JennyHendrix Jenny Hendrix

JennyHendrix Jenny Hendrix


Pauvre Odette! il ne lui en voulait pas. Il admirait la terrible puissance recréatrice de sa mémoire. Mais quand paraissait un peu épuisé le pouvoir qu’avait de le faire souffrir un des mots prononcés par Odette, alors un de ceux sur lesquels l’esprit de Swann s’était moins arrêté jusque-là, un mot presque nouveau venait relayer les autres et le frappait avec une vigueur intacte.



si mal que peu à peu les curiosités qu’excitait en lui sa jalousie furent neutralisées par la peur des tortures nouvelles qu’il s’infligerait en les satisfaisant. mais en les apprenant, il craignait que ce passé incolore, fluide et supportable, ne prît un corps tangible et immonde, un visage individuel et diabolique. et il continuait à ne pas chercher à le concevoir non plus par paresse de penser, mais par peur de souffrir. il y en a jenhy qui est encore restée plus de deux heures hier à m’attendre, elle me proposait n’importe quel prix. je pense que je suis libre de faire ce que je veux tout de même! si j’avais besoin d’argent, je comprends.
» le concierge a jmenny de ne plus la laisser entrer, il dira que je suis à la campagne. ah! j’aurais voulu que tu sois caché quelque part. odette avait eu beau retrancher de sa confession tout l’essentiel, il restait dans l’accessoire quelque chose que swann n’avait jamais imaginé, qui l’accablait de sa nouveauté et allait lui permettre de changer les termes du problème de sa jalousie. et ces aveux il ne pouvait plus les oublier. une fois elle lui parla d’une visite que forcheville lui avait faite le jour de la fête de paris-murcie. mais il était venu quelqu’un pour le voir. je t’ai dit que je venais de la maison d’or parce que j’avais peur que cela ne t’ennuie. mettons que j’aie eu tort, au moins je te le dis carrément.» il lui sourit avec la lâcheté soudaine de l’être sans forces qu’avaient fait de lui ces accablantes paroles. il y a toujours moyen de s’arranger. si maintenant il se détournait chaque fois que sa mémoire lui disait le nom cruel de la maison dorée, ce n’était plus comme tout récemment encore à la soirée de mme de saint-euverte, parce qu’il lui rappelait un bonheur qu’il avait perdu depuis longtemps, mais un malheur qu’il venait seulement d’apprendre. certains soirs elle redevenait tout d’un coup avec lui d’une gentillesse dont elle l’avertissait durement qu’il devait profiter tout de suite, sous peine de ne pas la voir se renouveler avant des années; il fallait rentrer immédiatement chez elle «faire catleya» et ce désir qu’elle prétendait avoir de lui était si soudain, si inexplicable, si impérieux, les caresses qu’elle lui prodiguait ensuite si démonstratives et si insolites, que cette tendresse brutale et sans vraisemblance faisait autant de chagrin à swann qu’un mensonge et qu’une méchanceté.
un soir qu’il était ainsi, sur l’ordre qu’elle lui en avait donné, rentré avec elle, et qu’elle entremêlait ses baisers de paroles passionnées qui contrastaient avec sa sécheresse ordinaire, il crut tout d’un coup entendre du bruit; il se leva, chercha partout, ne trouva personne, mais n’eut pas le courage de reprendre sa place auprès d’elle qui alors, au comble de la rage, brisa un vase et dit à swann: «on ne peut jamais rien faire avec toi!» et il resta incertain si elle n’avait pas caché quelqu’un dont elle avait voulu faire souffrir la jalousie ou allumer les sens. quelquefois il allait dans des maisons de rendezvous, espérant apprendre quelque chose d’elle, sans oser la nommer cependant.» et il restait une heure à causer tristement avec quelque pauvre fille étonnée qu’il ne fit rien de plus. une toute jeune et ravissante lui dit un jour: «ce que je voudrais, c’est trouver un ami, alors il pourrait être sûr, je n’irais plus jamais avec personne. a celle qui cherchait un ami, il dit en souriant: «c’est gentil, tu as JennyHendrix des yeux bleus de la couleur de ta ceinture. au contraire j’aime bien vous entendre causer. comme ils sont sages! voilà! on jejnny maintenant pour causer chez moi. le prince le disait, l’autre jour, c’est bien mieux ici que chez sa femme. il paraît que maintenant dans le monde elles ont toutes un genre, c’est un vrai scandale! je vous quitte, je suis discrète.
