
STUDIO Magazine
février 2002
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Elles & lui FRANÇOIS OZON A OSÉ |
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Pour son cinquième long métrage, le réalisateur de Sitcom et de Sous le sable a réuni un casting féminin exceptionnel et a réussi un film incroyablement ludique, plein de clins d'œil et de références cinématographiques, de glamour, d'émotion et de noirceur. François Ozon raconte les dessous de cette belle aventure.
Interview Jean-Pierre Lavoignat
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Lesquelles ont été les plus difficiles à convaincre?
Fanny Ardant et Emmanuelle Béart. Elles m'avaient donné un oui de principe et, tout à coup, elles n'avaient plus très envie. Fanny, quand je lui avais proposé le projet, m'avait dit cette phrase amusante : «Les femmes se méfient un peu de moi, parce que j'ai dit un jour : "Je préfère dîner avec un homme idiot qu'avec une femme intelligente."» Mine de rien, elle aime la provocation. Lorsque Catherine a accepté de faire le film, je lui ai dit que ça ne pouvait être qu'elle pour le rôle. Et comme elle avait très envie de tourner avec Catherine, elle a accepté.
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Et sur le plateau, qu'est-ce qui était le plus difficile pour vous?
Ce qui m'a paru tout de suite difficile, c'était de gérer les scènes où, par exemple, Fanny Ardant, Emmanuelle Béart et Virginie Ledoyen faisaient quasiment de la figuration, alors que Deneuve et Huppert étaient au premier plan. Et vice versa. Mais, très vite, toutes ont compris le principe du film, d'autant qu'il est écrit de manière équilibrée : chacune a sa scène de bravoure, chacune a son moment... Ce qui m'a semblé compliqué, également, c'est qu'avec huit actrices, il y a forcément huit manières de travailler. Certaines ont besoin de beaucoup d'explications, d'autres non. Certaines ont besoin de connaître les intentions de mise en scène, d'autres non.
Catherine a besoin que je lui explique mon découpage, elle a besoin de chercher des déplacements, elle travaille dans le mouvement. Isabelle est une actrice très disciplinée, ce qui ne l'empêche pas de proposer des choses dans le sens de la mise en scène. Emmanuelle, c'est quelqu'un qui se lance différemment à chaque fois et provoque la surprise...
La première semaine, je me suis dit : «Je ne vais jamais m'en sortir si je n'ai pas huit compartiments dans ma tête.» C'est ce que j'ai fait. Du coup, je n'ai peut-être pas été aussi lié que d'habitude à mes interprètes. Mais je ne pouvais pas me couper en huit et j'ai souvent été obligé de garder une certaine réserve, une neutralité par rapport aux actrices. J'ai eu, avec elles, moins d'intimité que sur d'autres films... C'est mon principal regret.
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Pour les amoureux de cinéma, il y a aussi une jolie scène avec Catherine Deneuve et Fanny Ardant autour d'une phrase que Truffaut a utilisée dans La sirène du Mississippi et Le dernier métro...
«Vous regarder est une joie. Et aussi une souffrance... » À partir du moment où les actrices étaient choisies, j'ai retravaillé le scénario, je vous l'ai dit, en pensant à chacune d'elles. Catherine et Fanny ont eu, toutes les deux, des rôles magnifiques avec Truffaut, et elles l'ont toutes les deux aimé. C'était joli de jouer avec, puisque, dans le film, elles sont un peu rivales, d'une certaine manière. En plus, cette phrase de Truffaut m'est venue naturellement, parce que c'est quelque chose que je ressens profondément, comme beaucoup de gens. Ce n'est qu'après que je me suis dit : «Est-ce que je vais oser la faire dire à Catherine?»
Un jour, avant le début du film, on a fait une lecture avec Catherine et Fanny. Je leur ai donné la nouvelle version du scénario. On lisait les répliques et on est arrivés à celle-ci. Moi, je jouais le rôle de Suzon, celui qu'interprète Virginie. Catherine m'a dit la phrase de Truffaut et elle m'a souri. Moi, j'étais tout rouge et j'ai balbutié : «Excusez-moi, j'ai commis un petit vol.» Et elle m'a répondu : «Non, c'est un bel emprunt. » Fanny n'a rien dit. Elle a juste souri. Après, on n'en a plus parlé. Sauf au moment du tournage, où Catherine s'est demandé si finalement c'était bien. On a décidé de la tourner et de voir au montage comment elle fonctionnait. Et elle fonctionnait d'autant mieux qu'il y avait, juste derrière, un gros plan de Fanny émue...
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