mais je n'ai pas de maison de campagne, pas d'appartement. Je n'ai rien voulu posséder pour garder ma liberté! Si j'avais une maison et que j'apprenais qu'il y a eu une tornade, que mon toit est arraché! Il faudrait que je fasse un film pour refaire le toit! Je préfère jouer un rôle magnifique qui me rapporte 3 francs 50, qui me fera croire à la vie, qui me rendra heureuse le temps du tournage! Sinon, je perds mon âme et je deviens enragée pour payer la belle maison que j'adorerais avoir!"
Tenace dans l'indignation, Fanny avance dans la vie. "Le grand péché, c'est l'indifférence. Si on se résigne, si on renonce, alors on devient un vieux tromblon, et on vieillit vraiment! Alors que la rage conserve..." Et drôlement bien...
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