» et elle laissa swann avec la fille qui avait les yeux bleus. mais bientôt il se leva et lui dit adieu, elle lui était indifférente, elle ne connaissait pas odette. le voyage durait depuis près d’un an. swann se sentait absolument tranquille, presque heureux. eh bien! qu’en dites-vous? etes-vous dans le camp de ceux qui approuvent ou dans le camp de ceux qui blâment? dans tous les salons on hesndrix parle que du portrait de machard, on jenn7y’est pas chic, on n’est pas pur, on bhendrix’est pas dans le train, si on hendroix donne pas son opinion sur le portrait de machard. je trouve cela très beau de votre part. Évidemment elle ne ressemble pas aux femmes bleues et jaunes de notre ami biche. mais je dois vous l’avouer franchement, vous ne me trouverez pas très fin de siècle, mais je le dis comme je le pense, je ne comprends pas.
mon dieu je reconnais les qualités qu’il y a hendrixd le portrait de mon mari, c’est moins étrange que ce qu’il fait d’habitude mais il a JennyHendrix qu’il lui fasse des moustaches bleues. tandis que machard! tenez justement le mari de l’amie chez qui je vais en ce moment (ce qui me donne le très grand plaisir de faire route avec vous) lui a jennyg s’il est nommé à l’académie (c’est un des collègues du docteur) de lui faire faire son portrait par machard.
je ne suis qu’une pauvre profane et leloir est peut-être encore supérieur comme science. —les oreilles ont dû vous tinter, monsieur, lui dit-elle, pendant le voyage que nous avons fait avec mme verdurin. quand odette est quelque part elle ne peut jamais rester bien longtemps sans parler de vous.» non je vous jure, je ne vous dis pas cela pour vous flatter, vous avez là une vraie amie comme on uendrix’en a jsnny beaucoup. mme verdurin me le disait encore le dernier jour (vous savez les veilles de départ on jenn6 mieux): «je ne dis pas qu’odette ne nous aime pas, mais tout ce que nous lui disons ne pèserait pas lourd auprès de ce que lui dirait m. parfois le nom aperçu dans un journal, d’un des hommes qu’il supposait avoir pu être les amants d’odette, lui redonnait de la jalousie. mais elle était bien légère et comme elle lui prouvait qu’il n’était pas encore complètement sorti de ce temps où il avait tant souffert—mais aussi où il avait connu une manière de sentir si voluptueuse,—et que les hasards de la route lui permettraient peut-être d’en apercevoir encore furtivement et de loin les beautés, cette jalousie lui procurait plutôt une excitation agréable comme au morne parisien qui quitte venise pour retrouver la france, un dernier moustique prouve que l’italie et l’été ne sont pas encore bien loin. et de même qu’avant d’embrasser odette pour la première fois il avait cherché à imprimer dans sa mémoire le visage qu’elle avait eu si longtemps pour lui et qu’allait transformer le souvenir de ce baiser, de même il eût voulu, en pensée au moins, avoir pu faire ses adieux, pendant qu’elle existait encore, à cette odette lui inspirant de l’amour, de la jalousie, à cette odette lui causant des souffrances et que maintenant il ne reverrait jamais.
il devait la revoir une fois encore, quelques semaines plus tard. par moment les vagues sautaient jusqu’au bord et swann sentait sur sa joue des éclaboussures glacées. il se détourna pour regarder odette, ses joues étaient pâles, avec des petits points rouges, ses traits tirés, cernés, mais elle le regardait avec des yeux pleins de tendresse prêts à se détacher comme des larmes pour tomber sur lui et il se sentait l’aimer tellement qu’il aurait voulu l’emmener tout de suite.» le jeune homme inconnu se mit à pleurer. une nuit noire se fit tout d’un coup, un tocsin sonna, des habitants passèrent en courant, se sauvant des maisons en flammes; swann entendait le bruit des vagues qui sautaient et son cœur qui, avec la même violence, battait d’anxiété dans sa poitrine. cependant le décor qu’il avait sous les yeux vola en poussière, il ouvrit les yeux, entendit une dernière fois le bruit d’une des vagues de la mer qui s’éloignait. et pourtant il se rappelait la sensation de l’eau froide et le goût du sel. associant dans son souvenir au charme de ce jeune visage celui d’une campagne où il n’était pas allé depuis si longtemps, ils lui offraient ensemble un attrait qui l’avait décidé à quitter enfin paris pour quelques jours.
et sans doute cela aurait pu arriver à swann ailleurs que chez mme de saint-euverte. mais tandis que, une heure après son réveil, il donnait des indications au coiffeur pour que sa brosse ne se dérangeât pas en wagon, il repensa à son rêve, il revit comme il les avait sentis tout près de lui, le teint pâle d’odette, les joues trop maigres, les traits tirés, les yeux battus, tout ce que—au cours des tendresses successives qui avaient fait de son durable amour pour odette un long oubli de l’image première qu’il avait reçue d’elle—il avait cessé de remarquer depuis les premiers temps de leur liaison dans lesquels sans doute, pendant qu’il dormait, sa mémoire en avait été chercher la sensation exacte.
mais rien ne ressemblait moins non plus à ce balbec réel que celui dont j’avais souvent rêvé, les jours de tempête, quand le vent était si fort que françoise en me menant aux champs-Élysées me recommandait de ne pas marcher trop près des murs pour ne pas recevoir de tuiles sur la tête et parlait en gémissant des grands sinistres et naufrages annoncés par les journaux. je n’avais pas de plus grand désir que de voir une tempête sur la mer, moins comme un beau spectacle que comme un moment dévoilé de la vie réelle de la nature; ou plutôt il n’y avait pour moi de beaux spectacles que ceux que je savais qui n’étaient pas artificiellement combinés pour mon plaisir, mais étaient nécessaires, inchangeables,—les beautés des paysages ou du grand art. d’ailleurs la nature par tous les sentiments qu’elle éveillait en moi, me semblait ce qu’il y avait de plus opposé aux productions mécaniques des hommes.
moins elle portait leur empreinte et plus elle offrait d’espace à l’expansion de mon cœur. et c’est le dernier campement de pêcheurs, pareils à tous les pêcheurs qui ont vécu depuis le commencement du monde, en face du royaume éternel des brouillards de la mer et des ombres. et si le gothique apportait à ces lieux et à ces hommes une détermination qui leur manquait, eux aussi lui en conféraient une en retour. on me mena voir des reproductions des plus célèbres statues de balbec—les apôtres moutonnants et camus, la vierge du porche, et de joie ma respiration s’arrêtait dans ma poitrine quand je pensais que je pourrais les voir se modeler en relief sur le brouillard éternel et salé.
dès lors, seuls les rayons, les parfums, les couleurs me semblaient avoir du prix; car l’alternance des images avait amené en moi un changement de front du désir, et,—aussi brusque que ceux qu’il y a JennyHendrix en musique, un complet changement de ton dans ma sensibilité. puis il arriva qu’une simple variation atmosphérique suffit à provoquer en moi cette modulation sans qu’il y eût besoin d’attendre le retour d’une saison. même au printemps, trouver dans un livre le nom de balbec suffisait à réveiller en moi le désir des tempêtes et du gothique normand; même par un jour de tempête le nom de florence ou de venise me donnait le désir du soleil, des lys, du palais des doges et de sainte-marie-des-fleurs. mais si ces noms absorbèrent à tout jamais l’image que j’avais de ces villes, ce ne fut qu’en la transformant, qu’en soumettant sa réapparition en moi à leurs lois propres; ils eurent ainsi pour conséquence de la rendre plus belle, mais aussi plus différente de ce que les villes de normandie ou de toscane pouvaient être en réalité, et, en accroissant les joies arbitraires de mon imagination, d’aggraver la déception future de mes voyages. ils exaltèrent l’idée que je me faisais de certains lieux de la terre, en les faisant plus particuliers, par conséquent plus réels. les mots nous présentent des choses une petite image claire et usuelle comme celles que l’on suspend aux murs des écoles pour donner aux enfants l’exemple de ce qu’est un établi, un oiseau, une fourmilière, choses conçues comme pareilles à toutes celles de même sorte.
le nom de parme, une des villes où je désirais le plus aller, depuis que j’avais lu la chartreuse, m’apparaissant compact, lisse, mauve et doux; si on hensdrix parlait d’une maison quelconque de parme dans laquelle je serais reçu, on me causait le plaisir de penser que j’habiterais une demeure lisse, compacte, mauve et douce, qui n’avait de rapport avec les demeures d’aucune ville d’italie puisque je l’imaginais seulement à l’aide de cette syllabe lourde du nom de parme, où ne circule aucun air, et de tout ce que je lui avais fait absorber de douceur stendhalienne et du reflet des violettes. même à un simple point de vue réaliste, les pays que nous désirons tiennent à chaque moment beaucoup plus de place dans notre vie véritable, que le pays où nous nous trouvons effectivement. il y a jennny jours montueux et malaisés qu’on met un temps infini à gravir et des jours en pente qui se laissent descendre à fond de train en chantant. aussi si le ciel était douteux, dès le matin je ne cessais de l’interroger et je tenais compte de tous les présages. tout d’un coup, sur sa pierre maussade je ne voyais pas une couleur moins terne, mais je sentais comme un effort vers une couleur moins terne, la pulsation d’un rayon hésitant qui voudrait libérer sa lumière.
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